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Barclays supprime 5 000 postes, un salarié sur vingt, et cite l’IA parmi les raisons

Six suppressions sur dix décidées ce semestre touchent les fonctions support, développeurs compris, alors que le bénéfice de Barclays progresse de 12 %.

D’ici décembre, Barclays compte avoir supprimé environ 5 000 postes à temps plein, soit à peu près un salarié sur vingt. Un millier de ces postes ont disparu au premier semestre 2026. Les 4 000 restants doivent suivre avant la fin de l’année, sous réserve de la consultation du personnel.

La banque britannique a publié ce chiffre le 22 octobre 2026, en page 10 de la présentation de ses résultats du troisième trimestre, à côté d’une ligne qui évoque une « simplification de l’organisation » et des « gains d’efficacité liés aux évolutions technologiques, portés par l’IA ». Environ six suppressions sur dix décidées au second semestre touchent des fonctions support, « y compris des développeurs ». Le bénéfice avant impôt du trimestre a progressé de 12 % sur un an, à 2,3 milliards de livres (3,1 milliards de dollars), selon CNBC.

Des quatre suppressions de postes liées à l’IA annoncées en octobre 2026 et recensées par Reuters, celle de Barclays est la plus importante. Elle intervient seize jours après celle de la norvégienne DNB, qui dit déjà tirer des gains d’efficacité des agents IA dans ses contrôles clients et ses tâches de programmation.

La page 10 de la présentation des résultats

Barclays parle de « mesures structurelles de réduction des coûts ». Le document en détaille les effets attendus : environ 5 000 salariés à temps plein en moins et, pour 2027, plus de 1,1 milliard de livres d’économies brutes ainsi qu’un coefficient d’exploitation (le rapport entre coûts et revenus) un peu inférieur à 50 % pour Barclays UK, la banque de détail. Une note de bas de page précise qu’il s’agit d’une « réduction attendue » des effectifs à temps plein liée aux mesures prises en 2026, « sous réserve de consultations collectives et individuelles le cas échéant ».

Ces mesures ont d’abord un coût. Barclays y a consacré 307 millions de livres sur les neuf premiers mois de 2026 et prévoit environ 300 millions de plus d’ici décembre. Le total dépasse 600 millions, à peu près le double de son estimation initiale, rapporte Banking Dive.

Le groupe employait environ 93 000 personnes fin 2025, selon l’agence PA Media. L’essentiel des économies porte sur la banque de détail britannique, une part plus réduite sur la banque d’investissement.

La simplification d’abord, l’IA ensuite

La direction n’attribue pas tout à l’IA. « Les changements que nous menons aux troisième et quatrième trimestres sont importants », a déclaré aux analystes la directrice financière, Anna Cross. « Ils tiennent à la fois à la simplification de l’organisation et à certains effets de l’IA que nous commençons à observer. »

Le directeur général, C.S. Venkatakrishnan, rattache ces suppressions à des années d’investissements technologiques, qui consistaient selon lui à « moderniser nos plateformes, harmoniser nos systèmes et avoir des processus plus simples et meilleurs ». C’est ce travail, selon lui, qui « produit l’essentiel des gains d’efficacité constatés jusqu’ici ». D’après PA, l’IA a rendu certains processus plus efficaces, ce qui permet à la banque d’employer moins de personnes sur des postes comme ceux de développeur. « L’IA, c’est la cerise sur le gâteau, pas le gâteau », a résumé le dirigeant, qui emploie souvent la formule.

En mai, le directeur général de Standard Chartered, Bill Winters, avait parlé de remplacer un « capital humain de moindre valeur » par des investissements, avant de s’excuser dans une note interne le lendemain. Venkatakrishnan avait alors tenu un discours plus mesuré auprès de Bloomberg : « un emploi, c’est bien plus qu’une somme de tâches ».

Chez DNB, le code et les contrôles clients

Le 6 octobre, DNB a annoncé la suppression d’environ 400 équivalents temps plein dans sa division Technology & Services. Dans son communiqué à la Bourse d’Oslo, la banque indique avoir adopté l’IA agentique dans plusieurs de ses activités et précise que « cette technologie remplace des tâches auparavant effectuées à la main ».

DNB cite les domaines où elle constate déjà que les agents IA peuvent apporter des « gains d’efficacité substantiels » : le contrôle des données clients, la procédure de connaissance du client (KYC) et « le développement technologique et le code ». Sa directrice générale, Kjerstin Braathen, explique que la banque « adapte son organisation à une nouvelle réalité ». La réduction doit être achevée au quatrième trimestre.

Sept banques dans le décompte de Reuters

Le jour des résultats de Barclays, Reuters a mis à jour son tableau des réductions d’effectifs liées à l’IA annoncées ou rapportées par la presse depuis octobre 2025. Il compte 31 entrées chiffrées en nombre de postes, dont sept banques : HSBC, Standard Chartered, Barclays, Mizuho, SEB, Danske Bank et DNB. Le graphique en tête d’article reprend leurs chiffres.

