Le 27 octobre 2026, Semrush a consacré un billet de blog aux « SERP empoisonnées » : certaines requêtes automatisées peuvent recevoir de Google des pages de résultats qui paraissent normales, mais diffèrent de ce que voit un internaute. L’éditeur parle d’un problème qui touche tout le secteur des données SEO. Cinq jours plus tôt, le 22 octobre, Ahrefs observait que 5 à 20 % des résultats étaient touchés, suivant le fournisseur de données.
Les deux plateformes SEO généralistes rejoignent les éditeurs d’outils de suivi de position qui donnent l’alerte depuis septembre, parmi lesquels Nozzle, dont nous avions présenté l’étude dans notre article du 14 octobre sur le suivi de position faussé. Google n’a fait aucun commentaire public, rappelle Semrush.
Semrush et Ahrefs, à cinq jours d’intervalle
Semrush décrit deux formes de pages faussées : soit la page entière est hors sujet, première page comprise, soit elle paraît normale en haut, puis affiche plus bas des résultats qui ne correspondent que de loin à la recherche. Au Brésil, selon l’éditeur, une recherche sur un modèle précis de poussette a renvoyé la page d’équipement d’un fournisseur de matériel dentaire, parce que les deux produits partagent le mot portugais « carrinho ».
Semrush dit écarter dès la collecte les résultats manifestement invalides, avoir revu ses sources de données et ajouté des contrôles qui signalent les résultats douteux pour les collecter à nouveau. Il conseille à ses utilisateurs de comparer toute variation inattendue de positions, surtout sur des mots-clés sans rapport avec leurs pages, avec leurs propres données, celles de la Search Console par exemple. Dans une première déclaration à Search Engine Roundtable, l’éditeur disait observer le phénomène « depuis la fin de l’été », avec un effet « limité » sur les positions suivies par ses clients : des cas isolés, le plus souvent au-delà de la première page.
Le billet d’Ahrefs, publié le 22 octobre sur son blog produit, fait état d’une hausse de l’« empoisonnement » des résultats depuis quelques semaines : Google montre d’autres pages à ceux qu’il soupçonne d’être des fournisseurs de données SERP. Ahrefs dit filtrer les résultats anormaux, en redemander de corrects et nettoyer ceux déjà enregistrés qui ont pu être touchés. Le billet ne donne ni méthode, ni taille d’échantillon, ni date de début. Selon PPC Land, Ahrefs est le premier éditeur, parmi ceux que le site a couverts, à annoncer qu’il corrige des données déjà stockées.
Selon AccuRanker, Google a encore serré la vis les 20 et 23 octobre
AccuRanker, autre spécialiste du suivi de position, tient à jour depuis le 19 octobre une analyse détaillée. D’après lui, Google semble décider session par session, quel que soit le mot-clé, s’il sert une page faussée : deux recherches identiques lancées au même moment peuvent recevoir des pages différentes.
Après la vague de fin septembre, Google a resserré sa détection le 15 octobre, surtout sur mobile, puis les 20 et 23 octobre. Tard le 20, en moins d’une heure, environ la moitié des requêtes d’AccuRanker sur ordinateur revenaient faussées au premier essai. L’étape du 23, plus large, a touché ordinateur et mobile : le 24 octobre, 40 % de ses requêtes sur ordinateur ont reçu une page faussée au premier essai.
Ses contrôles en ont écarté la plupart, mais ce jour-là, 3,2 % des mots-clés de son échantillon sur ordinateur gardaient dans ses données une première page remplacée, son niveau le plus haut depuis le 26 septembre. Selon AccuRanker, la hausse n’a pas entièrement disparu : Google fausse toujours 4 à 6,5 % de ses requêtes au premier essai, contre 1,6 à 3,3 % avant le 23 octobre. Les résultats tronqués, qui s’arrêtent au bout d’une ou deux pages, ont doublé, à 4,0 % de ses requêtes sur ordinateur.
Nozzle a mis à jour son étude le 21 octobre, sur 29,9 millions de pages de résultats. Sur ordinateur, elle compte désormais une recherche comme faussée quand sa première ou sa deuxième page l’est : 22,6 % depuis le 13 septembre, contre 0,28 % auparavant, avec un pic de 43,5 % le 30 septembre. Retombé entre 4 et 6 % les 14 et 15 octobre, le taux est remonté à 25,9 % le 19 puis à 35,7 % le 21, le pire jour depuis le 8 octobre. La deuxième page est faussée une fois et demie plus souvent que la première.
DemandSphere, qui a annoncé de nouvelles contre-mesures le 23 octobre, a compté ce jour-là 6,7 % de pages faussées dans sa collecte.
| Éditeur | Publication | Mesure publiée |
|---|---|---|
| AccuRanker | 19 octobre, mis à jour depuis | 40 % des requêtes sur ordinateur faussées au premier essai le 24 octobre, 3,2 % des mots-clés après contrôles |
| Nozzle | mise à jour du 21 octobre | 22,6 % des recherches sur ordinateur (page 1 ou 2) depuis le 13 septembre, 35,7 % le 21 octobre |
| Ahrefs | 22 octobre | 5 à 20 % des résultats, suivant le fournisseur de données |
| DemandSphere | 23 octobre | 6,7 % des pages collectées ce jour-là |
| Semrush | 27 octobre | aucun taux publié |
La Belgique toujours parmi les pays les plus touchés
Dans le tableau par pays de Nozzle, limité à la première page et arrêté au 21 octobre, la Belgique affiche 15,9 % de pages faussées sur 346 115 pages évaluées. La première version, que nous avions présentée le 14 octobre, lui attribuait 13,2 %, mais elle s’arrêtait au 9 octobre et ne comptait que les pages dont les sites habituels revenaient ensuite. La France se situe à 5,3 % (3,9 % dans la première version), loin de l’Autriche (21,0 %) et de la Suisse (16,1 %), et le Royaume-Uni reste le moins touché, à 4,1 %.
