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Instagram teste des vidéos de 90 minutes. Son patron y était opposé

Instagram teste au Brésil et aux États-Unis des vidéos horizontales allant jusqu'à 90 minutes, reliées aux Reels, sans partage des revenus publicitaires.

Instagram teste un format de vidéos horizontales qui peuvent durer jusqu’à 90 minutes. Baptisé « Features », il a été présenté le lundi 26 octobre 2026 par Adam Mosseri, directeur d’Instagram, et Tessa Lyons, vice-présidente produit, dans une vidéo publiée sur la plateforme. Le test, déjà mené au Brésil, s’étend à un petit groupe de créateurs aux États-Unis. Aucune date n’est annoncée pour la France ni pour la Belgique.

Dans cette vidéo, Adam Mosseri reconnaît qu’il a longtemps été opposé à la vidéo longue sur Instagram. L’annonce regroupe plusieurs tests : des Reels qui renvoient vers la vidéo complète, des séries d’épisodes sur le profil et des lives montrés à des non-abonnés. Instagram lance aussi son application pour l’Apple TV aux États-Unis. Aucun partage des revenus publicitaires avec les créateurs, comparable à celui de YouTube, n’a été annoncé à ce stade.

Des vidéos longues reliées aux Reels

Selon The Hollywood Reporter, Features vise les podcasteurs, les humoristes et les autres créateurs de formats longs, et les vidéos seront recommandées dans l’onglet Explorer et ailleurs dans l’application. Les 90 minutes ne sont qu’un des plafonds à l’essai : d’après Variety, Instagram teste plusieurs durées maximales.

Le format s’appuie sur un second test, appelé « Clips as Reels ». Un créateur publie des extraits de sa vidéo longue sous forme de Reels, et chaque extrait renvoie vers la vidéo entière. Une vidéo longue peut compter jusqu’à huit extraits, indique Variety. « Vous voyez l’extrait d’un podcast que vous aimez, vous pouvez simplement cliquer et continuer à regarder, ou regarder la vidéo complète », a résumé Tessa Lyons, citée par The Hollywood Reporter.

The Hollywood Reporter cite, parmi les premiers créateurs du test américain, l’animatrice de podcast Emma Grede, cofondatrice de la marque Skims. Selon le magazine, Instagram prévoit d’étendre ce test à plusieurs dizaines de milliers de créateurs aux États-Unis.

Séries, lives et télévision

Instagram teste aussi « Series », un espace du profil qui regroupe les Reels publiés en épisodes. Selon Variety, ce format est à l’essai depuis le printemps 2026 avec des créateurs sélectionnés aux États-Unis, en Inde et au Mexique, et doit s’étendre à d’autres pays d’ici à la fin de l’année. The Hollywood Reporter donne un autre calendrier : de nouveaux pays dans les prochains mois et les États-Unis d’ici à la fin de l’année ou au début de 2027.

Instagram veut également afficher les lives dans l’onglet Reels, auprès d’utilisateurs qui ne suivent pas le créateur. Ce test commence en Indonésie et au Brésil et doit arriver aux États-Unis l’an prochain, selon The Hollywood Reporter.

L’application Instagram pour téléviseurs, lancée l’an dernier, fonctionne aux États-Unis sur les appareils Samsung, Fire TV et Google TV. Elle arrive maintenant sur l’Apple TV dans ce pays. Instagram annonce pour bientôt une fonction qui transforme le téléphone en télécommande et la possibilité d’enregistrer une vidéo sur mobile pour la regarder plus tard à la télévision, rapporte Variety. « Nous pensons que la meilleure façon de regarder un contenu long et horizontal, c’est sur un grand écran horizontal », a déclaré Tessa Lyons, citée par The Hollywood Reporter.

Le revirement d’Adam Mosseri

« Pendant longtemps, j’ai été contre la vidéo longue sur Instagram », dit Adam Mosseri dans la vidéo d’annonce, cité par TechCrunch. Il craignait qu’Instagram ne serve plus qu’au divertissement, au détriment des échanges entre amis : une vidéo regardée pendant 10, 20 ou 30 minutes, ce sont autant de Reels, de photos et de carrousels qui ne seront peut-être pas envoyés à un ami, a-t-il expliqué, cité par Variety. D’après TechCrunch, c’est Tessa Lyons, partisane du projet, qui l’a convaincu de retenter l’expérience.

« Reels restera un élément central d’Instagram », a précisé Tessa Lyons dans la vidéo. Adam Mosseri dit vouloir que la vidéo courte et la vidéo longue fonctionnent de façon « symbiotique ». Il prévient que l’expérience sur téléviseur demandera « du temps » avant d’être au point, mais assure que l’entreprise s’engage sur le long terme.

Instagram a déjà essayé. En 2018, l’entreprise lançait IGTV, une application séparée pour les vidéos longues. L’application n’a jamais vraiment trouvé son public et a été fermée en 2022, rappelle Engadget.

