Le 16 octobre 2026, Anthropic a annoncé que Claude Mythos 5, couplé à un vérificateur automatique, avait conçu des circuits quantiques plus économes que les meilleurs publiés. Sur une tâche, le coût est divisé par 39, selon la mesure de l’article : portes Toffoli multipliées par qubits. Une session de 53 heures a produit, pour les courbes elliptiques, un circuit à 17 fois moins de portes que le plus petit connu, pour 12 % de qubits en plus. Tous ces circuits ont été conçus et vérifiés sur ordinateur classique ; aucun n’a tourné sur une machine quantique.
Le 13 octobre, IBM Research a indiqué que ses agents IA avaient trouvé une architecture de décodeur de correction d’erreurs quantiques 204 fois plus rapide que la référence (estimations de synthèse de haut niveau), pour 299 dollars d’inférence, soit environ 266 euros au cours BCE du 16 octobre 2026. Le 15 octobre, sans IA, Google a montré sur sa puce Willow que les « états magiques », ressource rare du calcul quantique, peuvent être produits avec environ 40 fois moins d’erreurs.
Huit circuits soumis à un vérificateur automatique
Ces travaux sont issus du programme STEM Fellows d’Anthropic. Andi Gu les a menés avec l’encadrement d’Alek Kemeny, spécialiste de physique quantique chez Anthropic, et avec Susanne Yelin et Mikhail Lukin, de Harvard (Lukin travaille aussi avec QuEra Computing). Leur prépublication, déposée sur arXiv le 15 octobre, n’a pas été relue par des pairs.
Dans cette recherche évolutive fondée sur l’outil libre OpenEvolve, Claude Mythos 5 (notre guide des modèles Claude situe la gamme Mythos) écrit des programmes Python qui génèrent des circuits ; un évaluateur indépendant rejette tout circuit faux et note les autres selon le nombre de portes Toffoli multiplié par le nombre maximal de qubits. Ces portes, qui exigent selon l’article des ressources non-Clifford coûteuses, comptent parmi les opérations les plus chères d’un ordinateur quantique. Selon les auteurs, le modèle part d’un programme vide et choisit l’algorithme et la structure du circuit sans intervention humaine substantielle.
Les huit tâches couvrent la chimie, l’optimisation, la simulation quantique, la théorie des nombres et le calcul numérique. D’après le résumé, dans sept tâches sur huit, les circuits trouvés réduisent nettement le nombre de portes Toffoli comme celui de qubits par rapport à l’état de l’art. Le tableau reprend les six tâches dotées d’une référence publiée.
| Tâche | Publié | Claude | Gain |
|---|---|---|---|
| Gaussienne en virgule fixe | 24 000 / 362 | 1 583 / 139 | 39 fois |
| Angle de rotation HHL | 16 000 / 300 | 1 348 / 115 | 32 fois |
| Décodeur Reed-Solomon pour DQI | 5,1 millions / 1 938 | 440 000 / 1 837 | 12 fois |
| Potentiel de Coulomb | 6 355 / 252 | 1 140 / 142 | 9,9 fois |
| Simulation de jauge sur réseau non abélienne | 1,3 million / 1 927 | 170 000 / 1 859 | 7,7 fois |
| Fe2S2, étape alias-Select | 55 000 / 139 | 15 000 / 126 | 4,1 fois |
Source : arXiv:2610.22367, tableau 1. Chaque case donne portes Toffoli / qubits pour le meilleur circuit publié et pour celui de Claude ; le gain porte sur leur produit. Les auteurs ont calculé les réductions de coût sur les valeurs non arrondies et reconstruit eux-mêmes chaque référence publiée, réglée à son coût le plus bas. La septième tâche, un décodeur pour la variante dite DQI hermitien, n’a aucun circuit réversible publié de référence ; la huitième porte sur les courbes elliptiques.
53 heures sur une courbe elliptique
Dans les algorithmes quantiques de logarithme discret sur courbe elliptique, l’essentiel du coût vient de l’addition de points, et surtout de son inversion modulaire. Les ordinateurs classiques la calculent efficacement par la méthode divsteps, mais une version quantique directe doit garder la trace de chaque branche suivie, ce qui coûte énormément de qubits. Selon Anthropic, Claude a trouvé en 53 heures, « avec un minimum d’intervention humaine », une règle qui retrouve cette trace à partir des nombres eux-mêmes. Il l’a testée par de vastes simulations, formalisée dans l’assistant de preuve Lean, et en a tiré « la première implémentation réversible de divsteps sans historique de branches stocké ».
Claude a ensuite construit une famille de circuits qui échangent des qubits contre des portes. Face au plus petit circuit connu, l’un d’eux utilise 12 % de qubits en plus et 17 fois moins de portes. La courbe de test est secp256k1, celle de Bitcoin.
En mars, un article piloté par Google Quantum AI avait gardé ses circuits secrets et publié à la place une preuve à divulgation nulle de connaissance de leur coût, par souci de « divulgation responsable ». Les auteurs du nouvel article ont publié leur construction sur arXiv. De nombreux certificats HTTPS et passkeys reposent aussi sur des courbes elliptiques, comme nous l’avons vu quand Claude a retrouvé l’origine des graines des courbes de la NSA ; ces courbes du NIST sont de la même famille que secp256k1, mais distinctes.
Second exemple : l’interférométrie quantique décodée (DQI), un algorithme d’optimisation qu’Anthropic range parmi les meilleurs candidats à une accélération quantique superpolynomiale. Son étape la plus coûteuse est le décodage, confié à un décodeur Reed-Solomon dans le problème de test. Claude a remplacé l’algorithme d’Euclide étendu de la construction de Google de 2025 par le décodage de Berlekamp-Massey, simulé 403 millions de décodages pour dimensionner la mémoire du circuit et divisé par 12 le nombre de portes du décodeur.
