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Google freine ses liens goto, cinq API SEO perdent l’adresse de la plupart des résultats

Une page d'attente retient les redirections google.com/goto. Cinq API de données ont livré 55 à 85 % des résultats sans l'adresse du site.

Depuis le 30 octobre 2026, Google fait patienter les robots sur la plupart de ses redirections google.com/goto, qui relient ses résultats aux sites : une page d’attente d’une à trois minutes précède la redirection, selon les mesures publiées. Plusieurs API qui collectent les pages de résultats pour les outils de suivi de position n’ont pas suivi. Le 31 octobre, cinq fournisseurs testés en parallèle par le cabinet allemand EverGrow SEO Solution renvoyaient une redirection Google ou aucun lien, au lieu de l’adresse du site, pour 55 à 85 % des résultats organiques.

Le fournisseur SerpApi a ouvert un incident public le 30 octobre à 10 h 39 UTC, puis annoncé le lendemain soir un correctif limité aux trois premiers résultats. Google ne s’est pas exprimé publiquement sur ce changement.

Une page d’attente avant la redirection

Le format goto a été repéré le 23 juin 2026 par Alex Greenland, puis décrit le 8 juillet par Search Engine Roundtable. Il remplace le lien direct d’un résultat par une adresse google.com/goto?url= suivie d’un code propre à Google, qui rend la destination illisible. Google a confirmé son déploiement le 26 août, selon PPC Land.

Jusqu’au 29 octobre, les fournisseurs de données retrouvaient la vraie adresse au prix d’une requête par lien, avant de livrer la page à leurs clients. Le 27 août, DataForSEO écrivait que seules 0,01 % des pages de résultats livrées par son API pouvaient encore contenir un lien goto organique non résolu.

Le 30 octobre à 1 h 30 UTC (2 h 30 à Paris), cette méthode a cessé de fonctionner pour la plupart des liens, selon cloro, qui vend une API de résultats Google. Une requête sur un lien goto reçoit désormais, sans code d’erreur, une page « Verifying your request » à compte à rebours, puis la redirection. Dans le trafic de cloro, l’attente durait de 60 à 115 secondes et touchait environ 89 % des liens suivis ce jour-là.

Hasan Kalkan, consultant SEO à Aix-la-Chapelle et auteur de l’étude EverGrow, a fait le même constat le 30 octobre à 22 h 20 UTC. Les 12 liens goto d’une page de résultats récente renvoyaient la page d’attente et ne redirigeaient qu’au bout de 180 secondes.

Jusqu’à 85 % de résultats sans adresse

L’étude part d’un cas concret : le 30 octobre, l’outil de son auteur classait un site hors du top 10 sur sa propre marque, avec « google.com » parmi les autres résultats. Une seconde requête, lue dans le champ « breadcrumb », le plaçait premier. L’auteur précise qu’il s’agit de deux requêtes distinctes, sans comparaison contrôlée.

Il a ensuite passé en revue ses données DataForSEO. Sur 71 531 résultats organiques collectés du 15 au 21 octobre, sur des requêtes différentes selon les jours, aucun ne portait d’adresse goto. Du 22 au 28 octobre, 99 sur 63 782 en portaient une. Le 29 octobre, 27 pages de résultats étaient touchées, toutes entre 12 h 19 et 13 h 20 UTC.

Le 30 octobre, sur un échantillon de 508 pages de résultats dans huit pays, 2 552 résultats organiques sur 4 344 (58,7 %) revenaient avec « google.com » comme domaine et une adresse goto. La France était à 58,4 % (153 sur 262).

Graphique en barres : part des résultats organiques renvoyés avec une adresse google.com/goto dans les données DataForSEO de l'étude EverGrow, de 0 % du 15 au 21 octobre à 58,7 % le 30 octobre 2026
Graphique MACCUS. Données : EverGrow SEO Solution (Hasan Kalkan), étude mise à jour le 31 octobre 2026

Le 31 octobre, il a envoyé les mêmes requêtes au même moment à cinq API, dans huit pays. Aucune ne livrait toutes les adresses. La part de résultats organiques sans adresse réelle atteignait 84,7 % chez SerpApi, 73,1 % chez Bright Data, 69,4 % chez Oxylabs, 59,9 % chez DataForSEO et 54,8 % chez Serper. Ce dernier donnait l’adresse réelle des trois premières positions sur toutes les pages, puis en omettait environ 80 % à partir de la quatrième.

Sur les requêtes de référence de cloro, la part de liens organiques réels est tombée le 30 octobre, de 7 h à 20 h UTC, à 13 % chez SerpApi, 29 % chez Oxylabs et 35 % chez DataForSEO, contre 95 à 97 % auparavant. Celle de cloro est passée de 100 % à 24 %.

Une erreur qui passe pour une réponse normale

Le défaut échappe aux tableaux de bord d’erreurs : chez DataForSEO, les réponses arrivent avec le statut « Ok. », note l’étude EverGrow. SerpApi, DataForSEO et Oxylabs ont continué à livrer des pages remplies de liens goto sans signaler d’erreur, constate cloro.

