Le dimanche 18 octobre 2026, Anthropic, l’entreprise qui développe les modèles Claude, a annoncé la création de l’Anthropic Public Benefit Fund. Sous réserve de l’approbation de ses actionnaires, 5 % de ses actions y sont engagées dès à présent. Le conseil d’administration pourra en ajouter 2 % pour chaque hausse de 50 % de la valeur de l’entreprise au-delà d’un seuil de référence qu’Anthropic n’a pas rendu public.
Le billet de l’entreprise ne chiffre pas la valeur de ces actions. À la valorisation de 965 milliards de dollars obtenue lors de sa levée de fonds de série H, annoncée le 28 mai 2026, ces 5 % valent environ 48 milliards de dollars, soit près de 43 milliards d’euros au cours de référence de la BCE du 16 octobre 2026. C’est une valeur sur le papier, celle des actions d’une société non cotée. Aucun versement n’a eu lieu et l’engagement attend encore le vote des actionnaires.
Selon Anthropic, le fonds pourrait financer de grands dons à des associations ou des « distributions directes » à des populations ciblées. Le seul exemple cité concerne les effets de l’IA sur l’emploi.
Un fonds qui peut grossir avec la valorisation
Le mécanisme compte deux étages. Le premier est fixe : 5 % du capital, engagés le 18 octobre sous réserve du vote des actionnaires. Le second dépend de la croissance de l’entreprise : 2 % supplémentaires, « à la discrétion du conseil », pour chaque hausse de 50 % de la valeur au-delà d’un seuil. « Plus Anthropic grandit, plus la part de l’entreprise consacrée expressément au bien public peut être importante », écrit Anthropic.
Anthropic oppose ce choix aux usages du secteur : « Il est courant que les entreprises de la tech offrent à leurs dirigeants des rémunérations croissantes. Nous consacrons plutôt ces actions à l’intérêt public. »
Le fonds prend la forme d’une LLC, l’équivalent américain d’une société à responsabilité limitée, détenue à 100 % par Anthropic. L’entreprise explique avoir écarté le statut 501(c)(3), celui des organismes caritatifs exonérés d’impôt, pour pouvoir passer d’une forme de don à une autre. Elle s’engage à ce qu’aucune des actions détenues par cette LLC ne serve au lobbying ou à des dons politiques, aux États-Unis comme à l’étranger.
| Statut | Contenu |
|---|---|
| Engagé, sous réserve du vote des actionnaires | 5 % des actions d’Anthropic |
| À la discrétion du conseil d’administration | 2 % de plus par hausse de 50 % de la valeur au-delà d’un seuil non publié |
| Promis « dans les prochains mois » | Des précisions sur la structure, la gouvernance et les paliers de valorisation du fonds |
| Annoncé sans date | Un rapport d’intérêt public sur les progrès de la mission |
Dons, distributions directes et emploi
Fondée en 2021 par d’anciens salariés d’OpenAI, Anthropic est une société d’intérêt public (public benefit corporation) immatriculée dans le Delaware : ses dirigeants doivent concilier le rendement pour les actionnaires et la mission inscrite dans ses statuts. D’après le billet, l’essentiel du travail lié à sa mission se fait dans l’entreprise elle-même. Il s’agit de la recherche sur la sécurité et l’interprétabilité de l’IA, de la recherche biomédicale appliquée et des remises sur Claude accordées aux associations et aux institutions scientifiques.
Le fonds doit permettre d’aller au-delà, avec « une souplesse et une ampleur accrues ». Anthropic écrit qu’elle pourrait « explorer de grands dons à des organisations à but non lucratif traditionnelles ou des distributions directes à des populations spécifiques ». Le billet ne précise ni les populations visées, ni la forme de ces distributions, ni un calendrier.
L’exemple retenu est le marché du travail. « L’IA pourrait générer une valeur économique énorme, mais elle pourrait aussi déstabiliser de nombreux travailleurs », écrit l’entreprise. Elle rappelle avoir déjà engagé 200 millions de dollars, environ 178 millions d’euros, pour étudier la question et y répondre, et ajoute que « des approches plus audacieuses pourraient être nécessaires ».
Ces 200 millions correspondent à l’Economic Futures Research Fund, dont Anthropic a publié le programme le 22 juillet 2026. Ce fonds doit financer des recherches externes, surtout des projets de 5 à 30 millions de dollars, sur cinq axes. Deux d’entre eux portent sur la modernisation des aides au revenu face aux pertes d’emploi liées à l’IA et sur la participation des salariés aux gains de l’IA avant que les bouleversements n’arrivent.
Anthropic présente ce fonds de recherche comme mondial, tout en reconnaissant que ses pistes de financement sont « plutôt centrées sur les États-Unis ». L’entreprise publie aussi ses propres chiffres sur l’emploi, comme la part des juniors dans ses recrutements techniques, tombée de 27 % à 9 %.
