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Claude est devenu si bon aux entretiens de code qu’un manager d’Anthropic les a supprimés

Felix Rieseberg a retiré les tests de code du recrutement de son équipe. La page carrières d'Anthropic, elle, n'a pas changé.

Un manager d’Anthropic a retiré l’entretien de code du recrutement de son équipe, et la raison tient au modèle maison : Claude réussit désormais mieux l’exercice. Felix Rieseberg, responsable d’ingénierie qui a dirigé le développement de Claude.ai, de Cowork et de Claude Code Desktop, a écrit le 27 octobre 2026 avoir « enterré l’entretien de code traditionnel » ce mois-ci. « Il n’y a pas plus d’intérêt à vous donner un petit exercice en React qu’à interroger les gens sur l’assembleur », écrit-il. « Claude est désormais meilleur dans les deux. »

Le changement ne vaut que pour l’équipe de ce manager. À l’échelle de l’entreprise, la page carrières d’Anthropic mentionne toujours, pour les candidats techniques, « des outils de code en direct comme Colab et CodeSignal », et ses consignes aux candidats décrivent encore des exercices de code à faire chez soi et des entretiens en direct où, selon la page, le candidat travaille seul, sans IA. Felix Rieseberg pose lui-même la limite sur X : l’entretien de code est mort « au moins pour mon équipe chez Anthropic ».

D’un blog personnel à Techmeme en une soirée

Le texte, intitulé « Hunger beats tenure: Advice for junior engineers » (la faim l’emporte sur l’ancienneté, conseils aux ingénieurs débutants), paraît sur son site personnel le 27 octobre à 22 h 38, heure de Paris. Dix-huit minutes plus tard, il le résume sur X : « L’entretien de code est mort, au moins pour mon équipe chez Anthropic. J’en ai assez vu pour savoir qu’il n’apporte plus d’information utile. Je l’ai retiré de nos processus ce mois-ci. »

Le mercredi 28 octobre au matin, ce message dépassait les 770 000 vues, et l’agrégateur américain Techmeme en avait fait un de ses sujets du jour.

Felix Rieseberg reconnaît à l’exercice une utilité passée. Savoir « définir rapidement un problème et trouver une solution élégante » était, selon lui, « un indicateur faible mais utile » de réussite dans ses équipes, et les petits exercices sur du vrai code « nous apprenaient quelque chose de significatif sur les candidats ». Il écrit ensuite : « Ce n’est plus vrai. » Les personnes qui pèsent le plus dans ses équipes réussissent, selon lui, « quel que soit leur niveau à ces tests ».

Avant Anthropic, Felix Rieseberg a travaillé chez Notion, Stripe, Slack et Microsoft, et il est co-mainteneur d’Electron, le framework open source sur lequel reposent de nombreuses applications de bureau. Il s’attend à ce que les ingénieurs confirmés réagissent fortement à la disparition de l’entretien, ne serait-ce que pour ce qu’elle dit de l’évolution de leur métier.

Un essai adressé aux ingénieurs débutants

L’essentiel du texte porte sur les ingénieurs débutants, et le ton tranche avec une bonne partie de ce qui s’écrit sur eux face à l’IA. « Maintenant que j’ai vu des juniors travailler un moment avec l’IA, mon point de vue est plus optimiste », écrit Felix Rieseberg. L’impact d’un ingénieur dépend désormais moins, selon lui, des années de connaissances accumulées sur les frameworks et les bibliothèques. Il dit voir des ingénieurs arrivés depuis peu « dépasser des gens qui codent probablement mieux et qui sont là depuis bien plus longtemps ».

Il cite un exemple interne : les équipes d’Anthropic s’étaient tellement habituées à utiliser Claude Code en ligne de commande, raconte-t-il, qu’il a fallu deux ingénieurs arrivés récemment, Anthony Morris et Alice Zhao, pour monter en un week-end un prototype fonctionnel d’interface graphique. « La première version publique est sortie environ huit jours plus tard », écrit-il, en précisant qu’une bonne interface graphique pour Claude Code est « un produit très populaire ».

« L’exécution ne coûte plus cher », écrit Felix Rieseberg, et ses conseils aux nouveaux venus ne parlent pas d’algorithmes à réviser. Il les invite d’abord à comprendre les objectifs de leur N+2, en citant une phrase de Patrick McKenzie de 2011 : les ingénieurs sont embauchés « pour créer de la valeur économique, pas pour programmer des choses ».

Il leur conseille ensuite de choisir une idée ambitieuse qui servirait ces objectifs et d’en construire un prototype fonctionnel le temps d’un week-end, au lieu de rédiger un cahier des charges et de négocier du temps avec un designer. Une seule idée par prototype, insiste-t-il, car les juniors noient souvent « trois excellentes idées parmi vingt mauvaises ».

