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Trois personnes ont réalisé un film d’animation IA de deux heures en trois mois de travail

Plus de 10 000 essais IA pour un film de 117 minutes, gratuit sur YouTube. Le studio de Tokyo revendique une première.

Une équipe de trois personnes, dans une société de marketing de Tokyo, a réalisé un long métrage d’animation de 117 minutes avec l’IA générative et l’a mis en ligne gratuitement, en entier, sur YouTube. Hoshi no Uta ga Kikoeru, que l’on peut traduire par « J’entends le chant des étoiles », a été publié le 22 octobre 2026, Journée de l’anime au Japon, après environ trois mois de production effective.

Le film est signé DELINE PRIME, une marque de SPEED EFFECT, société de marketing web et de publicité en affiliation installée à Shibuya. D’après le communiqué de l’entreprise diffusé sur PR TIMES, l’équipe a produit environ 1 500 plans, a régénéré chacun d’eux au moins cinq fois en moyenne et a dépassé les 10 000 essais de génération au total. Le communiqué présente l’œuvre comme le premier film d’animation de deux heures « entièrement réalisé par IA générative » de l’histoire, un titre que l’entreprise a vérifié par ses seules recherches internes.

L’équipe et ses outils

L’équipe se compose de Hirotaka Yuino, réalisateur et dirigeant de l’entreprise (de son vrai nom Shohei Imai), et de Shogo Horikawa et Hideto Tsunei, crédités pour la production vidéo et les effets sonores. Le générique attribue à Yuino l’histoire originale, le scénario, le storyboard, la musique, les décors, la conception des personnages et le montage. Dans une déclaration jointe au communiqué, il indique avoir un an d’expérience en production vidéo et signer ici sa première réalisation et son premier scénario. Il prête aussi sa voix à deux personnages.

Les images animées ont été générées principalement avec Seedance et MiniMax. Les images fixes viennent du générateur d’images de ChatGPT, de Nano Banana et de Midjourney, la musique de Suno. Selon le communiqué, l’équipe a réécrit les prompts des décors plan par plan et a photographié la vraie colline d’Oshitoishi, à Aso, dans la préfecture de Kumamoto, où se déroule une partie du film. Inspiré de l’expérience de Yuino, le récit suit un entrepreneur du marketing sur les réseaux sociaux qui ne sait mesurer sa valeur qu’à ses résultats.

Le projet a démarré en avril 2026, a été suspendu « pour concentrer les ressources de l’entreprise », selon le communiqué, puis a repris en août. Le communiqué ne date pas cette pause et chiffre le temps de travail effectif à environ trois mois. Trois chapitres ont été publiés à partir du 5 octobre, avant la version intégrale du 22 octobre.

Chronologie de Hoshi no Uta ga Kikoeru : lancement en avril 2026, pause de durée non communiquée, reprise en août, chapitres publiés à partir du 5 octobre et film intégral le 22 octobre
La chronologie de production donnée par le communiqué. Données : communiqué de SPEED EFFECT, PR TIMES, 22 octobre 2026. Graphique : MACCUS.

Le site japonais d’actualité anime Anime! Anime! a repris les chiffres de production le jour de la sortie, et le site professionnel de la vidéo PRONEWS en a fait son titre le 26 octobre : trois personnes, trois mois de travail, 117 minutes. Le 27 octobre au matin, cinq jours après la sortie intégrale, la version intégrale comptait environ 11 000 vues sur YouTube. À titre de comparaison, Instagram teste des vidéos de 90 minutes, 27 minutes de moins que ce film.

Des voix humaines, des images générées

Une note du communiqué limite l’expression « entièrement réalisé par IA » à la production des images. Les rôles principaux sont tenus par de vrais comédiens de doublage, et des voix de synthèse servent par endroits, précise le communiqué. Yuino affirme que le scénario, les paroles des chansons et tous les prompts ont été tapés à la main, et qu’aucun anime existant n’a été injecté directement dans les prompts ou les images de référence. Le communiqué indique aussi que les paysages s’inspirent du style des films de Makoto Shinkai, le réalisateur de Your Name.

