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Meta raye l’entraînement de l’IA de ses conditions en anglais, ses robots gardent l’accès

Les identifiants de test restent autorisés et la version française des conditions disait encore « entraîner » le 18 octobre.

Entre le 16 et le 17 octobre 2026, Meta a réécrit la clause d’exploration de ses Conditions commerciales, qui entrent en vigueur le 30 octobre. La version anglaise ne contient plus la phrase qui lui permettait d’utiliser le contenu des sites liés à un compte professionnel pour « entraîner » ses produits. Ses robots et ses identifiants de test restent autorisés sur ces sites, pour un usage désormais limité à la publicité, aux produits professionnels, à l’intégrité et à la sécurité. Le 18 octobre au matin, la version française affichait toujours l’ancien texte.

Le 16 octobre, nous avons détaillé la clause d’exploration ajoutée aux Conditions commerciales de Meta et sa portée pour les comptes qui gèrent une Page Facebook, un compte professionnel Instagram ou des publicités. Nieman Lab avait publié la veille l’analyse de juristes, dont James Grimmelmann, professeur de droit à Cornell. Ils lisaient dans la clause le droit d’entraîner une IA sur le contenu des sites et une ouverture pour passer outre le fichier robots.txt. The Verge a relevé la réécriture le 17 octobre, avec une nouvelle déclaration de Meta.

La phrase supprimée de la version anglaise

The Verge cite mot pour mot la phrase retirée de la version anglaise des Conditions commerciales. Meta la traduit ainsi dans sa version française, toujours en ligne le 18 octobre :

« Meta peut utiliser tout contenu provenant de ces domaines, pages Web ou URL pour fournir, développer, améliorer, rechercher, entraîner et maintenir l’intégrité des Produits, services et fonctionnalités des Entités Meta fournis en vertu des présentes Conditions commerciales et de toute autre condition supplémentaire applicable. »

Dans la version anglaise lue le 18 octobre, la fin du paragraphe sur l’exploration fixe d’autres buts : « fournir, développer, améliorer, rechercher et maintenir des produits publicitaires et professionnels » et « maintenir l’intégrité et la sécurité » des produits de Meta (notre traduction). Une parenthèse cite en exemple les outils qui vous aident à créer et diffuser des publicités, à informer les utilisateurs sur vos produits et à vous mettre en relation avec des clients potentiels. Le mot « train » n’apparaît plus nulle part sur la page.

Les conditions des publicités en libre-service, qui changent elles aussi le 30 octobre, ont été réécrites de la même façon : leur version anglaise ne contient plus ni « train » ni « training ». Leur version actuelle, en vigueur depuis le 22 août 2025, autorise pourtant déjà Meta à accéder au contenu des sites d’un annonceur pour, entre autres, « research and training » (« la recherche et la formation » dans la version française). À partir du 30 octobre, le texte anglais en dira donc moins sur l’entraînement qu’aujourd’hui.

Schéma de la clause d'exploration de Meta applicable au 30 octobre 2026. Texte du 16 octobre : robots, bots, agents utilisateurs et identifiants de test, pour notamment entraîner. Texte anglais réécrit, lu le 18 octobre : même accès, usage limité aux produits publicitaires et professionnels, à l'intégrité et à la sécurité, mot train retiré sans interdiction écrite. Version française le 18 octobre : toujours entraîner (schéma réalisé par MACCUS).
La clause d’exploration avant et après la réécriture, d’après les pages juridiques de Meta consultées les 16 et 18 octobre 2026.

L’autorisation d’explorer reste dans le contrat

Le début du paragraphe n’a pas bougé. À partir du 30 octobre, en utilisant Facebook, Instagram ou les autres services de Meta à des fins professionnelles, une entreprise autorise Meta, ou toute entité agissant en son nom, à envoyer des extracteurs de données, des bots, des robots d’indexation et des agents utilisateurs sur les domaines, pages Web ou URL « associés à vos produits ou services ». Meta peut aussi créer des identifiants de test pour y accéder, puis indexer, mettre en cache, analyser et collecter ce contenu et en récupérer les mises à jour à intervalles réguliers.