La recherche d’un remplaçant

« Je ne pense pas que l’entretien de code reviendra », écrit Felix Rieseberg, qui n’a pourtant pas encore de format de rechange complet. « Je ne suis sans doute pas le seul manager à chercher comment recruter des gens qui construisent bien avec l’IA. Je n’y suis pas encore tout à fait arrivé. » Pour l’instant, il parcourt CV et portfolios à la recherche de petits prototypes qui montrent « du goût, de l’empathie et une réflexion fondée sur des principes ».

Capture du début de l'essai de Felix Rieseberg, Hunger beats tenure, publié le 27 octobre 2026, où il annonce avoir arrêté les entretiens de code parce que Claude y est désormais meilleur
Le début de l’essai de Felix Rieseberg, publié le 27 octobre 2026 (tableau d’en-tête retiré du cadrage). Capture : felixrieseberg.com.

Les juniors pèsent de moins en moins dans les embauches d’Anthropic

L’essai paraît onze jours après les chiffres d’Anthropic sur ses propres recrutements. Dans un rapport de recherche du 16 octobre 2026, l’entreprise indique que la part des juniors dans ses effectifs techniques est passée de 21 % à 14 % depuis le début de 2025, et que leur part dans les embauches techniques a chuté plus vite encore, de 27 % à 9 %. Les offres d’emploi pour des profils juniors ont reculé « de façon particulièrement marquée depuis décembre 2025 ». Nous avions détaillé ce rapport à sa sortie.

Snowflake dit faire l’inverse. Vivek Raghunathan, son vice-président senior de l’ingénierie, écrivait dans Fast Company le 18 septembre 2026 que 70 % à 80 % des recrutements actuels de l’entreprise concernent des ingénieurs juniors. Sans eux aujourd’hui, avance-t-il, il n’y aura pas demain de dirigeants expérimentés qui comprennent les méthodes de développement nées avec l’IA.

Le Japon penche du même côté qu’Anthropic : plus d’une grande entreprise sur cinq interrogée par le Nikkei pourrait réduire ses embauches de jeunes diplômés à partir de 2029, les tâches de bureau arrivant en tête des emplois que l’IA serait capable de reprendre, selon ces entreprises. Aux États-Unis, le métier de l’IA qui progresse le plus en nombre d’offres, d’après les données de Lightcast relayées par CNBC, est celui de l’ingénieur qui installe l’IA chez les clients, un poste qui demande de développer tout en apprenant comment fonctionne l’entreprise cliente.

Une seule équipe, aucune donnée chiffrée

Felix Rieseberg n’appuie son annonce sur aucune donnée : ni comparaison entre les résultats de Claude et ceux des candidats sur ses anciens exercices, ni nombre de recrutements faits avec la nouvelle méthode, ni mesure de la réussite de ces recrues. Sa phrase sur Claude « meilleur dans les deux » vise de petits exercices, une courte tâche en React ou une question sur l’assembleur. Le texte ne dit pas si les entretiens de conception de systèmes ou de débogage restent dans ses processus.

Le prototype du week-end repose sur son seul récit du travail de collègues, et l’essai a paru sur son blog personnel, hors des canaux d’Anthropic. L’entreprise n’a pas modifié son processus affiché : les outils de code en direct et la règle de l’entretien sans IA figuraient toujours sur ses pages de recrutement le 28 octobre.

Notre analyse

Depuis une vingtaine d’années, l’entretien de code, un problème à résoudre en temps limité au tableau blanc ou dans un éditeur partagé, décide de l’entrée dans les métiers du logiciel, et tout un marché de manuels et de sites d’entraînement s’est construit autour. Il reposait sur une hypothèse : résoudre vite et seul un petit problème renseigne sur la façon dont une personne travaillera. Pour Felix Rieseberg, cette hypothèse a cédé le jour où un modèle a su résoudre ces problèmes mieux que les candidats, si bien que le score ne lui disait plus qui réussirait.

En attendant mieux, il retient un autre profil : des personnes dont le portfolio montre de petits prototypes construits avec l’IA. Ce choix récompense l’initiative plus que l’ancienneté, ce qui est le sens du titre de son essai. Il s’accorde aussi avec les chiffres d’Anthropic, où les juniors pèsent de moins en moins dans les embauches techniques, pendant que Felix Rieseberg change la façon dont son équipe sélectionne les candidats.

Trois signaux diront si la pratique dépasse l’équipe de Felix Rieseberg : la disparition éventuelle des outils de code en direct sur la page carrières d’Anthropic, des annonces publiques d’autres managers dans les grands laboratoires d’IA, et une remontée de la part des juniors au-delà de 9 % dans un éventuel nouveau rapport d’Anthropic sur ses effectifs.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, citation de Felix Rieseberg sur X (27 octobre 2026), données du rapport d’Anthropic « How employment is changing at Anthropic » (16 octobre 2026)

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