ActualitéMarketing

Meta repousse au 20 novembre la clause qui ouvre les sites des entreprises à ses robots

Meta reporte au 20 novembre ses conditions d'exploration des sites d'entreprises. Ses pages françaises affichent encore le 30 octobre.

Meta a reporté au 20 novembre 2026 l’entrée en vigueur de ses nouvelles Conditions commerciales et de ses Conditions d’utilisation des publicités en libre-service, jusque-là fixée au 30 octobre. Un porte-parole a annoncé ce report vendredi 23 octobre à Reuters et à The Verge, après des plaintes d’éditeurs et d’annonceurs auprès des autorités de concurrence européennes et britanniques. Ces textes concernent toute entreprise qui utilise les services de Meta à des fins professionnelles : publicités, gestion d’une Page, catalogue produits, Gestionnaire de publicités.

La clause contestée autorise Meta à envoyer des robots sur les sites associés aux produits ou services de ces entreprises. Le report déplace la date d’entrée en vigueur ; le texte de la clause reste le même. Le 16 octobre, maccus.fr l’a présentée dans son article sur les conditions annoncées pour le 30 octobre, puis a rendu compte le 18 octobre de la réécriture de la version anglaise.

Trois semaines pour expliquer les changements

Reuters a publié l’information le 23 octobre depuis Bruxelles. Dans un e-mail cité par l’agence, le porte-parole de Meta écrit : « Nous repoussons au 20 novembre la date d’entrée en vigueur de nos Conditions commerciales et de nos Conditions d’utilisation des publicités en libre-service mises à jour, afin d’avoir plus de temps pour expliquer à nos partenaires et aux parties prenantes ce qui change et ce qui ne change pas » (notre traduction). The Verge attribue la même explication au porte-parole Daniel Roberts.

Selon le porte-parole, Meta expliquera aussi comment elle utilise ses robots d’exploration et précisera que les propriétaires de contenus pourront toujours indiquer leurs préférences avec le fichier robots.txt. Ce fichier, placé à la racine d’un site, signale aux robots les pages qu’ils peuvent visiter ; l’article de maccus.fr sur les robots IA et le robots.txt détaille lesquels respectent ces consignes.

Pour Reuters, ce report pourrait éviter à Meta une action des régulateurs. La Commission européenne, autorité de concurrence de l’Union, a salué la décision, selon la même dépêche. Elle a ajouté avoir envoyé des demandes d’informations aux entreprises qui n’ont pas encore publié le résumé des données utilisées pour entraîner leurs modèles d’IA. Reuters ne dit pas si Meta en fait partie.

Des pages qui affichent encore le 30 octobre

Le 24 octobre à 1 h 17, heure de Bruxelles, maccus.fr a relu les pages de Meta. Les aperçus en anglais américain des deux textes annoncent bien le 20 novembre 2026. L’aperçu britannique des Conditions commerciales et les deux aperçus en français indiquent toujours le 30 octobre 2026, dans le bandeau comme à la ligne de la date d’entrée en vigueur. Le site spécialisé PPC Land avait relevé le même décalage pour la page britannique le 23 octobre, environ sept heures après la dépêche de Reuters.

Aperçu de la mise à jour, relu le 24 octobre à 1 h 17 Date affichée Phrase sur l’entraînement
Conditions commerciales, anglais (États-Unis) 20 novembre 2026 Absente
Conditions des publicités en libre-service, anglais (États-Unis) 20 novembre 2026 Absente
Conditions commerciales, anglais (Royaume-Uni) 30 octobre 2026 Absente
Conditions commerciales, français 30 octobre 2026 Absente (présente le 18 octobre)
Conditions des publicités en libre-service, français 30 octobre 2026 Absente (présente le 18 octobre)

Le texte français a pourtant changé depuis le 18 octobre. Ce matin-là, la clause française contenait encore une phrase commençant par « Meta peut utiliser tout contenu provenant de ces domaines, pages Web ou URL pour fournir, développer, améliorer, rechercher, entraîner et maintenir l’intégrité des Produits ». Le 24 octobre, cette phrase n’y figure plus.

La version française reprend la formulation adoptée en anglais à la mi-octobre et signalée par The Verge le 17 octobre : l’exploration des sites sert désormais à « fournir, développer, améliorer, rechercher et maintenir des produits publicitaires et commerciaux » et à « maintenir l’intégrité et la sécurité des Produits des Entités Meta ». On ne connaît pas le jour exact de ce changement dans la version française.

Une clause que le report ne modifie pas

Aucune nouvelle formulation n’accompagne le report. Dans toutes les versions relues, Meta, ou « toute entité agissant en [son] nom », peut utiliser « des scrapers, des bots, des robots, des spiders, des robots d’indexation et des agents utilisateurs » et créer des identifiants de test. Elle peut ainsi accéder aux domaines, pages Web et URL associés aux produits ou services de l’entreprise, et en extraire périodiquement les mises à jour.