Nozzle n’explique pas ces écarts entre pays voisins. AccuRanker ne voit de son côté aucun marché, appareil ou type de mot-clé nettement plus touché : entre fin septembre et mi-octobre, la part de pages faussées restait comprise entre 1,1 et 1,7 % dans chacun des 22 marchés qu’il suit.
Des chiffres qui ne se comparent pas
Ces taux viennent d’éditeurs qui vendent eux-mêmes des outils de suivi, et chacun mesure sa propre collecte avec son propre test. AccuRanker compte une première page comme faussée quand son top 10 garde moins de la moitié des sites de la veille et moins de la moitié de ceux du lendemain. Nozzle compare chaque page aux sites habituels du mot-clé sur la période du 20 août au 9 septembre. Pour AccuRanker, le taux dépend davantage de la façon de collecter que des mots-clés suivis.
L’intention prêtée à Google reste une interprétation. Semrush écrit que les discussions du secteur, dont celles de Search Engine Roundtable, voient une cause probable dans les efforts pour limiter la collecte de données à grande échelle par les systèmes d’IA. Nozzle y voit la réponse de Google au scraping par l’IA, dont les outils de suivi font les frais. Google n’a rien confirmé, mais ses règles concernant le spam rangent « le scraping des résultats à des fins de vérification du classement » parmi le trafic généré automatiquement, qui enfreint ces règles et ses conditions d’utilisation.
Le 27 octobre, Barry Schwartz, de Search Engine Roundtable, a signalé un pic de volatilité et de discussions entre référenceurs, après d’autres mouvements non confirmés les 16, 20, 21 et 24 octobre. Il ajoute que les outils de suivi « ont du mal », malgré les déclarations de certains éditeurs. Les courbes de volatilité qu’il cite viennent de ces mêmes outils. Le même jour, un référenceur a décrit sur Reddit une visibilité moyenne tombée de 30 % à 12 % dans Semrush et Botify, sans mise à jour confirmée par Google.
Le spam update de septembre, déployé du 24 septembre au 8 octobre, s’était déjà superposé aux premières pages faussées, ce qui compliquait la mesure de ses effets, comme nous l’écrivions dans notre article du 12 octobre sur la Search Console et les outils de suivi.
Notre analyse
Jusqu’à la mi-octobre, l’alerte venait surtout de spécialistes du suivi de position. Ahrefs et Semrush reconnaissent désormais dans leurs propres publications que leurs données issues de Google peuvent être faussées. Les taux mesurés par Nozzle et la part des premières requêtes faussées chez AccuRanker sont repartis à la hausse dans la seconde quinzaine d’octobre.
Les rapports de positions, les indices de visibilité et les courbes de volatilité des outils tiers reposent sur ces collectes. Une chute brutale sur un seul jour, en particulier les 16, 21 et 24 octobre cités par AccuRanker, peut correspondre à une page que Google n’a servie qu’à un robot. Avec la correction rétroactive annoncée par Ahrefs, un graphique exporté en octobre peut aussi ne plus correspondre à la version consultée plus tard.
Les éditeurs affirment filtrer l’essentiel des pages faussées, mais seul AccuRanker publie chaque jour la part qui subsiste dans ses données après ses contrôles. La Search Console, que Semrush propose comme point de comparaison, ne couvre que les sites dont on a vérifié la propriété, relève PPC Land : les positions des concurrents et les parts de visibilité d’un marché viennent toujours de la collecte automatisée que Google dégrade.
L’objectif réel de Google, la durée de l’opération et le volume de données déjà corrigées chez chaque éditeur restent inconnus. À surveiller : une éventuelle déclaration de Google, la publication de leurs propres taux d’erreur par Semrush et Ahrefs, qui n’en donnent pas à ce jour, et la confirmation, ou non, du mouvement observé le 27 octobre.
Sources
- Poisoned SERPs: An update on Google ranking data in Semrush, Semrush, 27 octobre 2026
- An update on Google’s poisoning of search results, Ahrefs, 22 octobre 2026
- How AccuRanker Handles Poisoned SERPs, AccuRanker, 19 octobre 2026, mis à jour depuis
- Poisoned Google SERPs, Nozzle, 10 octobre 2026, mis à jour le 21 octobre 2026
- How we detect poisoned SERPs, DemandSphere, 23 octobre 2026
- Unconfirmed Google Search Ranking Update: Volatility & Chatter Spike, Search Engine Roundtable, 27 octobre 2026
- Third-Party Google Rank Tracking Not Fully Working Now, Search Engine Roundtable, 12 octobre 2026, mis à jour depuis
- Règles concernant le spam dans la Recherche sur le Web Google, Google Search Central, 31 août 2026
Image d’en-tête : graphique MACCUS. Données : AccuRanker, « How AccuRanker Handles Poisoned SERPs », mise à jour consultée le 28 octobre 2026



