Google a ajouté une exception à l’une de ses promesses sur la publicité. Dans ses règles de confidentialité en vigueur depuis le 16 octobre 2026, la phrase « Nous ne vous présentons pas d’annonces personnalisées en fonction de vos contenus sur Drive, Gmail ou Google Photos » se poursuit désormais ainsi : « sauf si vous choisissez de rendre les données issues de ces services disponibles pour d’autres services Google qui prennent en charge les annonces personnalisées ». Le site Android Authority a signalé ce changement le 23 octobre, une semaine après son entrée en vigueur.
L’exception vise d’abord les personnes qui connectent leur compte Gmail ou leur bibliothèque Google Photos à la Recherche Google, une fonction que l’entreprise appelle l’Intelligence personnalisée. Selon la page d’aide de la Recherche, les annonces ne s’appuieront pas directement sur la boîte de réception ou sur les photos. Les résumés, extraits et inférences que la Recherche tire de ces applications peuvent en revanche servir à afficher des publicités.
Cette connexion n’est proposée ni dans l’Union européenne, ni dans le reste de l’Espace économique européen, ni au Royaume-Uni, ni en Suisse. Le Mode IA, lui, est ouvert en France depuis le 22 juillet 2026, mais sans la possibilité d’y brancher Gmail ou Google Photos. La version française des règles de confidentialité, qui porte la mention « À compter du 16 octobre 2026 », contient pourtant déjà l’exception.
Trois passages modifiés dans la section sur les annonces
Les règles de confidentialité de Google ont connu trois versions en octobre 2026 : celles du 1er, du 12 et du 16 octobre. Google publie lui-même une page qui compare les deux dernières, avec les ajouts et les suppressions en couleur. Les changements se concentrent dans la section « Proposer des services personnalisés, notamment en matière de contenu et d’annonces ».
Deux phrases ajoutées à la fin du premier paragraphe de la section décrivent le partage de données entre services. Selon la version française, l’utilisateur peut « autoriser certains services Google, y compris des services comme la Recherche ou les applications Gemini, à accéder aux données issues d’autres services Google », comme Google Photos, Gmail et Drive. Le texte ajoute : « Par exemple, la Recherche peut traiter certaines des données auxquelles vous l’autorisez à accéder pour personnaliser le contenu, y compris les annonces. »
La phrase générale sur la publicité change aussi. Dans la version du 12 octobre, Google pouvait présenter des annonces personnalisées « sur la base de vos centres d’intérêt et de votre activité sur les services Google ». Le texte du 16 octobre y ajoute les contenus personnalisés : « sur la base de vos centres d’intérêt, de votre activité ou de contenus personnalisés sur les services Google ».
Reste la phrase sur Drive, Gmail et Photos. Elle figurait sans aucune réserve au moins depuis la version du 1er juillet 2021, et la version du 12 octobre 2026 la reprenait encore telle quelle. Depuis le 16 octobre, elle se termine par l’exception citée plus haut.
Le glossaire gagne aussi une entrée, « personnaliser le contenu », qui nomme l’Intelligence personnalisée. Son exemple : si l’utilisateur interroge la Recherche sur une réservation d’hôtel récente, elle peut utiliser les détails de la réservation trouvés dans un e-mail pour suggérer des activités près de l’hôtel.

Les deux réponses de Google sur la publicité
La page d’aide de la Recherche consacrée à la connexion des applications répond à deux questions sur la publicité. La première demande si la boîte Gmail ou la bibliothèque Google Photos serviront à diffuser des annonces. Réponse de Google : « Les annonces ne seront pas basées directement sur votre boîte de réception Gmail ou votre bibliothèque Google Photos. » La suite précise que la Recherche peut s’appuyer sur « des résumés, des extraits et des inférences » issus de ces sources, et que « ces mêmes informations peuvent être utilisées pour vous montrer des annonces » (citations traduites de l’anglais).
Dans la même réponse, Google rappelle qu’il ne présente pas d’annonces personnalisées en fonction de « catégories sensibles, telles que la race, la religion, l’orientation sexuelle ou la santé », selon la formule de ses règles en français. Il précise aussi que la connexion reste un choix réversible dans les paramètres. La seconde réponse est un non : les annonceurs n’auront pas accès à la boîte de réception ni à Google Photos. La version française de cette page d’aide, consultée le 24 octobre, ne contient pas encore ces deux questions.

La page liste aussi les applications que l’on peut connecter à la Recherche : Gmail, Google Agenda (seulement aux États-Unis et en anglais) et Google Photos (pas dans toutes les régions). Drive figure dans les règles de confidentialité, mais pas dans cette liste. Google annonce que d’autres applications Workspace suivront bientôt.
