Environ un emploi à temps plein sur six dans l’administration centrale néerlandaise disparaîtrait d’ici 2035, selon le plan que le gouvernement a transmis au Parlement le lundi 26 octobre 2026. Soit quelque 25 000 postes dans les ministères, les inspections et les agences qui perçoivent l’impôt, versent les allocations et instruisent les titres de séjour. Le plan cite l’intelligence artificielle parmi les moyens de faire le même travail avec moins de monde.
Le secrétaire d’État Eric van der Burg, chargé de ce que le gouvernement appelle une « administration efficace », chiffre pour la première fois le nombre d’emplois concernés, relève la NOS, l’audiovisuel public néerlandais. Dans son communiqué, le gouvernement annonce pour le premier trimestre 2027 des objectifs et des plans d’économies « pour utiliser l’IA afin de travailler de manière plus productive ». « Nous ne pouvons pas continuer à faire ce que nous faisions », déclare le secrétaire d’État. Les citations néerlandaises sont traduites par nos soins.
Une estimation sommaire, un objectif de 3,5 milliards d’euros
Le chiffre vient d’une lettre au Parlement et de son annexe, 15 pages au total. Au 31 décembre 2025, l’administration centrale comptait 160 016 équivalents temps plein dans les ministères, les inspections et les agences d’exécution. Les gouvernements Schoof puis Jetten ont programmé des économies croissantes sur ses frais de fonctionnement : 393 millions d’euros en 2025, 901 millions en 2027, puis 3,49 milliards par an en 2035.
Le nombre d’emplois en jeu dépend du niveau de rémunération des postes touchés, explique la lettre. Son « estimation sommaire » table sur une réduction « d’environ 25 000 » équivalents temps plein, soit près de 16 % des effectifs actuels, le chiffre retenu par la NOS. L’agence Reuters parle d’« environ 20 % » de l’ensemble des emplois publics. La lettre applique ce chiffre aux organisations prises une à une, dont beaucoup devront réduire leur personnel d’environ 20 %, certaines d’environ 45 %, et l’une d’elles d’environ 60 %, à mesure que des budgets temporaires arrivent à échéance.
La police et la défense sont exemptées. La lettre cite aussi l’administration pénitentiaire, les services de renseignement et le ministère public parmi les organisations dispensées d’une ou plusieurs des économies. Les agences déjà sous tension ne sont pas exemptées d’office, précise la NOS, qui cite l’UWV (l’organisme des allocations liées à l’emploi), le service de l’immigration IND et le fisc.

L’IA, un levier parmi d’autres
Le communiqué range l’IA à côté d’autres mesures. Les services généraux des ministères seront allégés, les systèmes informatiques standardisés, et les bureaux viseront un poste de travail pour deux agents. Les ministères achèteront plus souvent ensemble, avec moins d’exigences. Le gouvernement veut supprimer ou simplifier au moins 500 règles par an, réduire nettement ses 28 conseils consultatifs permanents et ses quelque 150 commissions consultatives, et diminuer fortement le nombre d’évaluations de politiques publiques, environ 400 par an aujourd’hui.
La lettre précise que des projets d’IA tournent déjà dans plusieurs domaines de l’administration et que l’objectif est de l’appliquer « de plus en plus largement », dans les limites fixées par la sécurité, la qualité des données et la souveraineté. Cela suppose d’adapter l’infrastructure et de « revoir en profondeur les processus de travail ». Les achats publics seront passés au crible pour repérer où l’IA peut être introduite. Les objectifs de 2027 répondent à une motion du VVD et du CDA, deux des trois partis de la coalition.
Le gouvernement ne compte pas sur les seuls gains d’efficacité. Le Bureau central du plan (CPB) juge réaliste un gain général de 0,5 % par an, ce qui couvre environ un tiers de l’objectif, selon la lettre. « Il faut faire des choix sur ce que l’État fera autrement, moins ou plus du tout », ajoute-t-elle. Ces choix restent à faire, et un plan pluriannuel est attendu d’ici six mois ; le détail des économies figurera dans la note budgétaire de printemps.
Les grands employeurs privés réduisent eux aussi leurs effectifs. Ce mois-ci, Barclays a cité l’IA parmi les raisons de 5 000 suppressions de postes, et le même lundi, Microsoft a ouvert une offre de départ volontaire à environ 60 000 salariés, sans la relier à l’IA.
Une administration qui a grossi de 41 % en sept ans
Selon l’annexe, l’administration centrale est passée de 113 500 équivalents temps plein en 2018 à 160 000 fin 2025, soit 46 500 de plus, une hausse d’environ 41 %. La plupart de ces agents travaillent dans les services d’exécution : 112 200 fin 2025, dont 38 100 dans l’administration des impôts, des allocations et des douanes. Les effectifs chargés des politiques publiques et des fonctions support ont progressé le plus vite, de 56 % entre 2019 et 2025.
Les gouvernements précédents voulaient eux aussi moins de fonctionnaires, et leur nombre n’a fait qu’augmenter, rappelle la NOS. L’annexe tire la même leçon de vingt ans de restrictions : « Sur le papier, les économies ont été réalisées, mais de nouvelles dépenses ont continué à faire grossir l’État. » Interrogé sur ce bilan, Eric van der Burg a assuré que ce gouvernement ira au bout, parce que chacun voit « que les choses doivent changer », rapporte la NOS.
