La Corée du Sud a enregistré 193 783 naissances de janvier à août 2026, soit 14,5 % de plus que sur les mêmes mois de 2025, selon les chiffres publiés le 28 octobre par le ministère des Données et des Statistiques. Pour un pays devenu le symbole de l’effondrement de la natalité, c’est la plus forte hausse sur ces huit mois depuis le début de la série mensuelle, en 1981, d’après le quotidien Segye Ilbo. Les décès restent pourtant plus nombreux que les naissances : le pays a compté 6 605 décès de plus que de naissances en août, mois où la fécondité s’établissait à 0,87 enfant par femme. Une semaine plus tôt, le 21 octobre, l’institut statistique italien annonçait une fécondité de 1,14 enfant par femme en 2025, la plus basse jamais mesurée, et le centre américain des statistiques de santé confirmait un taux général de fécondité lui aussi au plus bas, dans ses données définitives pour 2025.
Vingt-six mois de hausse en Corée du Sud
Le seul mois d’août a compté 23 703 naissances, 13,0 % de plus qu’un an plus tôt (20 983), le plus haut niveau pour un mois d’août depuis 2019, a rapporté l’agence Yonhap. Les naissances ont progressé ce mois-là dans toutes les provinces et métropoles, selon le ministère. Son tableau mensuel montre une hausse sur un an chaque mois depuis juillet 2024, soit 26 mois d’affilée. D’après le Segye Ilbo, cette série dépasse le précédent record de 25 mois, de février 2006 à février 2008.
Les chiffres annuels situent le tournant. Les naissances étaient tombées à 230 028 en 2023, puis sont remontées à 238 317 en 2024 et à 254 341 en 2025, en hausse de 6,7 % sur un an. L’indicateur conjoncturel de fécondité, soit le nombre d’enfants qu’aurait une femme aux taux actuels, est passé de 0,75 en 2024 à 0,80 en 2025.
L’essentiel de la hausse vient des femmes de 30 à 39 ans. En août, le taux de fécondité des 30-34 ans atteignait 79,5 naissances pour 1 000 femmes, contre 70,6 un an plus tôt, et celui des 35-39 ans 59,8, contre 51,6. Les premières naissances représentaient 63,8 % du total. Le gouvernement attribue la reprise à des trentenaires plus nombreuses, à la hausse des mariages de ces dernières années et à un regard plus favorable sur le mariage et la parentalité, rapporte le Segye Ilbo.
355 772 naissances et un nouveau plancher en Italie
L’Istat, l’institut national de statistique italien, a dénombré 355 772 naissances parmi les résidents en 2025, en baisse de 3,8 % sur un an (environ 14 000 bébés de moins). L’indicateur de fécondité est descendu de 1,18 à 1,14 enfant par femme, « un nuovo minimo storico » (un nouveau plus bas historique), selon l’institut. Les naissances ont reculé de 38,3 % depuis 2008, année où l’Italie en comptait plus de 576 000.
La baisse se poursuit en 2026, à un rythme plus lent. Les données provisoires de janvier à juillet font état de 196 864 naissances, 1,1 % de moins qu’un an plus tôt, et d’une fécondité estimée à 1,13.
L’Istat explique une partie de ce recul par la taille de la génération des parents. Les femmes qui ont aujourd’hui entre 30 et 40 ans, et qui concentrent plus de 65 % des naissances, sont nées entre 1985 et 1995, période où la fécondité italienne est passée de 1,45 à 1,19. L’institut cite aussi l’allongement des études, la précarité de l’emploi des jeunes, la difficulté d’accès au logement et celle de concilier travail et famille, ainsi que le choix de retarder l’arrivée d’un enfant ou d’y renoncer.
Moins de naissances avant 30 ans aux États-Unis
Le Centre national des statistiques de santé (NCHS), rattaché aux CDC, a publié en octobre ses données définitives pour 2025. Les États-Unis ont enregistré 3 612 012 naissances, en baisse de moins de 1 % par rapport à 2024 (3 628 934). Le taux général de fécondité a reculé de 1 %, à 53,2 naissances pour 1 000 femmes de 15 à 44 ans, un plus bas historique.
Dans toutes les tranches d’âge de moins de 30 ans, la fécondité a reculé, et l’agence situe chacun de ces taux à son plus bas historique. Le taux a baissé de 7 % chez les adolescentes de 15 à 19 ans, de 6 % chez les femmes de 20 à 24 ans et de 4 % chez celles de 25 à 29 ans. Il a progressé de 3 % chez les 30-34 ans, de 2 % chez les 35-39 ans et de 1 % chez les 40-44 ans.