Yuino explique pourquoi la plupart des productions par IA ne dépassent pas la longueur d’un court métrage ou d’un clip musical : sur une longue durée, les décors et le cadrage se dégradent, les personnages changent d’un plan à l’autre et la continuité émotionnelle se perd. Franchir ce mur sur un long métrage serait, selon lui, une première dans le secteur.

Un long métrage soutenu par OpenAI, à l’autre bout de l’échelle

Critterz, autre long métrage réalisé avec l’IA, est un film d’animation familial soutenu par OpenAI. Son budget annoncé est inférieur à 30 millions de dollars (environ 27 millions d’euros au cours du 26 octobre 2026), et son équipe visait à boucler la production en neuf mois environ, contre trois ans pour un film d’animation classique comparable, selon The Next Web. Sa production avait été annoncée en septembre 2025, et AGC Studios a lancé les ventes internationales le 4 mai, avant le marché du film de Cannes, d’après Deadline. AGC y a ensuite montré les premières images aux acheteurs, selon The Next Web.

Critterz a manqué la première au festival que ses producteurs visaient en mai 2026, selon Bloomberg, cité par The Next Web. Le site attribue lui-même une partie du retard à l’arrêt de Sora par OpenAI en mars, l’un des outils sur lesquels le film reposait.

Les limites de l’annonce

Selon une note en fin de communiqué, le « premier » revendiqué par le studio repose sur une recherche documentaire interne menée en octobre 2026, qui n’a trouvé aucun long métrage antérieur dont tous les plans soient générés par IA, dessiné dans un style d’animation japonaise en 2D (hors films photoréalistes ou en 3D) et d’une durée d’au moins 100 minutes.

SCREENSIDE, un site japonais consacré au cinéma, relève que le communiqué ne fixe aucun critère commun pour définir un film « entièrement IA » ni les œuvres antérieures prises en compte, et ne présente donc ce « premier » que comme un positionnement du producteur. The Next Web écrivait en mai que le titre de « premier long métrage IA » comptait déjà une demi-douzaine de prétendants.

La comparaison de coût repose elle aussi sur la seule parole du réalisateur, qui estime le coût de génération à environ un dixième de celui d’un film d’animation classique, sans donner de montant. La qualité reste à juger : SCREENSIDE invite à vérifier la cohérence des visages, des vêtements et des mouvements d’un âge et d’une scène à l’autre, et la tenue de l’arc émotionnel sur 117 minutes.

Dans sa déclaration, Yuino reconnaît les critiques visant la vidéo IA et le vol de voix de comédiens. L’usage public de la vidéo IA suscite toujours des réactions, comme l’a constaté une ville irlandaise qui a vanté son Noël avec une vidéo générée.

Yuino précise que l’entreprise ne cherche pas de profit avec ce film et compte le laisser en accès libre « pour partager son savoir-faire technique ». Le film reste une vitrine, puisque SPEED EFFECT compte la production de vidéos par IA parmi ses activités.

Notre analyse

Le changement tient à la taille de l’équipe : trois personnes, avec des outils d’IA commerciaux et environ trois mois de travail, ont livré un film de 117 minutes. Avec plus de 10 000 essais pour environ 1 500 plans, l’essentiel du travail a consisté à diriger, à trier les prises et à tenir le récit. Les fans de jeux vidéo ont connu un glissement comparable quand l’IA a accéléré leur travail de rétro-ingénierie : la part humaine s’est déplacée vers l’encadrement et la relecture.

Critterz, doté d’un budget annoncé de moins de 30 millions de dollars, de studios partenaires et d’un objectif de neuf mois, a manqué sa date de festival. Hoshi no Uta ga Kikoeru est déjà en ligne dans son intégralité : chacun peut donc examiner les questions de cohérence soulevées par SCREENSIDE, tandis que le « premier » et le rapport de coût ne reposent encore que sur la parole de l’entreprise.

SPEED EFFECT n’a publié aucun chiffre de coût ; un montant permettrait de comparer ce « dixième du coût » à des budgets comme celui de Critterz. L’équipe dit vouloir s’attaquer aux scènes d’action, aux histoires d’amour, aux productions pour enfants et aux anime originaux réalisés sur commande. Le communiqué ne dit pas si une commande est déjà arrivée.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, données du communiqué de SPEED EFFECT sur PR TIMES (22 octobre 2026)

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