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Meta lance au Japon son agent Muse, qui achète en ligne. Pas de date pour l’Europe

Premier pays hors d'Amérique du Nord, le Japon reçoit Muse, l'agent de Meta qui sert d'abord à acheter, selon le groupe.

Meta a lancé son agent personnel Muse au Japon le vendredi 23 octobre 2026 (heure japonaise), sur iOS, Android et le site muse.ai. C’est le premier pays hors d’Amérique du Nord à le recevoir : Muse a ouvert aux États-Unis le 8 septembre, puis au Canada. L’agent envoie des e-mails, gère un agenda, réserve des voyages et passe des commandes en ligne ; il demande l’accord de l’utilisateur avant d’acheter ou d’envoyer un e-mail.

Deux jours plus tôt, lors de la présentation des résultats trimestriels de Meta, Mark Zuckerberg a donné des chiffres : plus de 10 millions de personnes ont configuré Muse aux États-Unis et au Canada en six semaines, et l’achat en ligne arrive en tête des usages. Le patron de Meta a aussi expliqué pourquoi l’agent n’est pas encore proposé partout : son fonctionnement coûte cher en calcul, et chaque pays demande un travail d’adaptation et de connecteurs. Meta n’a donné aucune date pour la France, la Belgique ou le reste de l’Union européenne.

Muse désigne l’application, à ne pas confondre avec les modèles qui la font tourner, et c’est elle qui arrive au Japon. Selon Zuckerberg, Muse Spark, dont Meta a publié une version ouverte le 15 octobre, est le modèle par défaut de l’offre gratuite, et Muse Wonder, présenté le 12 octobre, est accessible dans l’offre payante.

Des connecteurs mondiaux et trois partenaires japonais en préparation

Le communiqué de la filiale japonaise de Meta insiste sur les connecteurs, ces liaisons qui permettent à l’agent d’agir dans les services de l’utilisateur. Au lancement, Muse se branche notamment sur Gmail, Google Agenda et Instagram pour gérer le courrier, fixer des rendez-vous ou exploiter les contenus enregistrés. Pour les achats et les voyages, Meta cite des services présents dans le monde entier : Stripe, Shopify, Trip.com, Agoda et Klook.

Trois noms japonais complètent la liste : la plateforme de vente entre particuliers Mercari, l’application de gestion de budget Money Forward ME et la billetterie Ticket Pia. Meta dit travailler à ces intégrations, sans les présenter comme disponibles au lancement. Masahiro Ajisawa, qui dirige la filiale japonaise, cite les sociétés qui exploitent ces services parmi les partenaires japonais et dit vouloir rendre Muse utile pour les achats, les voyages et la gestion de l’emploi du temps.

Capture du communiqué de Meta au Japon, en japonais, listant les connecteurs de Muse : Gmail, Google Agenda, Instagram, Stripe, Shopify, Trip.com, Agoda, Klook, puis les intégrations en préparation avec Mercari, Money Forward ME et Ticket Pia
Capture : communiqué de Meta au Japon du 23 octobre 2026, section sur les services connectés (en japonais)

Selon Meta, de nombreuses fonctions de base sont gratuites et un abonnement s’adresse aux usages plus intensifs. Le communiqué ne donne aucun prix. Le site spécialisé Impress Watch indique un abonnement Meta à partir de 2 799 yens par mois, soit environ 16 euros au cours de référence de la BCE du 22 octobre. Sur l’App Store japonais, l’application est gratuite avec achats intégrés et classée 18 ans et plus.

Meta précisera dans une annonce séparée la disponibilité au Japon de trois fonctions présentées à la conférence Meta Connect : le mode vocal avancé, l’avatar Muse Realtime Avatar (en anglais seulement) et l’adresse e-mail propre à chaque agent.

Les chiffres donnés aux investisseurs le 21 octobre

Lors de la conférence téléphonique sur les résultats du troisième trimestre, Mark Zuckerberg a affirmé qu’« en un mois et demi seulement, plus de 10 millions de personnes aux États-Unis et au Canada » avaient configuré leur agent Muse. Selon lui, environ un quart d’entre elles l’utilisent un jour donné, et l’application a été « numéro un de l’App Store presque tous les jours ».

Pour Zuckerberg, l’achat est l’usage le plus courant : « plus d’un quart des personnes qui utilisent Muse » s’en servent pour acheter, avec un panier moyen supérieur à 200 dollars (environ 178 euros). Interrogé par un analyste, il a précisé que ce chiffre inclut les voyages. La directrice financière, Susan Li, l’a formulé autrement : l’achat concerne « plus de 25 % des utilisateurs actifs hebdomadaires » de Muse.

Extrait en anglais de la transcription de la conférence de résultats de Meta : l'achat est l'usage le plus courant de Muse, plus d'un quart des utilisateurs, panier moyen supérieur à 200 dollars, Plaid et Stripe
Capture : transcription de la conférence de résultats du troisième trimestre 2026 de Meta, 21 octobre 2026, page 2

Selon Zuckerberg, la fintech Plaid a dit à Meta n’avoir jamais vu autant d’activité sur son connecteur avec aucun autre service. Dès la première semaine, Meta a dû travailler avec Stripe pour relever des plafonds de crédit, car les volumes dépassaient les prévisions de tous. Le même jour, le groupe publiait ses chiffres publicitaires, détaillés dans notre article sur le prix des publicités Facebook et Instagram.