Au Royaume-Uni, des fonctionnaires disent déjà utiliser l’IA
L’Alternative People Survey, publiée le 26 octobre par le centre de réflexion Re:State, le magazine Civil Service World et l’institut Public First, a recueilli les réponses de 1 747 fonctionnaires. Parmi les 1 456 qui travaillent hors des fonctions opérationnelles de première ligne, 82 % disent utiliser l’IA dans leur travail, contre 30 % un an plus tôt. Les répondants se sont portés volontaires, et les auteurs préviennent que l’enquête n’est pas représentative de l’ensemble des agents.
Parmi ces utilisateurs, 74 % s’en servent pour rédiger et corriger des documents, 59 % pour chercher de l’information et 16 % pour automatiser une tâche. « Pour l’essentiel de Whitehall, l’IA est un meilleur traitement de texte », écrit Joe Hill, directeur de la stratégie de Re:State, dans Civil Service World. Selon lui, les gains de productivité attendus par le gouvernement britannique « n’arriveront pas tant que quelqu’un ne transformera pas les heures gagnées en postes en moins ou en meilleur travail ».
Les réserves inscrites dans le plan
L’annexe elle-même appelle à la prudence sur l’IA. La deuxième des leçons qu’elle tire des restrictions passées s’intitule « Ne pas surestimer les effets de la numérisation et de l’IA sur les effectifs ». Les processus de l’État ont été numérisés et automatisés en vingt ans, écrit-elle, mais « les promesses de baisse des coûts et des effectifs n’ont pas été tenues ». Il en a résulté de nouvelles tâches, des effectifs supplémentaires et davantage de personnel extérieur.
L’annexe rappelle aussi que les gels d’embauche des vagues précédentes ont poussé au départ un nombre relativement élevé de bons éléments, tari l’arrivée de nouveaux talents et freiné la progression des jeunes agents, si bien que « des années plus tard, il manque des cohortes entières ». Comme la plupart des fonctionnaires travaillent dans les services d’exécution, elle prévient que les économies peuvent toucher le service rendu et sa continuité.
La fédération syndicale FNV a déjà rejeté l’argument de l’IA dans le cas du fisc. Le 16 octobre, elle réagissait à un projet du gouvernement d’économiser 162 millions d’euros supplémentaires au Belastingdienst, en plus des 277 millions déjà annoncés, en comptant notamment, selon la FNV, sur des règles fiscales simplifiées, l’IA et un recours accru aux chatbots. « Et maintenant, le mot magique IA devrait soudain permettre des centaines de millions d’euros d’économies ? Ce sont des châteaux en Espagne », a déclaré Jasper de Jong, de FNV Overheid, la branche fonction publique de la fédération.
Notre analyse
La lettre inscrit l’IA dans un plan d’effectifs national assorti d’une estimation chiffrée, même si ce que l’IA doit rapporter ne sera fixé qu’en 2027. Le même lundi, la Suède bloquait ChatGPT et Claude sur les ordinateurs de ses services gouvernementaux pour orienter ses agents vers des outils approuvés comme Copilot de Microsoft. Pour les tenants de l’accélération technologique, le plan néerlandais montre un État dont les effectifs ont augmenté de 46 500 équivalents temps plein en sept ans et qui compte désormais sur le logiciel, des règles plus simples et des organes consultatifs moins nombreux pour absorber une partie du travail. L’enquête britannique, fondée sur des volontaires, laisse penser qu’à Whitehall au moins, les agents se sont déjà approprié les outils, en grande partie de leur propre initiative.
Le risque pèse sur les usagers des agences qui ne sont pas exemptées. La NOS décrit le fisc, l’UWV et l’IND comme déjà sous pression, et la FNV affirme que le fisc manque aujourd’hui de personnel pour faire son travail. Le bilan dressé par le gouvernement lui-même montre que la numérisation a apporté de nouvelles tâches et davantage de personnel extérieur, et sa lettre prévient que les économies peuvent toucher le service rendu et sa continuité.
La première échéance tombe le 1er décembre, quand la commission parlementaire débattra du plan. Les objectifs et plans d’économies liés à l’IA sont attendus au premier trimestre 2027 ; le gouvernement devra alors dire ce que l’IA doit permettre d’économiser sur ses propres effectifs. Il s’est aussi engagé à présenter chaque printemps et chaque automne un tableau de bord des effectifs, du personnel extérieur et des frais de fonctionnement.
Sources
- Kabinet werkt aan slagvaardige overheid: eenvoudiger, slimmer en kleiner, gouvernement néerlandais (Rijksoverheid), 26 octobre 2026
- Voortgangsbrief Slagvaardige Overheid, ministère néerlandais de l’Intérieur et des Relations au sein du Royaume, lettre à la Seconde Chambre, réf. 2026-0000560972, 26 octobre 2026
- Kabinet wil 25.000 rijksambtenaren minder, politie en defensie uitgezonderd, NOS, 26 octobre 2026
- Netherlands aims to cut around 20% of government jobs over next decade, Reuters (via Yahoo Finance), 26 octobre 2026
- FNV: Extra bezuinigingen op Belastingdienst zijn waanzin, FNV, 16 octobre 2026
- The Alternative People Survey 2026, Re:State, Civil Service World et Public First, 26 octobre 2026
- Whitehall has done the easy half of its AI revolution, Joe Hill, Civil Service World, 26 octobre 2026
Image d’en-tête : graphique MACCUS, données de la lettre du gouvernement néerlandais au Parlement du 26 octobre 2026 (annexe 1, tableau 1)