Le résultat reste dans la réponse, avec sa position, son titre et sa description ; seule l’adresse du site manque. Sur l’échantillon du 30 octobre, le domaine figurait au début du champ « breadcrumb » pour 94,9 % des résultats concernés. Dans les 189 cas contrôlés, la redirection menait bien vers ce domaine.

Un outil qui rattache les positions au domaine de l’adresse livrée, sans lire le lien affiché, attribue donc à Google la place du site. Selon l’étude, les classements et indices de visibilité ainsi calculés peuvent être sous-estimés à partir du 22 octobre, surtout depuis le 30. Son auteur conseille de vérifier toute baisse dans la Search Console, à requête, page, pays et appareil identiques. Pendant le spam update de septembre, la Search Console était déjà la référence face à des relevés de positions incomplets.

Ce ralentissement s’ajoute aux pages de résultats faussées que Google sert depuis septembre aux robots de suivi de position. Nous les avons décrites le 14 octobre, puis le 28 octobre après les confirmations de Semrush et d’Ahrefs. L’étude EverGrow distingue les deux problèmes.

Les fournisseurs cherchent la parade

Sur sa page de statut, SerpApi écrit que son API Google Search renvoie « des liens /goto pour les résultats organiques au lieu de liens directs ». Le correctif annoncé le 31 octobre à 18 h 23 UTC ne rétablissait les liens directs que pour les trois premiers résultats, et l’incident restait ouvert. Un ticket public ouvert sur GitHub le 18 septembre signalait déjà des liens goto intermittents, que SerpApi n’avait reproduits qu’une fois sur 100 recherches, le 28 octobre.

DataForSEO n’avait rien publié sur sa page de mises à jour au 1er novembre. D’après les réponses de son support, résumées par l’étude EverGrow, Google limite désormais, pour une même page de résultats, le nombre de liens goto résolus en peu de temps ; changer d’adresse IP ou attendre ne servirait à rien. Le 31 octobre à 17 h 12 UTC, le support a confirmé que la file standard de l’API, dont il disait d’abord qu’elle résolvait tous les liens, renvoyait elle aussi des liens goto.

Le support recommande goto_url_converter, un point d’accès gratuit qui convertit jusqu’à 100 adresses goto par requête, y compris dans des données déjà collectées. Testé par l’auteur, il a retrouvé les bons domaines en 31 à 41 secondes par page de résultats pour des liens récents.

À partir de 20 h 20 UTC le 30 octobre, cloro affirme avoir retrouvé 100 % de liens réels par une autre voie chez Google, qu’il ne détaille pas. Il reconnaît que sa fenêtre de mesure est courte.

Les limites des mesures publiées

Les chiffres viennent de deux sources. La première, cloro, concurrent direct de SerpApi, DataForSEO et Oxylabs, sort en tête de son propre comparatif. L’étude EverGrow détaille sa méthode, mais ses requêtes sont choisies à la main : les 58,7 % ne valent pas pour l’ensemble des recherches Google, prévient l’auteur. Elle porte sur des API, sans mesurer les outils de suivi de position vendus aux entreprises.

La cause avancée, une limite par page de résultats, vient du support de DataForSEO ; l’auteur la juge cohérente avec son test, mais impossible à vérifier entièrement depuis l’extérieur. Au 1er novembre, Google n’avait rien publié, ni sur le blog Search Central, ni dans le journal des mises à jour de sa documentation Search, ni sur le tableau de bord de l’état de la recherche. Aucune mesure publiée ne dit non plus si un internaute qui clique sur un résultat voit cette page d’attente.

Notre analyse

Rien n’indique que Google ait touché à ses classements le 30 octobre. Il a ralenti l’étape qui permet à un robot de savoir quel site occupe quelle position. Pour un éditeur ou un e-commerçant qui lit ses positions dans un outil tiers, le risque est un faux signal : une baisse, voire une disparition sur sa propre marque, sans recul réel dans Google. La Search Console, alimentée par les données internes de Google, échappe à ce mécanisme.

Les règles anti-spam de Google rangent « le scraping des résultats à des fins de vérification du classement » dans le trafic généré automatiquement, qui enfreint ses conditions d’utilisation. Johannes Beus, fondateur de SISTRIX, estimait le 31 août, dans une lettre citée par PPC Land, que ces restrictions de collecte visaient d’abord les concurrents de Google comme ChatGPT, qui puise dans ses résultats faute d’index propre. Les outils de mesure n’en étaient, selon lui, que des victimes collatérales. Le changement du 30 octobre suit la suppression du paramètre num=100 le 14 septembre 2025, la généralisation des liens goto fin août et les pages faussées servies depuis septembre.

Deux séries de mesures indépendantes datent ce changement, et SerpApi a reconnu l’incident sur son API. Le mécanisme n’est décrit que par le support d’un fournisseur, et la durée du dispositif reste inconnue.

Prochain repère : la nouvelle mesure d’EverGrow, annoncée pour le 3 novembre. Restent à suivre la clôture de l’incident de SerpApi, une communication de DataForSEO ou des éditeurs d’outils de suivi, et une éventuelle prise de parole de Google, qui n’a commenté le format goto qu’au moment de son déploiement.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS. Données : EverGrow SEO Solution (Hasan Kalkan), mesure du 31 octobre 2026

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