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Meta attribue à un outil Claude la suspension du compte Instagram de No Kings

Selon Meta, un outil Claude qui lisait profils et hashtags par rafales a déclenché la coupure du compte Instagram de No Kings.

Le compte Instagram de la coalition américaine No Kings a été mis hors ligne le samedi 17 octobre 2026 parce qu’« un outil Claude » lisait sur Instagram des profils, des publications et des hashtags par rafales, a affirmé Meta le lendemain. Andy Stone, vice-président chargé de la communication du groupe, a écrit sur X que cette activité, dont le rythme avait été multiplié par quatre environ, ressemblait à du trafic de robot. Les protections automatiques d’Instagram ont alors coupé le compte, à tort selon Meta.

Claude est le modèle d’intelligence artificielle de l’entreprise américaine Anthropic. Meta n’a précisé ni de quel outil il s’agissait ni qui l’utilisait. C’était la deuxième explication du groupe en vingt-quatre heures : la première mettait en cause la fréquence des publications du compte.

Une coupure en pleine journée de mobilisation

Le 17 octobre était la journée « No Kings: Vote Early », organisée par cette coalition opposée à Donald Trump pour encourager le vote anticipé avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Selon la coalition, citée par Bloomberg, des millions de personnes ont participé à près de 3 000 événements dans les cinquante États et à Washington.

Vers 13 h 30, heure de New York (19 h 30 à Paris), le compte Instagram de No Kings a été mis hors ligne, rapporte le média en ligne Popular Information. Il est resté inaccessible environ quatre-vingt-dix minutes selon la coalition, une heure selon Meta. La coalition explique que ses administrateurs n’ont pas pu y accéder, même une fois la page revenue en ligne, et qu’elle n’a retrouvé un accès complet qu’à 17 h 33, heure de New York (23 h 33 à Paris).

Deux explications en vingt-quatre heures

Samedi, à 18 h 07, heure de New York, Andy Stone a publié sur X une première explication : « lorsque des comptes publient, partagent ou commentent à très haute fréquence, cela peut déclencher des systèmes automatisés ». Il ajoutait que c’était arrivé au compte de No Kings avant la journée d’action, que la mesure avait « clairement » été prise par erreur, et présentait ses excuses.

Le dimanche 18 octobre à 16 h 41, heure de New York (22 h 41 à Paris), le même porte-parole a publié une mise à jour. D’après les ingénieurs de Meta, le pic à l’origine de la sanction portait « principalement » sur le comportement de « lecture » du compte. Selon lui, les systèmes de sécurité réseau du groupe ont détecté l’usage d’« un outil Claude » qui lisait des profils, des publications et des hashtags, et dont le rythme a été multiplié par quatre environ, par rafales intenses, le 17 octobre.

« Ces requêtes soudaines, nombreuses et enchaînées sur une courte période ressemblaient à du trafic de robots automatisés plutôt qu’à un humain ordinaire qui navigue sur nos systèmes », écrit Andy Stone. Il ajoute qu’un réexamen automatique a reconnu l’erreur une heure plus tard et rétabli le compte, mais qu’il a fallu « davantage de temps » pour rendre leur accès aux administrateurs. Meta a renouvelé ses excuses.

Chronologie du 17 et du 18 octobre 2026 : coupure du compte Instagram de No Kings vers 19 h 30 à Paris, retour en ligne une heure à une heure et demie plus tard, accès complet à 23 h 33, première explication de Meta sur la fréquence de publication, puis deuxième explication sur un outil Claude qui lisait des profils, des publications et des hashtags
Chronologie de la suspension, heures de Paris. Graphique MACCUS, données : messages d’Andy Stone sur X (17 et 18 octobre 2026), Bloomberg et Popular Information.

La coalition conteste la version de Meta

No Kings a mis en doute la première version dès le samedi. « Dans les 24 heures qui ont précédé la fermeture de notre compte, nous n’avons publié qu’une poignée de fois et diffusé en direct pour des milliers de personnes », a écrit la coalition, citée par Popular Information, avant de juger que l’excuse de la « haute fréquence » ne tenait pas.

Après la deuxième version, la coalition a répété sur Bluesky que l’explication de Meta « ne tient toujours pas ». Elle affirme aussi avoir reçu des signalements selon lesquels des contenus liés à #NoKings et au vote anticipé étaient inaccessibles, restreints ou semblaient étouffés sur les plateformes de Meta.

Le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy a réagi sur X, rapporte The New Republic : « Admettons que ce soit vrai. C’est quand même un réquisitoire en règle contre l’influence démesurée de Meta sur notre culture et notre politique. » Il juge qu’une enquête se justifie « au minimum ». Le magazine rattache l’épisode aux rapprochements entre Meta et l’administration Trump.