Les promesses plus anciennes et le total d’environ 20 %
Le fonds s’ajoute à des engagements plus anciens. À la création d’Anthropic, ses cofondateurs ont promis de donner 80 % de leurs actions. L’entreprise abonde aussi les dons d’actions promis par ses salariés, un programme auquel participe environ la moitié d’entre eux, selon le billet.
En additionnant ces promesses et le nouveau fonds, Anthropic estime qu’« environ 20 % » de ses actions seront consacrées au bien public, plus d’éventuels ajouts liés aux paliers de valorisation. Sur ces 20 %, seuls les 5 % du fonds sont nouveaux, et le billet ne donne pas la part de chaque composante.
Une annonce à l’approche de la cotation
Le billet du 18 octobre ne parle pas de bourse, mais la presse relie l’annonce à l’introduction en bourse qu’Anthropic prépare. Selon The Guardian, l’entreprise envisagerait une valorisation de 1 500 milliards de dollars, avec une cotation prévue en novembre. Al Jazeera écrit qu’elle devrait être cotée aux États-Unis avant la fin de 2026 et que des analystes tablent sur plus de 2 000 milliards de dollars. À nombre d’actions inchangé, 5 % du capital vaudraient, selon notre calcul, 75 milliards de dollars avec la première valorisation et plus de 100 milliards avec la seconde.
D’après une dépêche de Reuters relayée en français par Boursorama, le corps principal du prospectus d’Anthropic compte 261 pages, dont environ 80 consacrées aux facteurs de risque. The Guardian situe l’annonce dans un climat d’inquiétude du public face à l’IA, de l’emploi à l’environnement. Le quotidien rappelle aussi qu’Anthropic avait averti la semaine précédente que certains de ses modèles pourraient bientôt se recopier sur des objets connectés.
Selon The Guardian et Reuters, Elon Musk, patron de Tesla et fondateur de SpaceX, a réagi sur X : « Je recommande de donner les actions directement au public. C’est ce que je vais faire. » Il a ensuite annoncé : « L’an prochain, je donnerai une de mes actions SpaceX à chaque enfant américain. Ce sera la première d’une longue série. » The Guardian rapporte par ailleurs qu’OpenAI aurait engagé des discussions préliminaires pour céder 5 % de son capital au gouvernement américain.
Les conditions et les questions ouvertes
Le chiffre de 48 milliards de dollars ne figure pas dans le billet d’Anthropic : il découle de la valorisation privée de mai 2026. En cas de cotation, la valeur des actions dépendra du prix retenu en bourse. Aucun don n’a été fait. Les 5 % attendent le vote des actionnaires, et chaque tranche de 2 % dépend à la fois d’un seuil non publié et d’une décision du conseil.
La LLC appartient à Anthropic. Le billet ne dit pas qui décidera de l’usage du fonds, ni selon quelles règles. Il ne dit pas non plus si des bénéficiaires hors des États-Unis sont envisagés, et aucun programme n’est annoncé en Europe. Les « distributions directes » restent au stade de piste : Anthropic écrit qu’elle « pourrait » les explorer, sans annoncer de versement.
Notre analyse
L’annonce lie une part du capital d’un des principaux développeurs d’IA à des usages d’intérêt public, et prévoit que cette part puisse croître avec la valeur de l’entreprise, à la discrétion du conseil d’administration. L’exemple choisi, les travailleurs touchés par l’IA, rejoint le sujet de son fonds de recherche de 200 millions de dollars. Pour les entreprises qui utilisent Claude, le billet n’annonce aucun changement des offres ni des tarifs.
La distance entre l’annonce et ce qui est acquis reste grande. Le montant cité dans la presse est une estimation sur le papier, le fonds appartient entièrement à Anthropic et aucun bénéficiaire n’est désigné. Elon Musk défend une autre voie, la distribution d’actions directement au public. Si elles se confirment, les discussions prêtées à OpenAI avec le gouvernement américain montreraient que d’autres acteurs étudient des formules de partage du capital.
Plusieurs étapes permettront de mesurer la portée réelle du fonds : le vote des actionnaires, la publication de sa gouvernance et du seuil de référence, le rapport d’intérêt public promis, puis les premiers dons ou distributions. La manière dont les documents de cotation décriront le fonds sera un autre indicateur.
Sources
- Investing in the public benefit, Anthropic, 18 octobre 2026
- Anthropic raises $65B in Series H funding at $965B post-money valuation, Anthropic, 28 mai 2026
- A research agenda for the Economic Futures Research Fund, Anthropic, 22 juillet 2026
- AI firm Anthropic to commit 5% of shares to fund for ‘public good’, The Guardian, 19 octobre 2026
- AI giant Anthropic commits 5% of shares to ‘public benefit’ fund, Al Jazeera, 19 octobre 2026
- Anthropic va céder 5 % de son capital à un nouveau « fonds d’intérêt général », Reuters via Boursorama, 19 octobre 2026
- Euro foreign exchange reference rates, US dollar, Banque centrale européenne, 16 octobre 2026
Image d’en-tête : graphique MACCUS, données Anthropic (28 mai 2026), The Guardian et Al Jazeera (19 octobre 2026)