Chez IBM, une recherche par agents coûte de 26 à 299 dollars d’inférence
IBM travaille sur la partie classique de la machine : le décodeur matériel qui lit les signaux d’erreur d’un processeur quantique et en déduit les corrections, ici Relay-BP pour le code bicyclique bivarié [[144,12,12]]. Sa « fabrique d’agents » associe un coordinateur à quatre agents parallèles qui réécrivent le code du décodeur, le vérifient et le synthétisent pour un FPGA, avec un budget de 100 hypothèses de conception.
Selon l’article d’IBM, avec Claude Opus 5 dans tous les rôles, la latence estimée passe de 28 231 microsecondes pour la référence à 139, soit le facteur 204 annoncé, pour 299,45 dollars d’inférence estimée. GLM-5.3, modèle à poids ouverts hébergé par IBM, obtient un facteur 52 pour 25,95 dollars (environ 23 euros), et 60 avec un budget doublé à 200 hypothèses. La configuration mixte, coordinateur Claude Opus 5 et agents GLM, atteint 126 pour 105,25 dollars (environ 94 euros). IBM n’a lancé chaque configuration qu’une fois, et ses coûts ne couvrent que l’inférence des modèles.
Les états magiques, côté matériel
Le résultat de Google, relu par les pairs et publié dans Science, porte sur l’approvisionnement. Un ordinateur quantique universel a besoin d’« états magiques », qui ne se réutilisent pas, et Google cite des estimations selon lesquelles leur fabrication pourrait mobiliser jusqu’à 95 % de la capacité d’une machine. Sur Willow, la « culture d’états magiques », protocole conçu en 2024 par Craig Gidney, Noah Shutty et Cody Jones, a divisé les erreurs par 40 environ et produit des états T d’une fidélité logique record de 99,99 %. Google précise que la méthode doit encore faire ses preuves à plus grande échelle.
Les deux résultats se rejoignent sur le nombre de portes Toffoli. Selon l’article d’Anthropic, quand les usines à états magiques ont un débit limité, ce qui est généralement le cas, la durée du calcul dépend avant tout de ce nombre.
La courbe des coûts avant l’IA
Les estimations de coût baissent depuis des années à hypothèses matérielles constantes. En 2019, Craig Gidney et Martin Ekerå estimaient qu’il faudrait 20 millions de qubits bruités pour factoriser une clé RSA de 2048 bits ; en mai 2025, Gidney est descendu sous le million avec les mêmes hypothèses. Pour FeMoco, l’amas fer-soufre d’une enzyme qui fixe l’azote, l’estimation est passée d’environ 50 000 milliards de portes Toffoli en 2017 à environ 340 millions. Selon Anthropic, cette baisse d’un facteur 150 000 environ a pris huit ans à de nombreux groupes de recherche, chaque étape demandant souvent des mois, contre une seule session de 53 heures pour le circuit de Claude sur les courbes elliptiques.
L’article de mars mené par Google estimait que le logarithme discret sur une courbe de 256 bits demande moins de 1 200 qubits logiques et moins de 90 millions de portes Toffoli ; en juillet, Han Luo et ses coauteurs ont ramené le nombre de qubits logiques à 835, au prix de beaucoup plus de portes Toffoli.
Les limites connues
Prépublication, l’article d’Anthropic décrit des conceptions logiques contrôlées par un évaluateur classique, avec des simulations et une preuve Lean pour la règle de divsteps. Les auteurs jugent d’autres mesures de coût « tout aussi raisonnables » que la leur, car le bon critère dépend du matériel et de l’architecture de correction d’erreurs. Des humains ont aussi rédigé la spécification de chaque tâche.
Anthropic ajoute que Claude se montrait « prudent par nature » lors des premiers essais : il remettait en doute des améliorations apparentes, revérifiait des résultats déjà bien établis et préférait les méthodes connues. L’équipe lui a imposé de développer plusieurs approches en parallèle et l’a parfois poussé à élargir sa recherche.
Nic Carter, de Castle Island Ventures, cité par The Block, estime qu’il n’y a « pas de menace imminente », tout en jugeant que l’IA accélère nettement les progrès. Aucune des annonces d’Anthropic, de Google ou d’IBM cette semaine ne donne de date pour un ordinateur quantique capable de casser le chiffrement actuel.
Des conceptions vérifiables par un ordinateur classique
Google a amélioré cette semaine le versant matériel, avec des états magiques plus propres sur une vraie puce. Côté conception, des agents IA proposent désormais circuits quantiques et décodeurs, et un programme classique vérifie chaque proposition. Anthropic imagine une IA qui optimiserait ensemble tous les composants d’une machine à correction d’erreurs, « de l’algorithme jusqu’au matériel », et IBM applique déjà des agents au matériel du décodeur. Le même jour, Vals AI publiait un indice qui note les modèles sur des tâches de recherche corrigées automatiquement (voir notre article sur le Vals Science Index).
Le 17 octobre, nous avons présenté les contre-exemples trouvés avec l’IA à une conjecture de 1967 sur la fusion, où le choix des problèmes et leur validation en laboratoire restaient le goulot d’étranglement. Dans l’étude d’Anthropic, chaque entrée donne une seule sortie qu’un ordinateur classique peut contrôler : la vérification précède toute construction. Anthropic conclut au conditionnel : si l’IA accélère ce travail, l’informatique quantique utile pourrait arriver plus tôt. La décompilation de jeux vidéo à l’identique repose sur le même type de contrôle, puisque le code reconstitué redonne ou non les octets d’origine, et son site de référence, decomp.dev, a annoncé le 15 octobre sa mise en sommeil face aux projets accélérés par l’IA (voir notre article sur la décompilation de jeux vidéo).