Il faut être connecté à un compte Google personnel, avoir au moins 18 ans et activer les recommandations personnalisées. Une fois la connexion faite, tous les services de recherche de Google peuvent accéder à ces applications : la Recherche avec le Mode IA et Discover, Maps, Shopping, Vols, Hôtels, Traduction et Google Actualités.
La même page précise que les données des applications connectées peuvent servir à améliorer les services de Google, y compris à entraîner ses modèles d’IA générative. Déconnecter une application ou supprimer un e-mail n’efface rien de l’historique des services de recherche, où ces données restent utilisables aux mêmes fins.
Une fonction absente de l’Union européenne
La liste de disponibilité de la page d’aide compte 191 pays et territoires au 24 octobre 2026. Aucun État membre de l’Union européenne n’y figure, pas plus que l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège, le Royaume-Uni ou la Suisse. D’autres pays européens sont bien sur la liste, comme la Serbie, l’Albanie ou l’Ukraine. Plusieurs pays francophones en font aussi partie : le Canada, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cameroun.
Côté Gemini, la page d’aide en anglais sur les applications connectées indique que la fonction n’est, pour l’instant, pas disponible dans l’Espace économique européen, au Nigeria, en Suisse et au Royaume-Uni. Google ne dit pas, sur ces pages, pourquoi il tient ces pays à l’écart.
Les points que Google laisse ouverts
Google ne précise pas comment ses systèmes produisent ces inférences, ni quel poids elles ont dans le choix d’une annonce. Les règles parlent d’« autres services Google qui prennent en charge les annonces personnalisées » sans en donner la liste. L’exemple donné dans les règles ne concerne que la Recherche, alors que les phrases ajoutées nomment aussi les applications Gemini. La page d’aide de Gemini sur les applications connectées ne parle pas de publicité.
Shimul Sood, d’Android Authority, insiste sur les limites de la modification : elle ne signifie pas que Google parcourt automatiquement les e-mails pour diffuser des annonces, puisqu’elle concerne les informations que l’utilisateur choisit de partager. Jess Weatherbed, de The Verge, en retient l’effet : les personnes qui ont connecté ces services aux outils de recherche peuvent désormais voir des annonces ciblées à partir de ce contenu.
Notre analyse
Le changement du 16 octobre ouvre une nouvelle source d’information au système qui choisit les annonces : ce que l’assistant de recherche apprend des e-mails et des photos des personnes qui l’y autorisent. Selon Google, les annonceurs n’ont accès ni à la boîte de réception ni à Google Photos, et aucune des pages de Google citées ici ne mentionne d’option de ciblage ou d’audience construite à partir des e-mails. Les « contenus personnalisés » deviennent une troisième base de la publicité personnalisée, à côté des centres d’intérêt et de l’activité.
OpenAI suit une voie comparable avec ChatGPT : sa politique de confidentialité européenne prévoit des publicités personnalisées à partir des conversations passées, avec le consentement de l’utilisateur. Chez les deux groupes, le contexte personnel recueilli par l’assistant peut servir à choisir les annonces des personnes qui l’acceptent. Aucun des deux ne propose cette personnalisation dans l’Espace économique européen ni en Suisse à la date des pages consultées, le 9 octobre pour OpenAI et le 24 octobre pour Google.
En France et en Belgique, Google ne propose pas la connexion des applications à la Recherche, le seul cas où les pages de Google citées ici documentent un usage publicitaire de ces données. Le texte qui s’y applique contient pourtant déjà l’exception. Restent à suivre l’arrivée éventuelle de la connexion des applications dans l’Union européenne, l’ajout des questions sur la publicité à la page d’aide en français et les précisions que Google apportera, ou non, sur la place des inférences dans le choix des annonces.
Sources
- Google Privacy Policy, comparaison des versions du 12 et du 16 octobre 2026, Google, 16 octobre 2026
- Règles de confidentialité, Google, 16 octobre 2026
- Règles de confidentialité (version archivée), Google, 12 octobre 2026
- Google Privacy Policy (version archivée), Google, 1er juillet 2021
- Connect your Google content apps to get a Search services experience that’s tailored to you, Aide Recherche Google, consultée le 24 octobre 2026
- Connect your Google apps to personalize your Gemini experience, Aide applications Gemini, consultée le 24 octobre 2026
- Google makes a privacy policy exception to use your Gmail and Photos data for ads, Android Authority, 23 octobre 2026
- Now Google says it might use your Gmail and Google Photos data to target ads, The Verge, 23 octobre 2026
Image d’en-tête : schéma MACCUS. Données : règles de confidentialité de Google (versions du 12 et du 16 octobre 2026) et aide de la Recherche Google, consultée le 24 octobre 2026



