ActualitéSEO

Google laisse les restaurants masquer seuls les plateformes de livraison sur leur fiche

Un interrupteur par plateforme, pour le retrait et la livraison : Google a changé la règle de ses partenaires, mais son aide n'a pas suivi.

Un restaurant peut désormais choisir lui-même les services de commande tiers affichés sur sa fiche d’établissement Google, dans la recherche et sur Maps. Lisa Landsman, Head of Industry Engagement & SMB Success chez Google, l’a annoncé le 28 octobre 2026 sur LinkedIn. Au lieu de demander à chaque plateforme de livraison de retirer son flux, le restaurateur désactive le fournisseur depuis le tableau de bord de sa fiche, l’ancien Google My Business, dont notre guide pour les restaurants détaille les rubriques.

La règle que Google impose à ces plateformes a été mise à jour le 19 octobre. Elle précise que toutes les intégrations de partenaires « sont activées par défaut », mais qu’un commerçant peut en désactiver une « à tout moment ». Dans la version du 1er avril, la dernière archivée, le fournisseur devait traiter lui-même la demande de suppression, sous cinq jours ouvrés. Les règles des fiches avaient déjà changé en septembre, avec le durcissement visant le texte promotionnel que nous avons détaillé le 13 octobre.

Un interrupteur par plateforme, pour le retrait et la livraison

D’après la description de Search Engine Journal, la capture d’écran publiée avec l’annonce montre un panneau « Manage provider » pour un fournisseur fictif, www.provider.com. Sous l’intitulé « Show provider to customers », deux interrupteurs séparés règlent l’affichage pour le retrait sur place et pour la livraison. Un restaurant peut ainsi garder une plateforme pour la livraison et la masquer pour le retrait, ou l’inverse.

« L’une des demandes que nous entendons le plus souvent de la part des restaurateurs est simple : plus de contrôle sur leurs liens de commande », écrit Lisa Landsman. Si une intégration ne convient plus au fonctionnement du restaurant, à ses marges ou à l’organisation de sa cuisine, le restaurateur peut selon elle la couper lui-même, sans aller-retour avec la plateforme.

Dans le même billet, elle défend le maintien de plusieurs services. Les clients restent souvent sur les plateformes où ils ont un abonnement actif ou une carte enregistrée, explique-t-elle, et leur laisser le choix peut éviter de perdre une commande. Barry Schwartz, de Search Engine Roundtable, cite Uber Eats, DoorDash, Instacart ou Grubhub parmi les services que les restaurants devraient pouvoir couper, et parle d’une fonction qu’ils « réclament depuis des années ».

La règle des partenaires mise à jour le 19 octobre

La page « Ordering Redirect Compliance Requirements » fixe les obligations des services de commande qui transmettent leurs liens à Google par l’Actions Center, son programme de partenaires. Search Engine Journal a comparé sa version actuelle à une copie archivée en mai. Nous avons refait la comparaison le 30 octobre, à partir de cette archive datée du 12 mai 2026.

Dans la version du 1er avril 2026, le fournisseur devait proposer aux restaurants un moyen de sortir de son flux et traiter chaque demande dans les cinq jours ouvrés. Google en donnait des exemples : une page de désinscription dans le produit, un formulaire de demande de suppression, un système de tickets, une page d’aide ou une page de contact. Le lien vers cette procédure devait figurer dans le portail des partenaires.

La version du 19 octobre supprime ce paragraphe. Elle indique à la place que le commerçant peut activer ou désactiver une intégration directement depuis les réglages du produit, que toutes les intégrations sont activées par défaut et qu’il peut en désactiver une à tout moment.

Le reste du texte est inchangé. Le fournisseur doit toujours avoir un contrat direct avec chaque établissement présent dans son flux. Il doit retirer celui qui n’a plus de contrat ou qui demande à sortir, et, sous cinq jours ouvrés, celui qui a suspendu ou arrêté le service. En cas de manquement, Google peut désactiver l’intégration, limiter la participation du fournisseur à ses autres programmes, dont les fiches d’établissement, et en informer les clients du fournisseur.

L’aide de Google décrit encore l’ancienne procédure

Le 30 octobre, la page d’aide française « Gérer les options de commande en ligne » ne mentionnait pas le nouvel interrupteur, pas plus que sa version anglaise. Pour retirer un fournisseur, elle renvoie toujours au bouton « Supprimer le lien », puis précise que les fournisseurs doivent supprimer les liens tiers d’une fiche « dans un délai de cinq jours ouvrés ». Search Engine Journal faisait le même constat sur cette page d’aide le 28 octobre.

