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Dix millions de commits IA par mois, presque tous dans des projets que personne ne regarde

Un seul outil a signé plus de 10 millions de commits GitHub en septembre, presque tous dans des projets que personne ne regarde.

Un seul outil d’IA, Claude Code, a signé plus de dix millions de commits publics sur GitHub en septembre. Presque tous se trouvent dans de petits projets que presque personne ne regarde. Le web ouvert absorbe en silence du code écrit par des agents dans ses recoins les moins surveillés, et c’est la partie que je garderais à l’œil.

La signature est une ligne que Claude Code ajoute en bas d’un commit, Co-Authored-By: Claude. Je l’ai comptée, avec les marques laissées par les autres agents de codage, mois par mois grâce à la recherche publique de GitHub, puis j’ai recoupé le compte avec l’archive brute de l’activité publique de GitHub.

De quelques centaines par mois aux millions

Quand Claude Code est arrivé au début de l’an dernier, sa signature était une curiosité : quelques centaines de commits par mois, un nombre qu’on pouvait presque lister à la main. Aujourd’hui, elle se compte en millions chaque mois, et elle a grimpé presque sans pause tout au long de l’année. La montée est la partie solide de cette histoire, et le graphique en tête de page la montre.

L’essentiel vient d’un seul outil

C’est presque l’histoire d’une seule entreprise. Une autre signature, celle d’un éditeur nommé Cursor, progresse vite et reste loin derrière. Le Gemini de Google apparaît à peine dans le registre des commits. Le Codex d’OpenAI ne laisse aucune signature de commit ; il passe par les pull requests, comme l’a constaté un recensement de dépôts open source mené en juin. Quand on dit que les agents de codage sont partout, il s’agit surtout, dans ce qui est public, de cet outil-là et de sa signature par défaut.

Les commits signés eux-mêmes sont pour la plupart petits et discrets, la maintenance de routine qui fait tourner un logiciel. La vignette ci-dessous en est un vrai, pris directement sur GitHub : un correctif minime dans un dépôt que presque personne ne suit, la ligne Claude en bas, l’auteur humain recadré hors champ.

Capture d'un commit GitHub public : un petit correctif dans un dépôt à une étoile, avec la ligne « Co-Authored-By: Claude » surlignée en bas.
Capture : commit public réel (GitHub Search API), auteur humain recadré.

Du code qui atterrit là où personne ne regarde

C’est la partie qui m’est restée. Plus de la moitié des dépôts de mon échantillon n’avaient aucune étoile. Ce ne sont pas les grandes bibliothèques bien tenues dont beaucoup de monde dépend et qu’on lit. C’est la longue traîne du web ouvert : un outil en ligne de commande écrit par une seule personne, un script qui renomme des fichiers, un bot de loisir, le genre de projet qu’un développeur fait vivre sur son temps libre et que presque personne d’autre n’ouvre.

Il est logique que l’outil atterrisse là. Un développeur dégaine un agent d’abord pour les petites tâches ingrates, celles qu’il préfère ne pas faire à la main, et ces tâches vivent justement dans ces petits dépôts. Les grands projets ont des relecteurs, des règles de style et des gardiens ; les petits n’ont souvent qu’une personne et une bonne intention.

C’est là que le poids retombe en premier. Quelqu’un doit relire le code écrit par un agent avant de lui faire confiance, et quelqu’un doit dire à qui il appartient et qui répond quand il casse. Sur un grand projet, une équipe s’en charge. Sur ceux-là, cela retombe sur le bénévole qui tient la chose, et sur les entreprises qui bâtissent en silence sur ces petits projets sans jamais le dire. Un flot de commits écrits par la machine passe le plus facilement là où il y a le moins de monde pour le vérifier.

Graphique à barres : sur 45 dépôts échantillonnés portant la signature Claude Code, 51 % ont zéro étoile et 87 % moins de dix ; presque aucun n'est très suivi.
Graphique : MACCUS. Échantillon de 45 dépôts distincts portant la signature Claude Code, GitHub repos API, 20 octobre 2026.

Personne ne peut mesurer la vraie part

Rapportée à tout GitHub, la signature est sur environ un commit public sur cent.

Je ne m’appuierais pas sur ce chiffre plus qu’il ne peut porter. GitHub ne fait qu’estimer des totaux de cette taille, et la même requête m’a renvoyé des comptes qui variaient du simple au double en un seul après-midi. La vraie part de code aujourd’hui écrit par l’IA est donc quelque chose que personne, de l’extérieur, ne peut mesurer proprement.

Dario Amodei, le directeur général d’Anthropic, a déclaré l’an dernier que l’IA écrirait bientôt 90 % du code. Il parlait du travail des labos eux-mêmes, où c’est largement vrai, comme le montrent les chiffres de l’entreprise. La signature que j’ai comptée est un plancher : un développeur peut la couper, et le code collé ne porte aucune marque. Elle mesure le web ouvert, une autre question que ce qu’une entreprise fait derrière ses murs.

Dans les angles morts du web ouvert

Voici donc ma lecture. Le code écrit par des agents est désormais une présence réelle et en forte hausse sur GitHub, il vient presque entièrement de l’outil d’une seule entreprise, et il s’accumule le plus vite dans les projets qui ont le moins d’yeux sur eux. L’échelle n’est pas ce qui inquiète. L’endroit où il atterrit, oui.

J’écris depuis la Belgique, où aucun de ces laboratoires ne siège, et l’effet de second ordre est celui que je surveillerais ici. Les entreprises européennes s’appuient sur la même longue traîne de petits projets open source que tout le monde, et ces projets absorbent désormais du code écrit par la machine plus vite que leurs mainteneurs ne peuvent raisonnablement le relire.

Si la montée continue à peu près à ce rythme, dans un an la signature sera sur bien plus de commits chaque mois, et toujours surtout dans des dépôts que personne ne regarde. Je surveillerais alors une seule chose : l’aide apportée, ou refusée, aux mainteneurs de petits projets qui héritent de cette charge de relecture et de responsabilité.

Ce compte voit une marque visible et rien d’autre. Il ne voit pas le code d’IA collé sans signature, il ne voit pas le code privé des entreprises, et il ne peut pas trancher ce que chaque société fait derrière ses murs.

Méthode et chiffres

J’ai compté, via l’API de recherche publique de GitHub, la ligne de co-auteur de chaque agent, par date de commit, chaque mois depuis janvier 2025 (octobre 2026 est partiel, hors graphique). La ligne de Claude Code : 406 commits en janvier 2025, environ 503 700 en septembre 2025, et un total de septembre 2026 de 10,1 à 20,5 millions le même jour, d’où le plancher. Cursor : environ 1,2 million en septembre ; Gemini, les bas milliers ; Codex, aucune ligne de commit. Face à l’estimation GitHub de tous les commits (environ 1,1 milliard), c’est près de 1 % ; calée sur les pushes de GH Archive (environ 165 millions/mois), près de 7 %. Sur une fenêtre de l’an dernier à l’archive complète, les deux méthodes concordaient à 4 % près. Sur 45 dépôts signés Claude, 51 % n’avaient aucune étoile. Les chiffres sont dans le jeu de données.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, données GitHub Search API et GH Archive, relevé le 20 octobre 2026.

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