Le même glissement dans trois pays
Lues ensemble, les trois publications montrent un glissement des naissances vers la trentaine, et, dans deux des trois pays, les sources officielles relient le nombre de naissances à l’effectif de cette tranche d’âge. En Corée du Sud, le gouvernement met en avant une génération de trentenaires plus nombreuse, qui a aussi davantage d’enfants par femme. En Italie, l’Istat invoque au contraire une génération moins fournie. Aux États-Unis, les seuls taux de fécondité en hausse en 2025 sont ceux des femmes de 30 à 44 ans.
Ce rapprochement est le nôtre : aucun des trois organismes ne mentionne les deux autres pays.

Les niveaux restent très éloignés. Avec 0,87 en août, la Corée du Sud est nettement sous le 1,14 italien, et la fécondité américaine s’établissait à 1,60 enfant par femme en 2024, selon le Bureau du budget du Congrès (CBO). Les trois pays sont sous le seuil de renouvellement des générations, 2,1 enfants par femme, qui stabilise une population sans immigration.
Les limites de la reprise
La Corée du Sud enregistre toujours plus de décès que de naissances. De janvier à août, 238 052 personnes sont décédées et 193 783 sont nées, un déficit naturel de 44 269. Août était le 82e mois consécutif de solde naturel négatif, selon le Segye Ilbo. Les mariages, que le gouvernement range parmi les moteurs de la reprise, ont reculé de 1,2 % en août, à 19 218, mais restaient en hausse de 5,2 % sur les huit premiers mois.
La comparaison mêle aussi des périodes et des indicateurs différents. Les chiffres sud-coréens de 2026 sont des données mensuelles qui intègrent des estimations de déclarations tardives, et le ministère prévient qu’elles peuvent différer des chiffres annuels publiés l’année suivante. Les records italien et américain portent sur des taux annuels de 2025.
Les CDC précisent que l’évolution de leurs taux entre 2024 et 2025 tient à la fois à l’évolution des naissances et à de nouvelles estimations de population. Le nombre de naissances américaines, 3,6 millions, n’est pas un plus bas historique.
Notre analyse
La Corée du Sud a déjà dépassé ses propres prévisions. En décembre 2023, Statistics Korea, devenu depuis le ministère des Données et des Statistiques, prévoyait dans son scénario central une fécondité de 0,65 en 2025 et environ 220 000 naissances. En 2025, la fécondité a atteint 0,80 et les naissances 254 341. Ce même scénario faisait passer la population de 51,75 millions en 2024 à 36,22 millions en 2072, avec environ 160 000 naissances par an à cet horizon.
En Italie, les décès dépassent déjà largement les naissances, et le CBO prévoit qu’il en ira de même aux États-Unis à partir de 2030 ; l’immigration serait alors la seule source de croissance démographique du pays. Dans aucun scénario des projections de l’Istat publiées le 31 août, les naissances italiennes ne rattrapent les décès ; dans le scénario médian, elles restent proches de 355 000 par an jusqu’en 2030 et tombent à 335 000 en 2050, les décès passent de 652 000 en 2025 à 708 000 en 2030, et la population recule de 58,9 millions à 55,0 millions d’ici 2050. Reste à savoir comment des générations moins nombreuses s’inséreront sur le marché du travail. Au Japon, 98 % des diplômés universitaires qui cherchaient un emploi en avaient un au 1er avril de cette année, selon les ministères du Travail et de l’Éducation, mais dans une enquête du Nikkei, plus d’une grande entreprise sur cinq dit pouvoir embaucher moins de jeunes diplômés à partir de 2029.
À l’horizon de cinq à vingt ans, les chiffres sud-coréens posent une question : la reprise portée par les trentenaires tiendra-t-elle quand cette génération aura passé l’âge d’avoir des enfants ? Prochains repères : les publications mensuelles du ministère, dont le nombre de mariages, puis les chiffres provisoires pour l’ensemble de 2026, attendus en février.
Sources
- 2026년 8월 인구동향 (출생, 사망, 혼인, 이혼), ministère des Données et des Statistiques (Corée du Sud), 28 octobre 2026
- 8월 출생아 2.4만명, 7년 만에 최다, Segye Ilbo, 28 octobre 2026
- Births up 13% in Aug. to highest in 7 years, Yonhap via The Korea Herald, 28 octobre 2026
- Natalità e fecondità della popolazione residente, anno 2025, Istat, 21 octobre 2026
- Births in the United States, 2025 (NCHS Data Brief No. 571), CDC, National Center for Health Statistics, octobre 2026
- 장래인구추계: 2022~2072년, Statistics Korea via Korea.kr, 14 décembre 2023
- Previsioni della popolazione residente, delle famiglie e delle forze di lavoro, base 1/1/2025, Istat, 31 août 2026
- The Demographic Outlook: 2026 to 2056, Congressional Budget Office, janvier 2026
Image d’en-tête : graphique MACCUS, données du ministère des Données et des Statistiques (Corée du Sud), naissances mensuelles de janvier à août 2025 et 2026