Le modèle économique annoncé repose sur la gratuité pour la plupart des utilisateurs. Meta veut toucher une commission sur les transactions que l’agent facilite, payée selon Zuckerberg par les entreprises, et vendre des abonnements à ceux qui veulent les modèles les plus avancés ou davantage de tokens. Les entreprises pourront aussi s’abonner pour utiliser Muse dans leur activité.

Les marchands entre ouverture et blocage

Susan Li a chiffré la cible professionnelle : d’après une enquête auprès de ses utilisateurs, Meta estime qu’au moins 500 millions de petites entreprises, qui se déclarent comme telles, utilisent ses applications. Muse pourrait les aider à trouver des clients, et à terme « les agents des consommateurs et ceux des entreprises pourraient se connecter et réaliser des transactions directement ».

Une extension de Muse pour les petites entreprises, lancée fin septembre dans l’application, se connecte au compte Instagram, aux pages Facebook ou aux comptes publicitaires Meta d’une entreprise, ainsi qu’à des services comme Shopify, QuickBooks ou Canva. Selon Susan Li, l’agent peut alors analyser les performances des publicités et des contenus, préparer des campagnes et rédiger des réponses aux clients.

La directrice financière juge aussi compréhensible que certaines entreprises veuillent protéger leur relation client. Meta mise sur des échanges encadrés entre agents : plus tôt en octobre, le groupe a présenté en avant-première le Personal Agent Protocol, un standard ouvert en cours de développement avec Sierra, Walmart, Stripe et Shopify, entre autres, pour définir comment l’agent d’un consommateur traite avec celui d’une entreprise.

Aux États-Unis, Amazon a commencé à bloquer Muse sur son site le 20 septembre, selon Bloomberg, repris par TheStreet. Le lendemain, Shopify annonçait ouvrir à l’agent toutes les boutiques de sa plateforme, sans intégration à faire par chaque marchand, avec un paiement par Shop Pay. Selon Meta, Muse ouvre lui-même un navigateur et remplit des formulaires pour le compte de l’utilisateur. Notre guide sur les sites prêts pour les agents IA explique comment ces logiciels lisent les pages d’une boutique.

Au Japon, le quotidien économique Nikkei relève que si ces fonctions entrent dans les usages, les clients pourraient moins passer par les sites marchands et les services de réservation de voyages, qui risqueraient de perdre le contact direct avec eux.

Des chiffres sans contrôle extérieur

Les chiffres d’usage viennent de Meta, qui les a donnés à des investisseurs sans détail ni audit. Leur base varie selon l’orateur : « plus d’un quart des personnes qui utilisent Muse » pour Zuckerberg, « plus de 25 % des utilisateurs actifs hebdomadaires » pour Susan Li, sans nombre d’acheteurs ni montant total. Les 10 millions comptent les personnes qui ont configuré l’agent ; Meta ne donne aucun nombre absolu d’utilisateurs actifs. Impress Watch parle de plus de 10 millions de téléchargements en un mois, une formulation que Meta n’emploie pas.

La formule « premier agent IA personnel au monde » est celle de Meta. La fiche de l’App Store japonais prévient elle-même que Muse peut fournir des informations inexactes ou agir de manière inattendue, et invite à vérifier ce qu’il fait.

Sur la sécurité aussi, la description vient de Meta. Chaque utilisateur dispose d’une machine virtuelle isolée dans le cloud, Muse Secure VM, qui stocke les données et les identifiants des services connectés, et un agent distinct, Sentinel, contrôle l’accès à Internet. Toujours selon Meta, Muse ne voit ni les mots de passe ni les moyens de paiement, les échanges peuvent être exclus de l’entraînement des modèles et les conversations ne sont pas partagées avec les systèmes publicitaires du groupe. Une version chiffrée avec une clé que seul l’utilisateur détient, Muse Confidential VM, était promise en septembre pour plus tard dans l’année.

Notre analyse

Pour la première fois, l’agent qui achète au nom de ses utilisateurs sort d’Amérique du Nord. Pour un commerçant français ou belge, Muse reste un sujet nord-américain, et désormais japonais : l’agent n’est pas proposé en Europe et Meta n’a rien annoncé pour la région. Anthropic suit le même chemin avec Claude Duet, son agent proactif lancé le 21 octobre en aperçu, réservé à des abonnés américains et sans date européenne.

Là où il fonctionne, Muse passe par des infrastructures de paiement et de vente déjà en place, notamment Stripe et Shopify. Aux États-Unis, l’ouverture de Shopify et le blocage d’Amazon coexistent, et Meta parie sur un standard d’échange entre agents pour rapprocher les deux attitudes.

Zuckerberg cite deux freins à l’ouverture de nouveaux pays : le coût de calcul et l’adaptation à chaque marché, connecteurs compris. Pour le premier, Meta prévoit de multiplier par plus de dix l’efficacité de Muse en coût de calcul d’ici un an. Zuckerberg n’a pas cité la réglementation pour expliquer ce calendrier, et Meta n’explique pas pourquoi le Japon a été choisi.

Restent à suivre l’ouverture effective des intégrations Mercari, Money Forward ME et Ticket Pia, le prochain pays et la place de l’Europe dans le calendrier, les prix des abonnements au Japon, que Meta n’a pas publiés, et la part des achats dans l’usage japonais de Muse.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, d’après le communiqué de Meta au Japon, l’annonce de Muse du 8 septembre 2026 et la transcription de la conférence de résultats du 21 octobre 2026

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