Les zones d’ombre du récit de Meta

Meta n’a publié aucune donnée à l’appui de son explication. Le « quatre fois » n’a pas de point de référence connu : Andy Stone ne dit pas à quel volume habituel il le compare. Comme le relève Bloomberg, son message ne précise ni quel outil Claude était en cause, ni qui le faisait fonctionner, ni ce qu’il faisait avec le compte.

Meta parle du comportement de lecture « du compte », ce qui laisse penser que l’activité venait d’une session connectée au compte de No Kings. Meta ne l’écrit pas en toutes lettres et n’a pas dit si l’outil était utilisé par l’équipe de la coalition ou par un tiers. Aucun des articles consultés ne cite de réaction d’Anthropic, et nous n’avons trouvé aucune déclaration publique de l’entreprise dans la nuit du 19 au 20 octobre.

Anthropic commercialise plusieurs produits capables de naviguer sur le web au nom d’un utilisateur. Son extension Claude dans Chrome permet à Claude de « lire, cliquer et naviguer sur les sites web » avec l’utilisateur, selon son centre d’aide. Elle est incluse dans toutes les offres payantes et peut aussi être lancée depuis Claude Code ou depuis Claude Cowork, le mode agent de Claude. Rien n’indique que ce soit l’outil visé par Meta.

Les règles d’Instagram sur l’accès automatisé

Les conditions d’utilisation d’Instagram interdisent d’accéder à des informations ou de les recueillir « de manière non autorisée ». Le texte français précise que cela inclut « l’accès à des informations et la collecte de celles-ci de manière automatisée sans notre autorisation expresse, que cette collecte ou cet accès automatisé ait lieu lors d’une connexion à un compte Instagram ou non ».

Meta n’a pas invoqué ces conditions contre No Kings. Andy Stone parle de « protections automatisées » qui ont agi par erreur, sans évoquer d’infraction, et attribue la coupure aux « systèmes de sécurité réseau » de Meta. Son message ne met pas en cause les systèmes de classement qui décident de la diffusion des publications, décrits dans notre article sur l’algorithme d’Instagram.

Notre analyse

Meta a désigné publiquement un outil d’IA comme le déclencheur d’une coupure automatique de compte. Selon Meta, le signal en cause était le rythme auquel le compte lisait des profils, des publications et des hashtags. Si cette version est exacte, un agent d’IA qui parcourt Instagram depuis une session connectée peut passer pour un robot aux yeux de ses protections, et c’est le compte qui est sanctionné. La frontière entre navigation humaine et navigation assistée passe par des seuils de trafic que Meta ne publie pas.

L’épisode concerne toutes les organisations dont les comptes sur les réseaux sociaux sont en partie gérés par des agents d’IA capables de naviguer : associations, commerces, agences. Les plateformes ont déjà affaire à ce type de trafic. En octobre, des chercheurs indépendants qui publient sur le site swarmcha.se ont décrit une flotte d’agents IA hébergée chez Tencent qui, du 28 septembre au 8 octobre, a tenté plus de 2 600 fois d’extraire des données d’Amap, le service de cartographie d’Alibaba, protégé par des défenses anti-robots. Meta pratique lui-même l’accès automatisé : ses conditions commerciales réécrites, qui entrent en vigueur le 30 octobre, autorisent ses robots à accéder aux sites liés aux comptes professionnels.

Le récit de Meta ne repose que sur ses propres déclarations : aucun relevé technique publié, aucun chiffre absolu, et une première explication, sur la fréquence de publication, que la mise à jour du lendemain ne reprend pas. La coalition le conteste, et Anthropic ne s’est pas exprimé publiquement. On ignore toujours l’outil exact, son opérateur, le seuil appliqué et la façon dont le même mécanisme traite les comptes hors des États-Unis.

En Europe, l’article 17 du règlement sur les services numériques (DSA) oblige les hébergeurs, réseaux sociaux compris, à fournir un « exposé des motifs clair et spécifique » lorsqu’ils suspendent un compte en raison d’un contenu illicite ou contraire à leurs conditions générales, avec des informations sur « l’utilisation de moyens automatisés ». Ce texte vise les informations fournies par l’utilisateur. Une coupure décidée par un système de sécurité sur la foi d’un volume de trafic n’entre pas clairement dans ce cadre.

D’ici aux élections du 3 novembre, trois éléments pourraient éclairer l’affaire : une réponse d’Anthropic, un récit plus détaillé de Meta, et la suite donnée à l’enquête que réclame Chris Murphy.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, données des messages d’Andy Stone sur X (17 et 18 octobre 2026), Bloomberg et Popular Information

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