La rémunération des créateurs reste floue

Sur YouTube, les créateurs admis au Programme Partenaire touchent 55 % des revenus publicitaires générés par leurs vidéos, rappelle TechCrunch. Instagram n’offre pas de partage équivalent. « Il est trop tôt pour présenter un modèle de monétisation à long terme, mais nous étudions des moyens pour les créateurs de gagner de l’argent grâce aux marques, aux fans et à Instagram, y compris des incitations liées à la performance », a indiqué un porte-parole de Meta à TechCrunch.

Pour l’instant, Instagram finance directement certains créateurs de formats longs, selon un représentant de la plateforme cité par Variety. La plateforme prépare « quelques accords différents » avec les premiers participants, sans exclusivité à ce stade, a indiqué Tessa Lyons, citée par The Hollywood Reporter. Les partenariats publicitaires que les créateurs ont déjà noués pourront être repris dans ces vidéos, et Instagram aidera ceux qui n’en ont pas à trouver des marques, selon le même magazine.

Adam Mosseri a lui-même décrit les limites du modèle actuel dans l’émission Colin and Samir Show, rapporte TechCrunch. Sur Instagram, les créateurs sont d’abord payés par les marques, et le petit programme de rémunération à la performance coûte à la plateforme « bien plus » qu’il ne lui rapporte, selon lui. Sous la vidéo d’annonce, des internautes demandaient pourquoi publier des vidéos longues sur Instagram alors que YouTube rémunère ce type de contenu, relève 9to5Google.

Un test sans chiffres ni calendrier

Adam Mosseri présente l’annonce comme un point de départ : « C’est le début, et nous testons en écoutant les retours au fur et à mesure », écrit-il dans la légende de sa vidéo, citée par 9to5Google. Aucun résultat du test brésilien n’a été rendu public le 26 octobre : ni audience, ni durée de visionnage, ni nombre de créateurs concernés. Les critères pour rejoindre le test américain ne sont pas publics, et à ce jour seuls quelques créateurs liés à Meta par un accord individuel peuvent publier ces vidéos, selon Engadget. La durée de 90 minutes elle-même n’est pas fixée.

Les médias américains ne donnent pas le même calendrier pour Series, et aucun ne cite de date pour l’Europe. La vidéo d’annonce n’était pas visible hors des États-Unis le jour de sa publication, a constaté 9to5Google. TechCrunch juge possible que Meta place des publicités dans ces vidéos longues, mais l’entreprise ne l’a pas annoncé.

Notre analyse

Avec Features, Instagram revient sur une position que son directeur défendait depuis des années. Le pari diffère de celui d’IGTV, qui reposait sur une application séparée : Features s’intègre à l’application principale, et ses extraits publiés en Reels renvoient vers l’épisode complet.

Instagram cherche ainsi à garder sur sa plateforme des spectateurs qui partent aujourd’hui sur YouTube. Selon TechCrunch, beaucoup de créateurs utilisent leurs comptes Instagram et TikTok comme des relais promotionnels pour leur chaîne YouTube.

Les premiers concernés sont les créateurs de formats longs (podcasts, entretiens, spectacles) et les marques qui les sponsorisent. Pour les créateurs francophones, rien ne change dans l’immédiat, puisque le test de Features se limite au Brésil et aux États-Unis. Instagram n’est pas le seul réseau à tester ses nouveautés hors d’Europe : mi-octobre, les fonctions de LinkedIn qui rapportent de l’argent, dont la vente de conseils depuis le profil, restaient elles aussi réservées aux États-Unis.

Instagram a montré peu de choses : un format, une durée maximale à l’essai et quelques noms de créateurs. La plateforme met en avant la portée, avec des vidéos recommandées dans l’onglet Explorer et ailleurs dans l’application, là où l’algorithme d’Instagram propose déjà des contenus de comptes que l’utilisateur ne suit pas.

La rémunération reste indéterminée, alors que YouTube reverse 55 % des revenus publicitaires à ses créateurs partenaires. Meta tire l’essentiel de ses revenus de la publicité, et le prix moyen de ses publicités a augmenté de 14 % en un an au troisième trimestre. L’entreprise n’a pas dit pour autant si des annonces seront diffusées dans les vidéos longues.

Les statistiques des créateurs restent aussi une inconnue. Instagram n’a pas précisé comment il comptera le temps de visionnage d’une vidéo de 90 minutes, ni comment ces vidéos seront classées face aux Reels.

Trois points restent à suivre : l’élargissement du test au-delà du Brésil et des États-Unis (et une éventuelle date pour l’Europe), le modèle de rémunération que Meta dit étudier, et l’arrivée ou non de publicités dans les vidéos Features. Le précédent d’IGTV montre qu’Instagram peut aussi abandonner un format long qui ne trouve pas son public.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, données de Variety, 26 octobre 2026

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