L’acceptation reste tacite. La clause « Mises à jour » prévoit qu’en continuant à utiliser les produits de Meta à des fins professionnelles après la notification d’une mise à jour, l’entreprise accepte de s’y conformer. Le texte n’offre qu’une autre option : « cesser tout accès ou utilisation de nos produits à des fins professionnelles ou commerciales ».

Jusqu’à l’entrée en vigueur des nouveaux textes, les versions actuelles s’appliquent. Les Conditions d’utilisation des publicités en libre-service, applicables depuis le 22 août 2025, prévoient déjà qu’en passant une commande, l’annonceur accorde à Meta le droit d’accéder au contenu de ses domaines, notamment pour développer ses produits publicitaires et pour « la recherche et la formation » (« research and training » dans la version anglaise).

La pression des éditeurs de presse

La News/Media Alliance, qui représente plus de 2 000 éditeurs de journaux, de magazines et de médias numériques aux États-Unis, a envoyé le 22 octobre une lettre à Mark Zuckerberg, le patron de Meta. Sa présidente, Danielle Coffey, y demande le retrait des nouvelles Conditions commerciales avant le 30 octobre et une réponse publique au plus tard le 26 octobre. Selon la lettre, les éditeurs ne peuvent pas, en pratique, interdire ou bloquer les robots de Meta sans nuire à la promotion de leurs contenus sur ses plateformes, car leurs publicités ont en général besoin du robot publicitaire de Meta pour fonctionner.

En Europe, le European Publishers Council demande, avec d’autres organisations, que les régulateurs suspendent les nouvelles conditions le temps de leur examen. Après l’annonce du report, sa directrice exécutive, Angela Mills Wade, a déclaré, selon Reuters, que gérer une page professionnelle ou faire la publicité d’un abonnement « ne devrait pas conférer de droits généraux sur le site et les archives d’un éditeur » (notre traduction). Les autorités de concurrence de l’Union européenne et du Royaume-Uni ont été saisies de plaintes, indique l’agence, et The Next Web rapporte que l’autorité britannique a demandé des explications à Meta.

Les promesses de Meta face au texte

Meta conteste l’idée que ses conditions lui accordent un droit illimité d’utiliser ces contenus pour ses services d’IA, rapporte Reuters. Son porte-parole promet d’expliquer « ce qui change et ce qui ne change pas ». Ces assurances restent hors du contrat : le texte publié ne mentionne ni le robots.txt ni la liste des robots concernés.

L’expression « produits publicitaires et commerciaux » est suivie d’exemples introduits par « y compris », et la liste reste ouverte. La News/Media Alliance relève que ces termes ne sont pas définis et cite un professeur de droit pour qui la formule reste « assez large pour y faire passer un camion » (notre traduction). Le porte-parole n’a annoncé aucune modification du texte qui doit entrer en vigueur le 20 novembre.

Notre analyse

Le report ne concerne que le calendrier. D’après l’annonce du porte-parole, les entreprises qui gèrent une Page ou des publicités chez Meta, en France, en Belgique ou ailleurs, ont trois semaines de plus avant que la nouvelle clause d’exploration ne s’applique par simple usage des outils. Sa déclaration ne vise que les deux textes reportés : l’activation de la navigation produit dans les publicités existantes, annoncée pour le 28 octobre, relève d’un autre changement. Le contenu de la clause est le même qu’avant l’annonce : des robots et des identifiants de test autorisés sur les sites associés à l’entreprise, pour des « produits publicitaires et commerciaux » définis de façon ouverte.

L’écart entre l’annonce et le texte porte sur le robots.txt : Meta le cite dans ses déclarations, et ses conditions n’en disent rien. Les entreprises acceptent ces conditions sans les négocier, et c’est le texte publié qui les engage.

Les pages françaises montrent un autre décalage. Leur clause a été alignée sur la version anglaise, mais leur date ne l’est pas encore. Un lecteur francophone qui consulte la page de Meta lit toujours que les mises à jour « prendront effet le 30 octobre 2026 ».

Plusieurs points sont à suivre. La News/Media Alliance attend une réponse publique au plus tard le 26 octobre. Meta doit publier l’explication promise sur ses robots. Il reste à voir si la Commission européenne ira au-delà de son accueil favorable du report, quelle suite l’autorité britannique de la concurrence donnera à sa demande d’explications, et si une mention du robots.txt entrera dans le texte avant le 20 novembre.

Sources

Image d’en-tête : schéma MACCUS, données Meta, Nieman Lab, Reuters, The Verge et News/Media Alliance (15 au 24 octobre 2026)

Laisser un commentaire