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Aperçus IA de Google : cinq organisations d’éditeurs français saisissent Bruxelles

Presse, éditeurs en ligne et marketing à la performance : cinq organisations versent leurs griefs contre les Aperçus IA au dossier européen.

Cinq organisations professionnelles d’éditeurs de sites web, le CPA, la FNPS, le GESTE, le SEPM et le Spiil, ont déposé le 29 octobre 2026 une plainte contre Google auprès de la Commission européenne. Elle vise les Aperçus IA et le Mode IA, deux fonctions du moteur qui répondent directement aux internautes à partir de contenus du web, lancées en France le 22 juillet. Les plaignants rattachent leur démarche à l’enquête pour abus de position dominante que Bruxelles mène depuis décembre 2025.

Leur communiqué commun les présente comme « la plus large coalition d’associations et d’organisations professionnelles françaises d’éditeurs de sites web jamais réunie » devant l’autorité européenne de concurrence. La coalition dépasse la presse. Elle réunit la presse spécialisée (FNPS), la presse magazine (SEPM) et la presse indépendante en ligne (Spiil, 250 entreprises de presse et 350 publications). S’y ajoutent le GESTE, qui fédère une centaine d’éditeurs en ligne, et le CPA, syndicat professionnel du marketing digital à la performance créé en 2008.

Une plainte dans le sillage de l’enquête de décembre 2025

Ouverte le 9 décembre 2025 (affaire AT.40983), l’enquête de la Commission examine « dans quelle mesure la génération de résumés dans AI Overviews et de réponses dans AI Mode par Google est fondée sur le contenu d’éditeurs web sans compensation appropriée et sans possibilité pour eux de refuser cette utilisation sans perdre leur accès à Google Search ».

Les cinq organisations disent vouloir « contribuer à l’instruction » en apportant « des éléments factuels recueillis auprès des éditeurs français et une analyse des pratiques observées » depuis le 22 juillet. Selon elles, le lancement tardif en France, « près de deux ans après » d’autres marchés, leur a permis de documenter ces pratiques dès le premier jour.

L’European Publishers Council, qui réunit des groupes de médias européens, avait déjà porté plainte le 10 février 2026, selon Silicon Republic. Google avait alors répondu que ces « affirmations inexactes » visaient à freiner des fonctions d’IA « que les Européens veulent ». En juillet, d’après Reuters, cité par The Next Web, la Commission a adressé aux éditeurs un questionnaire sur le réglage d’exclusion proposé par Google, à rendre pour le 28 août.

Les griefs avancés par les éditeurs

Le communiqué résume la plainte, dont le texte n’est pas joint. Le déploiement du 22 juillet y « soulève d’importantes préoccupations » sur « les modalités d’imposition de ce dispositif, la visibilité, le trafic et les modèles économiques des éditeurs ». Les signataires décrivent une dépendance : les éditeurs ont besoin du moteur pour toucher leur audience, alors que leurs contenus alimentent des fonctions « susceptibles de se substituer à la consultation de leurs propres sites, sans qu’aucune transparence, ni maîtrise effective ne leur soit donnée ».

Ils demandent à la Commission d’en examiner les effets sur la concurrence, sur la maîtrise de leurs contenus et sur la pérennité économique de leurs activités numériques, afin de préserver le pluralisme. Le communiqué ne chiffre aucun préjudice et ne réclame aucune mesure précise.

Pas de clics dans le rapport IA de la Search Console

Dès le jour du lancement, le CPA, le GESTE et le Spiil regrettaient de ne pas disposer de « données dédiées dans la Search Console, leur permettant d’évaluer les clics et les performances d’AI Overviews et d’AI Mode ».

Le 31 août 2026, Google a ouvert à tous les sites un rapport sur les performances dans l’IA générative. Sa page d’aide décrit des impressions pour les Aperçus IA et le Mode IA, ventilées par page, pays, appareil et date. Elle ne décrit ni clics ni données par requête. En présentant ces données le 3 juin, Google écrivait qu’il ajouterait « d’autres indicateurs au fil du temps ».

Schéma : le rapport de la Search Console sur l'IA générative affiche des impressions par page, pays, appareil et date, mais sa page d'aide ne décrit ni clics ni données par requête
Graphique MACCUS. Données : aide de la Search Console, « Rapport sur les performances dans l’IA générative (Recherche) », consultée le 3 novembre 2026

Le 2 novembre, Search Engine Roundtable a relayé une publication LinkedIn selon laquelle un employé de Google avait évoqué, lors d’un événement Search Central Live, l’arrivée de données de clics et de requêtes dans ce rapport, sans calendrier. Gary Illyes, de Google, a répondu ne pas penser que l’entreprise l’ait formulé ainsi : « l’équipe tient beaucoup à fournir davantage de données, des données qui ont du sens, mais nous n’avons rien à annoncer pour l’instant ».

