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Les médicaments type Ozempic en essai contre l’insuffisance cardiaque, les addictions et même le vieillissement

La part des essais de médicaments type Ozempic visant au-delà du diabète et du poids a environ triplé en quinze ans, sur quinze domaines de maladies.

Les médicaments contre le diabète devenus des vedettes de l’amaigrissement sont aujourd’hui testés chez l’humain contre l’insuffisance cardiaque, les addictions, la maladie d’Alzheimer et même le vieillissement. L’essentiel de ces recherches porte encore sur le diabète et le poids, environ cinq essais sur six. Le changement tient à la vitesse à laquelle le reste progresse.

Ils comptent parmi les médicaments les plus vendus au monde en ce moment, et savoir contre quoi on les teste ensuite engage beaucoup d’argent et beaucoup de patients. J’ai donc cherché jusqu’où la classe s’était vraiment étendue, au seul endroit qui l’enregistre avant tout marketing : le registre où un essai est déposé quand il commence.

J’ai parcouru ClinicalTrials.gov, le registre des essais cliniques des États-Unis, et extrait chaque étude humaine enregistrée portant sur un médicament de la classe GLP-1 ou incrétine. Cette classe copie une hormone de la digestion et comprend Ozempic, Wegovy et Mounjaro. Cela représente au moins mille huit cents essais. J’ai classé chacun selon la maladie qu’il visait, compté par année de démarrage, et arrêté le compte de 2026 à cette semaine.

La portée au-delà du diabète ne cesse de s’élargir

Il y a quinze ans, cela n’arrivait presque jamais. Parmi les nouveaux essais de la classe à l’époque, environ un sur quatorze visait autre chose que le diabète, le poids ou le cholestérol.

Graphique : part des nouveaux essais de medicaments GLP-1 vises au-dela du diabete et du poids, 2008 a 2026.
Graphique : MACCUS, donnees ClinicalTrials.gov, 6 novembre 2026.

Aujourd’hui, c’est environ un sur quatre, et la courbe monte encore.

Sur ces quinze années, la part visant au-delà du diabète et du poids a environ triplé. Elle reste minoritaire mais augmente vite. Les chiffres annuels sautent d’une année sur l’autre : la courbe se lit par décennie, pas année par année.

La biologie et l’argent poussent dans le même sens

Ces médicaments imitent une hormone intestinale qui coupe l’appétit, et les récepteurs sur lesquels elle agit se trouvent dans tout le corps : le pancréas, le cerveau, le cœur, l’intestin et les reins. Un médicament conçu pour abaisser la glycémie produit sans cesse des effets là où ses fabricants ne l’avaient pas prévu. La logique commerciale va dans le même sens : dès qu’un médicament devient le produit le plus vendu de son secteur, chaque laboratoire a une raison de lui chercher une maladie de plus. Les deux forces se cumulent : la classe se répand sur un large éventail de maladies au lieu d’avancer d’un pas prudent à la fois.

Les cibles vont du cœur au cerveau

Parmi les essais lancés depuis 2024 et qui ont entièrement quitté le diabète et le poids, quinze domaines de maladies distincts apparaissent. Les addictions arrivent en tête, avec des études cherchant à savoir si ces médicaments calment l’envie d’alcool et d’autres substances. Viennent ensuite le cœur, les reins, le foie et le cancer. Une seule classe de médicaments est dirigée vers une grande partie du corps à la fois, comme une méthode nouvelle gagne tout un secteur une fois qu’elle fonctionne.

Graphique a barres : domaines de maladies des essais GLP-1 au-dela du diabete et du poids, 2024 a 2026, les addictions en tete.
Graphique : MACCUS, donnees ClinicalTrials.gov, 6 novembre 2026.

Les études prises une à une rendent cette diffusion concrète. Le département américain des Anciens combattants teste le sémaglutide, le médicament vendu sous le nom d’Ozempic, contre les troubles liés à l’alcool. L’Imperial College de Londres l’essaie sur la maladie d’Alzheimer. Un institut de recherche de New York mène un essai contre le vieillissement biologique lui-même. Un hôpital universitaire des Pays-Bas l’étudie dans l’insuffisance cardiaque, et un hôpital chinois teste un médicament apparenté dans la MASH, une maladie du foie gras sans traitement approuvé. La plupart ont atteint une phase intermédiaire, bien au-delà de la première administration chez l’humain.

Fiche de cinq essais testant des medicaments GLP-1 contre l'alcool, Alzheimer, le vieillissement, l'insuffisance cardiaque et la MASH.
Graphique : MACCUS, donnees ClinicalTrials.gov, 6 novembre 2026.

Les essais sur les addictions sont les plus surprenants. Ces médicaments atténuent l’envie de nourriture, et de premiers signaux suggèrent qu’ils atténuent peut-être d’autres envies : une injection censée régler la glycémie est maintenant essayée sur l’alcoolisme et sur l’envie de stimulants. Un ancien combattant inscrit à cet essai public cherche à savoir si une injection hebdomadaire peut rendre le prochain verre plus facile à refuser, ce qu’aucun comprimé n’a fait de façon fiable. Maigrir n’a rien à voir avec sa participation. On est loin d’une consultation de diabétologie.

Personne n’a décidé cela

Personne n’a entrepris de transformer un médicament contre le diabète en traitement pour une grande partie de la médecine. Chaque équipe avait une raison plausible d’essayer : un signal dans le cerveau ici, un indice dans le rein là, un hôpital avec des patients et une hypothèse. C’est la même incitation qui reconfigure une industrie dès que son économie bascule. Chacun de ces choix était raisonnable isolément. Ensemble, ils dirigent une seule classe de médicaments vers une étendue inhabituelle de maladies humaines, sans que personne l’ait décidé.

Notre analyse

L’éventail des essais en cours est désormais bien plus large que l’étiquette de la boîte, et c’est ce qu’il faut surveiller. Un essai enregistré marque une intention de tester, il ne prouve rien. La plupart des essais de médicaments échouent, et la plupart de ceux-ci échoueront aussi. ClinicalTrials.gov est le registre américain, si bien que les études menées seulement en Europe ou en Chine y sont sous-comptées, et la diffusion réelle dépasse mon décompte.

Pour un lecteur européen, une conséquence indirecte mérite qu’on s’y arrête : les maladies qui obtiennent une chance d’être traitées sont choisies, pour une large part, dans l’industrie pharmaceutique américaine et son système d’essais. La direction n’a rien de discret, et elle rappelle la façon dont une frontière avance dès qu’un premier pari paie : vite, et sur tout un champ à la fois.

Si la part continue de grimper, la première autorisation de l’un de ces médicaments pour une maladie sans lien avec la glycémie tombera avant la fin de la décennie. Ce sera sans doute pour le cœur ou le foie, là où les essais sont les plus avancés. Ces médicaments font déjà plus que traiter le diabète. La question est maintenant de savoir quelle part de la médecine ils finiront par toucher.

Sources

Image d’en-tete : graphique MACCUS, donnees ClinicalTrials.gov, 6 novembre 2026.

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