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Une entreprise britannique sur trois utilisait l’IA en 2026, contre une sur six en 2025

La part des entreprises britanniques qui utilisent l'IA a doublé en un an, mais 64 % des entreprises utilisatrices ne voient aucun effet sur leurs coûts.

Début 2026, parmi les entreprises britanniques de cinq salariés ou plus, une sur trois utilisait une forme d’intelligence artificielle, presque toujours un outil de texte qui rédige des courriels, résume des documents ou fait des recherches rapides. Un an plus tôt, c’était une sur six. Le gouvernement britannique a publié ces chiffres le 29 octobre dans son enquête 2026 sur l’adoption de l’IA, menée auprès d’environ 3 500 entreprises en 2025 puis en 2026.

Rapportée à son point de départ, la hausse est la plus forte dans les secteurs où l’IA était presque absente. La part des entreprises du bâtiment qui l’utilisent passe de 9 % à 25 %, celle du commerce de 10 % à 25 % et celle du transport de 7 % à 24 %. Chez les plus petites entreprises interrogées, de cinq à neuf salariés, elle passe de 14 % à 27 %.

Les entreprises utilisatrices citent plus souvent un gain de productivité qu’une baisse des coûts : la moitié jugent leurs salariés plus productifs, mais 64 % n’ont vu aucun changement dans leurs coûts d’exploitation. Le 30 octobre, le gouvernement a annoncé qu’un assistant d’IA conçu avec Google DeepMind avait réduit de 58 %, dans trois collectivités pilotes, le temps passé sur des tâches clés de l’instruction des demandes courantes d’agrandissement de maison, et qu’il serait étendu à 15 collectivités.

Deux enquêtes conçues pour être comparées

Le ministère de la Science, de l’Innovation et de la Technologie a confié la première vague à IFF Research et Technopolis, qui ont interrogé 3 500 entreprises par téléphone entre le 12 février et le 2 mai 2025. Pour la deuxième, « conçue pour permettre des comparaisons avec la vague précédente » selon le rapport, BMG Research a joint 3 503 entreprises par téléphone entre le 7 janvier et le 21 avril 2026, avec un questionnaire adapté du premier. Le rapport 2026 paraît sous le nom du Department for Business, Innovation, Science and Trade.

Les deux échantillons, pondérés par taille et par secteur, couvrent les entreprises privées du Royaume-Uni d’au moins cinq salariés. Les structures de moins de cinq salariés, l’administration publique, l’enseignement et la santé en sont exclus.

En 2026, 32 % de ces entreprises déclarent utiliser au moins une technologie d’IA, phases pilotes comprises, contre 16 % en 2025. La part de celles qui jugent l’IA sans intérêt pour leur activité recule de 51 % à 38 %. L’usage est le plus répandu dans l’information et la communication (61 %) et l’immobilier (45 %), ainsi que dans les grandes entreprises de 250 salariés ou plus (52 %).

Les outils de texte portent l’essentiel de la hausse. Le traitement du langage naturel et la génération de texte, dont relèvent les assistants conversationnels, sont utilisés par 30 % de l’ensemble des entreprises, contre 13 % en 2025. La vision par ordinateur (9 %) et l’apprentissage automatique (6 %) restent loin derrière. Les tâches administratives arrivent en tête des usages, et 57 % des entreprises utilisatrices disent se servir de l’IA en continu.

Le bâtiment, le commerce et l’hôtellerie s’y mettent

Les secteurs où, il y a un an, près de neuf entreprises sur dix n’utilisaient pas l’IA et ne comptaient pas s’y mettre ont plus que doublé leur taux d’usage. Dans le bâtiment, cette proportion tombe de 88 % à 69 %, et dans le commerce de 86 % à 69 %. L’hôtellerie-restauration passe de 11 % à 23 % d’entreprises utilisatrices. Les trois secteurs restent sous la moyenne, et le rapport les range parmi les moins engagés.

Par taille, la part passe aussi de 16 % à 34 % de 10 à 49 salariés, de 23 % à 47 % de 50 à 249 et de 36 % à 52 % à partir de 250.

La plupart de ces usages coûtent peu. Selon le rapport, les entreprises commencent souvent par des « outils gratuits ou des fonctions d’IA intégrées à des logiciels existants » et testent d’abord à petite échelle. Parmi les entreprises utilisatrices capables d’estimer leurs dépenses, 43 % disent n’avoir rien dépensé pour l’IA en 2025.

Selon la synthèse du rapport, l’IA « fonctionnait avant tout comme un outil d’appui, qui renforce les activités existantes sans redéfinir les modèles économiques ». L’intégration sur mesure relève d’un autre marché : aux États-Unis, les offres d’emploi d’ingénieurs qui installent l’IA chez les clients ont dépassé 7 300 sur les neuf premiers mois de 2026.

Un test dans les services d’urbanisme

Le 30 octobre, le ministère du Logement, des Communautés et des Collectivités locales a annoncé que PlanAssist, un outil développé avec Google DeepMind, Google Cloud, la société d’IA Faculty et des collectivités, passerait de trois collectivités pilotes (Camden, Barnet et le Dorset) à 15, pour une phase bêta de 12 mois sur des demandes réelles. Le gouvernement compte le proposer à toutes les collectivités d’Angleterre d’ici fin 2027, un déploiement national qui dépend, selon DeepMind, d’« essais concluants ».

L’outil rassemble la demande, les règles locales et les contraintes du terrain, puis rédige une première évaluation qu’un agent relit. Dans un billet du 31 octobre, Google DeepMind indique que, pendant l’expérimentation lancée en juin, l’outil a montré qu’il pouvait réduire de 58 % le temps moyen consacré par un agent à l’instruction des demandes des particuliers, et que les agents ont validé plus de 70 % de ses rapports sans modification. Ces demandes (agrandissement, aménagement de combles, véranda) représentent jusqu’à 70 % de la charge de travail des agents, selon DeepMind.

