Cet été, quatre mois d'affilée, la première source d'électricité de l'Union européenne a été le solaire. Depuis le début de la série, en 2016, cette place revenait presque chaque mois au nucléaire. Le réseau européen a désormais un premier fournisseur qui change avec la saison, et c'est ce que je surveillerais.
J'ai repris les données mensuelles d'Ember, l'institut qui suit la production d'électricité pays par pays, et regardé quelle source arrivait en tête chaque mois dans l'Union depuis janvier 2016. La question était simple: du solaire, de l'éolien, du nucléaire, du gaz, du charbon, de l'hydraulique et de la biomasse, laquelle a produit le plus de kilowattheures.
Le nucléaire en tête presque chaque mois depuis 2016
Sur dix ans, le compte est net. Le nucléaire a été la première source d'électricité de l'UE tous les mois sauf neuf. Pendant la quasi-totalité de la décennie, il menait sans partage, hiver comme été, quels que soient les prix du gaz ou la météo.
Les rares exceptions d'avant 2025 tiennent à des accidents de calendrier. Le gaz est passé devant lors d'étés où le parc nucléaire français, de loin le plus gros du continent, produisait peu; l'éolien l'a emporté un mois de novembre particulièrement venteux. Le graphique en tête de page montre ce long mur de nucléaire, une colonne sombre mois après mois, puis la brèche qui s'ouvre en 2026.
L'été 2026, quatre mois menés par le solaire
La première fois que le solaire est passé en tête, c'était en juin de l'an dernier, un seul mois. L'événement a fait le tour de la presse spécialisée, présenté comme un symbole.
La suite a moins circulé, et c'est elle qui compte. En 2026, le solaire a tenu la première place de mai à août, sans interruption, et son avance sur le nucléaire s'est élargie d'un été à l'autre. Le parc grossit à chaque printemps, et l'été a offert beaucoup de soleil sur une large partie du continent. La courbe du milieu suit le solaire et le nucléaire au fil des mois: le nucléaire presque à plat, le solaire qui gonfle chaque printemps, culmine en juin et redescend à l'automne.

Sur l'ensemble de l'année, le nucléaire n'a plus mené qu'un mois sur deux. En septembre il repasse de justesse devant; en octobre, c'est l'éolien qui prend la tête. La première source du réseau européen a rarement changé de nom aussi souvent en si peu de temps.
Treize pays, l'Allemagne comprise
Ce n'est pas qu'une moyenne de bloc qui masquerait des situations figées. En 2026, treize pays de l'Union ont eu le solaire pour première source au moins un mois. On y trouve les habitués du sud, Chypre, l'Espagne et le Portugal, qui y passent une large fraction de l'année.
On y trouve surtout l'Allemagne, première économie et premier consommateur d'électricité du continent, dont la source principale a été le solaire une bonne partie de l'été. L'Estonie, la Hongrie, les Pays-Bas et la Belgique rejoignent la liste aux beaux jours. Le sud de l'Europe menait déjà; la nouveauté, c'est le nord. Que l'Allemagne, pays industriel au ciel souvent gris, tienne tout un été sur le solaire en dit long sur le nombre de panneaux désormais installés. Le dernier graphique classe ces pays par nombre de mois passés en tête.

Un réseau qui tourne avec les saisons
Une précision s'impose d'abord, car elle cadre tout le reste. Sur l'année entière, le solaire ne pèse encore qu'environ un huitième de l'électricité européenne, et le nucléaire reste la première source annuelle. Le basculement est mensuel et saisonnier: les longues journées d'été hissent le solaire en tête. Son parc, lui, reste modeste à côté des réacteurs.
Personne n'a décidé cela. Chaque panneau a été posé pour une raison locale, une prime régionale, un toit disponible, un prix du watt qui baisse d'année en année. Mis bout à bout, ces choix sans rapport les uns avec les autres donnent un réseau dont le premier fournisseur dépend du calendrier.
Voici ma lecture. L'Union a cessé d'avoir une source d'électricité dominante toute l'année; elle en a une par saison, le nucléaire l'hiver, le solaire l'été, l'éolien dans les mois intermédiaires. Un réseau bâti autour d'une production stable doit composer avec un premier fournisseur qui arrive avec le jour et repart avec lui. Une réserve de taille accompagne ce constat. On parle ici de kilowattheures produits, pas de prix: le gaz fixe encore souvent le prix de gros, même aux heures où le solaire produit le plus. « Première source » dit combien d'électricité, pas qui le marché paie.
J'écris depuis la Belgique, où le solaire a lui aussi été la première source plusieurs mois cette année. Pour un pays du nord, à la lumière avare l'hiver, c'est l'indice le plus net de la vitesse à laquelle le continent a couvert ses toits et ses champs de panneaux. La même bascule se joue côté consommation: l'Europe achète désormais plus de voitures électriques que de thermiques, et jusqu'en Chine les ventes d'essence reculent. Une électricité de plus en plus solaire alimente une demande qui, elle aussi, s'électrifie.
Une prédiction, pour qu'on puisse me donner tort. Si la tendance tient, 2027 verra le solaire en tête cinq mois ou plus, et le nucléaire mener moins de la moitié de l'année pour la deuxième fois de suite.
Deux limites, pour finir. Ce compte parle de part de production, pas de puissance installée ni de prix. Et l'année 2026 s'arrête à octobre: les mois les plus récents peuvent encore être révisés, même si, jusqu'ici, aucune révision n'a changé le vainqueur d'un mois.
Méthode et chiffres
J'ai utilisé les données mensuelles d'Ember (Monthly Electricity Data, Europe, licence CC BY 4.0), agrégat « UE », relevées le 3 novembre 2026. Pour chaque mois, la première source est celle qui produit le plus de térawattheures parmi le solaire, l'éolien, le nucléaire, le gaz, le charbon, l'hydraulique et la biomasse; le classement est le même en volume et en part de production. Sur les 130 mois de janvier 2016 à octobre 2026, le nucléaire arrive en tête 121 fois. Les neuf autres: gaz en juillet 2020 et juillet 2022, éolien en novembre 2023, solaire en juin 2025, solaire de mai à août 2026, éolien en octobre 2026. Parts du solaire ces quatre mois d'été: 23,9, 25,4, 25,2 et 24,2 %. En juin 2025, solaire 23,2 % contre nucléaire 21,8 %; l'avance en production passe d'environ 3 TWh en juin 2025 à 9 TWh en juin 2026. Sur 2026, le nucléaire mène 5 mois, le solaire 4, l'éolien 1. Treize États de l'UE ont eu le solaire en tête au moins un mois, en ne comptant que les victoires nettes. Sur l'année 2025, solaire 13,8 %, nucléaire 23,7 %. Le jeu de données complet est en téléchargement ci-dessous.
Télécharger le jeu de données complet (CSV)
Sources
- Monthly Electricity Data, Ember, relevé le 3 novembre 2026
- Solar is EU's biggest power source for the first time ever in June 2025, Ember, 10 juillet 2025
- European Electricity Review 2026, Ember, janvier 2026
Image d'en-tête : la première source d'électricité de l'UE, mois par mois, de 2016 à 2026. Graphique MACCUS, données Ember, relevé le 3 novembre 2026.