Le texte révisé ne cite plus l’entraînement parmi les usages prévus, sans pour autant l’interdire. Il ne mentionne toujours pas le fichier robots.txt. L’acceptation reste automatique : continuer à utiliser les produits de Meta à des fins professionnelles après la notification vaut accord. Pour refuser, Meta ne laisse qu’une seule option, « cesser tout accès ou utilisation de nos produits à des fins professionnelles ou commerciales ».

Meta renvoie de nouveau au robots.txt

Selon The Verge, Andy Stone, vice-président de la communication de Meta, et le porte-parole Daniel Roberts avaient d’abord répondu qu’il n’y avait « aucun changement dans la façon dont Meta utilise les robots d’exploration » (notre traduction). Le 17 octobre au matin, Daniel Roberts est allé plus loin dans une déclaration à The Verge :

« Nous vous avons entendus et voulons clarifier : les conditions d’exploration que nous avons regroupées ne s’appliquaient qu’à nos produits publicitaires et professionnels, et nous l’avons précisé dans les conditions elles-mêmes. Cela ne change pas la façon dont Meta utilise les robots d’exploration. Comme toujours, les propriétaires de contenu peuvent utiliser le robots.txt pour indiquer leurs préférences. Il ne s’agit pas d’aspirer les sites d’information, et ces mises à jour ne nous donnent pas de nouveaux droits qui l’emporteraient sur ces préférences. » (notre traduction)

Cet engagement sur le robots.txt n’apparaît que dans la déclaration à la presse. La documentation de Meta sur ses robots, relue le 18 octobre, décrit toujours meta-externalagent comme le robot qui sert notamment à « entraîner des modèles d’IA de fondation » (notre traduction). Meta précise que meta-externalfetcher, qui ouvre une page à la demande d’un utilisateur, peut ignorer le robots.txt, comme facebookexternalhit lors de contrôles de sécurité. Le 18 octobre, le même Andy Stone a attribué à « un outil Claude » la coupure du compte Instagram de la coalition No Kings, dont les lectures en rafales ressemblaient selon lui à du trafic de robot, comme le raconte notre article sur la suspension du compte Instagram de No Kings.

Le texte français dit toujours « entraîner »

Le 18 octobre vers 9 h 40, heure de Bruxelles, nous avons relu les deux aperçus en français. Les Conditions commerciales contiennent toujours la phrase citée plus haut, identique au mot près à la version lue le 16 octobre. Les conditions des publicités en libre-service disent encore que Meta « peut utiliser tout contenu provenant de tels domaines, de telles pages Web ou de telles URL » pour, entre autres, « entraîner » ses produits.

L’explication la plus probable est un retard de traduction. La version anglaise ne dit pas quelle langue prévaut en cas d’écart, et ni The Verge ni la déclaration de Meta n’abordent ce point. Un commerçant français ou belge qui lit les conditions dans sa langue y trouve donc, à douze jours de l’échéance, une phrase que Meta a retirée en anglais.

La News/Media Alliance reste méfiante

Le 16 octobre, la News/Media Alliance, qui représente les éditeurs de presse américains, a qualifié les nouvelles conditions de Meta de « scandaleuses et probablement illégales » par la voix de sa présidente-directrice générale, Danielle Coffey (notre traduction). Après la réécriture, un porte-parole de l’Alliance a estimé auprès du Mercury News, cité par The Next Web, que la correction limite seulement l’usage du contenu. Selon lui, l’entraînement a quitté la liste sans être expressément exclu, et le texte ne promet toujours pas de respecter le robots.txt.

Les zones d’ombre du nouveau texte

Le texte ne définit toujours pas les domaines « associés à vos produits ou services » : le site indiqué sur votre Page, ou aussi vos autres domaines ? La notion de « produits publicitaires et professionnels » reste large, puisque la parenthèse qui l’illustre commence par « including » (y compris). Aucune langue n’est désignée comme référence.

Deux jours avant l’échéance, le 28 octobre, la navigation produit s’active par défaut sur les publicités.

Un texte qui peut encore changer

Meta a réécrit sa clause un ou deux jours après les premières critiques publiques, parues le 15 octobre. Elle peut la modifier encore, et chaque nouvelle version s’appliquera aux entreprises qui continuent à utiliser ses outils après en avoir été averties.

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