Un réglage d’exclusion qui a un coût

Google n’avait pas publié de réponse détaillée à la plainte le 2 novembre, selon Silicon.fr, et mettait en avant le réglage « IA générative dans la Recherche » de la Search Console, ouvert à tous les sites depuis le 31 août. Selon la page d’aide, l’option « Exclure » retire les liens et le contenu d’un site des Aperçus IA, du Mode IA et des fonctions génératives de Discover, dont il ne reçoit plus « aucun trafic ni aucune impression ». Ce choix ne sert pas de signal de classement dans le reste de la recherche. Le réglage ne couvre pas l’entraînement des modèles, qui relève de Google-Extended et, à partir de début 2027 selon Google, du jeton robots.txt commun annoncé le 30 octobre.

Le 11 août, avant l’ouverture du réglage à tous les sites, l’Alliance de la presse d’information générale (APIG) prévenait que refuser l’exploitation des articles par les Aperçus IA avait un prix : « ce retrait technique [entraîne] une perte de visibilité », selon Next. En Turquie, l’autorité de la concurrence (Rekabet Kurumu) a imposé le 8 octobre, à titre provisoire et pour les seuls éditeurs de presse, que ce choix reste indépendant de leur visibilité dans les autres services de Google.

Un test mené sur un seul site et publié fin octobre donne un premier indice de ce coût. Le référenceur Cyrus Shepard a temporairement exclu un site des fonctions d’IA : ses impressions IA, environ 8 % du total, sont tombées à zéro et ses clics organiques classiques ont aussi baissé, a-t-il rapporté sur LinkedIn. Search Engine Roundtable, qui l’a relayé le 30 octobre, parle d’une étude très limitée.

Des pertes affirmées, des chiffres venus d’ailleurs

Le communiqué du 29 octobre ne publie aucun chiffre sur le trafic des éditeurs français, et les éléments transmis à la Commission ne sont pas publics. Les chiffres avancés jusqu’ici par des membres de la coalition, dans le communiqué du CPA, du GESTE et du Spiil du 22 juillet, portent sur les marchés où les fonctions existaient déjà (« partout où AI Overviews a été lancé »).

Ce texte citait une expérimentation de l’Indian School of Business et de Carnegie Mellon : 39,8 % de clics organiques en moins quand un Aperçu IA s’affiche. Noella Boullay, directrice déléguée du CPA, évoquait « jusqu’à -58 % de clics vers les sites éditeurs selon Ahrefs ». Chez Reddit, le directeur général Steve Huffman a désigné le 29 octobre les réponses de l’IA de Google comme la première cause de la baisse des visites que les moteurs de recherche envoient au site, dans une « hypothèse » en deux volets.

Google, lui, présente ses fonctions comme conçues pour « aider les internautes à trouver et à visiter d’excellents sites web ». Dans son billet du 3 juin, mis à jour le 31 août, il revendique plus de 2,5 milliards d’utilisateurs mensuels pour les Aperçus IA et plus d’un milliard pour le Mode IA, et dit avoir augmenté le nombre de liens dans les réponses. Il ne publie aucun taux de clics.

Notre analyse

La plainte fait entrer dans le dossier, après les groupes de médias, des sites qui vivent du trafic de recherche et dont beaucoup ne sont pas des titres de presse. L’argument central des plaignants, la dépendance au moteur, rejoint celui de la Commission, pour qui de nombreux éditeurs « ne veulent pas risquer de perdre leur accès » à Google Search.

L’enquête n’a pas de délai légal et, rappelle la Commission, son ouverture ne préjuge pas de son issue. La procédure dessaisit aussi les autorités nationales de concurrence de leur compétence pour appliquer les règles européennes aux mêmes pratiques. La saisine de l’APIG devant l’Autorité de la concurrence se place sur un autre terrain : les engagements pris par Google en 2022 sur la négociation de la rémunération des contenus de presse.

Chaque camp affirme plus qu’il ne montre : les éditeurs n’ont publié aucune mesure française de leurs pertes, Google aucun taux de clics, et son rapport ne permet à aucun site de calculer le sien. La mesure est devenue un point de friction entre les éditeurs et Google.

Restent inconnus le contenu exact de la plainte, la réponse de Google, l’usage que la Commission fera des réponses à son questionnaire de juillet et l’éventuel envoi à Google d’une communication des griefs. À suivre aussi : l’arrivée éventuelle de données de clics dans le rapport IA de la Search Console et la décision de l’Autorité de la concurrence sur la saisine de l’APIG.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS. Données : Commission européenne, Silicon Republic, Google et communiqué des cinq organisations, consultés le 3 novembre 2026.

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