La même page présente deux autres réglages. Le premier, « Accepter les commandes sur votre fiche », agit sur l’ensemble : une fois désactivé, il masque « les options et les liens de commande tiers que vous ajoutez ». Le second, « Définir comme préféré », met en avant un fournisseur ou un lien pour le retrait ou pour la livraison. Le panneau présenté le 28 octobre ajoute un niveau intermédiaire, avec un réglage par fournisseur.

Quels pays sont concernés ?

Interrogé en commentaire sur les pays où le réglage est disponible, un chef de produit de Google, Michael G., a répondu « tous », rapporte Search Engine Journal. Ni le billet ni les pages d’aide ne donnent de liste.

La page que Google consacre aux restaurants sur son site français des fiches d’établissement est plus restrictive. Elle indique que les marchands en Allemagne, en Australie, au Canada, aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni peuvent faire appel à des fournisseurs de commandes en ligne pour la vente à emporter ou la livraison. La France et la Belgique n’y figurent pas.

Des boutons de commande vers des plateformes apparaissent pourtant sur des fiches en France. Deux éditeurs français de solutions de commande directe pour restaurants, BungeeFood (30 août 2026) et Savoryo (5 septembre 2026), décrivent des boutons « Commander » qui renvoient vers Uber Eats ou Deliveroo sans que le restaurateur les ait ajoutés. Pour les retirer, il faut selon eux en demander la suppression depuis la fiche, et Savoryo précise que la suite relève des plateformes. L’aide française de Google prévoit aussi, hors des États-Unis, des liens « Passer une commande » fournis par des prestataires tiers.

Les fiches européennes ont déjà connu des changements qui leur sont propres : fin septembre, les impressions dans la recherche d’environ 15 000 fiches de l’Espace économique européen ont chuté de plus de 70 %, d’après une étude de GMBapi. On ne sait pas encore si le nouveau panneau s’affiche sur les fiches françaises et belges.

Les questions laissées ouvertes par l’annonce

L’annonce repose sur un billet LinkedIn et une capture d’écran avec un fournisseur fictif. Le texte qui engage Google est la règle des partenaires, dont la nouvelle version pose le principe sans nommer le réglage ni dater sa mise en service. Au 30 octobre, nous n’avons trouvé ni billet sur les blogs officiels de Google ni liste des plateformes concernées.

Des commentateurs ont demandé si le réglage fonctionne en masse ou par l’API des fiches d’établissement, et le billet ne le précise pas, relève Search Engine Journal. Une agence ou une chaîne qui gère des dizaines de fiches ne sait donc pas encore si elle devra les traiter une par une.

Notre analyse

La décision passe de la plateforme au restaurant. Dans sa version du 1er avril, la règle obligeait chaque plateforme à proposer sa propre procédure de sortie et à l’exécuter. Le restaurant actionne désormais l’interrupteur lui-même dans l’interface de Google, sans attendre son partenaire. Le principe par défaut reste le même : une plateforme qui déclare un contrat avec le restaurant s’affiche tant que personne ne la désactive.

Les premiers concernés sont les restaurants des six pays cités par Google et les agences qui gèrent leurs fiches. L’enjeu tient à la place de ces boutons, sur la fiche même du restaurant, que consultent aussi des clients qui le cherchent déjà par son nom. BungeeFood y voit des commissions payées aux plateformes sur des commandes que le restaurant aurait pu recevoir en direct. Lisa Landsman défend au contraire l’affichage de plusieurs services pour ne pas perdre les clients attachés à leur application.

La règle mise à jour et la capture d’écran sont vérifiables. La disponibilité dans « tous » les pays ne repose que sur une réponse en commentaire, que la page française de Google ne reflète pas. On ignore encore la date de déploiement, l’arrivée du panneau sur les fiches françaises et belges et son accès par l’API. Deux signaux diront si le réglage est généralisé : la mise à jour de la page d’aide, qui décrit encore la demande de suppression en cinq jours ouvrés, et l’apparition du réglage dans la rubrique « Commande de repas » des fiches en France.

Sources

Image d’en-tête : schéma MACCUS. Données : Google for Developers, « Ordering Redirect Compliance Requirements », versions du 1er avril et du 19 octobre 2026

Laisser un commentaire