Reuters ne publie pas de total. Selon notre calcul, ces 31 entrées représentent environ 102 800 emplois, dont 39 920 pour les sept banques, soit près de quatre sur dix. Reuters et Banking Dive présentent tous deux les 20 000 postes de HSBC comme un projet que la banque étudierait, d’après des informations parues en mars. Sans eux, les banques pèsent encore environ un quart du reste.

Les calendriers varient fortement. Barclays boucle ses suppressions en 2026, quand Mizuho étale les siennes sur dix ans et Standard Chartered sur quatre. Hors banques, le chiffre le plus élevé est celui d’Amazon : 16 000 postes dans ses fonctions centrales, en janvier. Les deux autres annonces d’octobre viennent de la chaîne de supermarchés américaine Kroger, environ 3 000 postes de siège, et de FICO, spécialiste du score de crédit, environ 570.

Les limites des chiffres

Les 5 000 postes relèvent d’une prévision sur l’année entière : ils incluent le millier supprimé au premier semestre et restent soumis à consultation. La proportion de six sur dix ne concerne que les mesures du second semestre. Barclays n’a pas précisé combien de postes l’IA a rendus inutiles à elle seule, et son directeur général attribue à la modernisation des plateformes l’essentiel des gains obtenus jusqu’ici.

À l’échelle de l’économie britannique, les baisses d’effectifs liées à l’IA restent l’exception. L’Office for National Statistics (ONS), l’équivalent britannique de l’Insee, a posé la question aux entreprises dans une enquête menée du 21 septembre au 4 octobre. Parmi les entreprises d’au moins 10 salariés qui utilisent l’IA, 6 % déclarent des effectifs en baisse du fait de l’IA, moins de 1 % en hausse. Ces proportions sont « restées globalement stables sur l’année écoulée », note l’ONS.

Selon la même enquête, environ 30 % des entreprises britanniques utilisent désormais au moins une technologie d’IA. Parmi celles d’au moins 10 salariés qui s’en servent, 38 % citent les postes administratifs et de secrétariat comme les plus touchés, 9 points de plus qu’en décembre 2025.

Graphique en barres tiré de l'enquête de l'ONS du 21 septembre au 4 octobre 2026, entreprises britanniques d'au moins 10 salariés qui utilisent l'IA : 6 % ont réduit leurs effectifs à cause de l'IA, moins de 1 % les ont augmentés, et 38 % citent les postes administratifs et de secrétariat comme les plus touchés
Entreprises britanniques d’au moins 10 salariés qui utilisent l’IA, septembre 2026. Données : Office for National Statistics, enquête Business Insights and Conditions Survey, 8 octobre 2026. Graphique : MACCUS.

Notre analyse

Le 22 octobre, jour des résultats de Barclays, l’économiste de Goldman Sachs Joseph Briggs écrit dans une note relayée par Fortune que les perturbations de l’emploi liées à l’automatisation « restent limitées quand l’économie se porte bien, mais s’accélèrent lors des ralentissements ». Si l’IA relève la productivité de 15 %, comme le prévoit Goldman, il estime que jusqu’à 9 % des travailleurs pourraient perdre leur emploi « pendant la transition vers l’IA », un effet qu’il juge temporaire, et que les licenciements liés à l’IA « devraient fournir un bon indicateur en temps réel ». Barclays supprime environ 5 % de ses effectifs au trimestre même où son bénéfice avant impôt progresse de 12 %, sans qu’aucune récession l’y oblige. Les gains d’efficacité, ceux de l’IA comme ceux de la modernisation des plateformes, semblent désormais assez importants pour réduire les effectifs d’un grand employeur même en période favorable.

Les postes les plus exposés se trouvent dans les fonctions support et dans le logiciel : Barclays et DNB ont tous deux cité la programmation, et l’ONS place les postes administratifs en tête. Briggs a étudié 25 métiers que la technologie a fortement réduits par le passé, dont les guichetiers de banque : l’emploi y a baissé de 25 % en moyenne dans les cinq ans suivant le début du déclin, un chiffre qu’il tient pour un plafond probable dans le cas de l’IA. Les chiffres d’embauche et de commits vont dans le même sens : chez Anthropic, les juniors sont passés de 27 % à 9 % des embauches techniques, et un seul outil de programmation a signé plus de dix millions de commits publics sur GitHub en septembre. Le nouveau fonds d’intérêt public d’Anthropic, qui pourrait procéder à des distributions directes auprès de populations ciblées, cite les effets de l’IA sur l’emploi comme seul exemple.

Selon Briggs, seuls 23 % des établissements américains ont intégré l’IA à leur fonctionnement courant, et la plupart des gains de productivité sont encore à venir. Les prochains repères viendront des consultations de Barclays jusqu’en décembre, de HSBC si la banque confirme ou abandonne les 20 000 suppressions qu’elle étudierait, et de l’enquête de l’ONS, dont le taux de 6 % est resté globalement stable depuis un an.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, données du tableau Reuters du 22 octobre 2026 et de Banking Dive

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