Le ministère ajoute que l’outil « nous aide à diviser par deux les délais de traitement des demandes courantes des particuliers, de huit semaines à quatre ». Aucune des deux pages ne précise de méthode ni de taille d’échantillon, et chaque dossier reste tranché par un agent. Le même communiqué introduit une règle en vigueur depuis le samedi 31 octobre : les demandes simples relèvent désormais des agents d’urbanisme, sans attendre un créneau en commission. « Voilà à quoi ressemble concrètement une IA mise au service du public », a déclaré le ministre chargé de l’IA, Kanishka Narayan.

Les Pays-Bas, eux, prévoient environ 25 000 postes de fonctionnaires en moins d’ici 2035 et comptent sur l’IA pour y contribuer. Le communiqué britannique parle de dégager du temps pour les agents et cite 420 urbanistes nouvellement recrutés.

Les limites des données

Tous les effets mesurés par l’enquête sont déclaratifs. Le rapport 2025 prévenait que ces réponses « ne donnent peut-être pas une image tout à fait exacte des effets réels et doivent être considérées comme des estimations ». Les deux vagues ont interrogé le responsable de la technologie : elles ne captent donc pas, note le rapport 2025, l’usage « fantôme » des salariés qui se servent seuls d’outils d’IA.

Parmi les entreprises utilisatrices, 64 % ne voient aucun effet de l’IA sur leurs coûts d’exploitation, 22 % constatent une légère baisse, 2 % une baisse nette et 9 % une hausse, une part qui atteint 20 % dans l’immobilier et 19 % dans la finance. La moitié constatent une hausse de la productivité de leurs salariés, contre 56 % en 2025, note le rapport, et 7 % un gain d’au moins 20 %.

Graphique en barres empilées des réponses des entreprises britanniques qui utilisent l'IA : coûts d'exploitation en baisse pour 24 %, inchangés pour 64 %, en hausse pour 9 % ; productivité des salariés en hausse pour 50 %, inchangée pour 42 % ; IA jugée très importante par 14 %
Le bilan déclaré par les entreprises britanniques qui utilisent l’IA : coûts, productivité et importance de l’IA, 2026. Données : enquête 2026 du gouvernement britannique sur l’adoption de l’IA, tableaux 67, 68 et 77 (publiés le 29 octobre 2026), licence Open Government v3.0. Graphique : MACCUS.

L’usage reste limité au sein de chaque entreprise. Dans 38 % des entreprises utilisatrices, un salarié sur dix au plus se sert de l’IA. Invitées à noter l’importance de leurs outils d’IA de 0 à 10, elles donnent en moyenne 4,3 ; 14 % mettent 8 ou plus et 44 % 3 ou moins.

Peu de suppressions d’emplois à ce stade

Le rapport britannique relève « peu de signes de suppressions d’emplois à grande échelle ». Lors des entretiens approfondis, certaines entreprises s’attendaient à des pertes d’emplois, « mais peu en ont fait l’expérience dans les faits », écrit-il, même si des salariés ont changé de service après que l’IA a repris leur ancienne charge de travail.

Aux États-Unis, un document de travail du Census Bureau publié en avril s’appuie sur une autre enquête, portant sur la période de novembre 2025 à janvier 2026 : 18 % des entreprises américaines utilisaient l’IA dans au moins une fonction, un chiffre qui ne se compare pas aux 32 % britanniques. Chez ces entreprises utilisatrices, 2,3 % signalent des hausses d’effectifs liées à l’IA et 2,0 % des baisses. Parmi les entreprises qui constatent un effet sur les tâches, 66 % se servent de l’IA uniquement pour épauler leurs salariés.

Dans l’enquête de ZipRecruiter auprès de plus de 1 500 salariés américains, publiée le 26 octobre, 52,6 % disent que l’IA a rendu leur travail plus agréable et 5,5 % moins agréable. Ils sont 25,1 % à prévoir de quitter leur poste à cause de la façon dont leur employeur considère ou utilise l’IA.

Notre analyse

Le Royaume-Uni dispose désormais de deux mesures de l’usage de l’IA en entreprise, prises à un an d’écart avec une méthode comparable, et la part des entreprises qui utilisent l’IA a doublé entre les deux. Une bonne part de la hausse vient de secteurs restés jusque-là à l’écart : le bâtiment, le commerce, le transport et l’hôtellerie.

Peu d’entreprises utilisatrices jugent l’IA indispensable, et les suppressions d’emplois liées à l’IA restent rares dans les données des deux pays. Les enthousiastes retiendront un doublement en un an ; les sceptiques, les 64 % d’entreprises utilisatrices sans changement de coûts et l’analyse publiée le 24 octobre par l’économiste en chef d’Apollo, selon qui l’IA n’a rien rapporté aux entreprises américaines hors du secteur technologique.

Une troisième vague, si le gouvernement la commande, dirait si le rythme se maintient. Un nouveau doublement porterait la part à près de deux entreprises sur trois (64 %, notre calcul), et les questions sur les coûts et l’importance de l’IA montreraient si un usage plus large finit par apparaître dans les comptes. La phase bêta de PlanAssist, plus proche, dira si le passage de huit à quatre semaines annoncé par le ministère se vérifie sur des demandes réelles.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, données de l’enquête 2026 du gouvernement britannique sur l’adoption de l’IA, avec la comparaison 2025 (publiée le 29 octobre 2026), licence Open Government v3.0

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