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Une biotech d’un seul salarié coordonnait 11 laboratoires avec Claude. Anthropic a repris ses programmes

Anthropic a révélé avoir racheté Mithril en juillet. Son fondateur menait un programme contre une myopathie avec Claude et 11 laboratoires extérieurs.

Anthropic a révélé le 27 octobre 2026 avoir racheté en juillet Mithril Medicine, une biotech qui ne comptait qu’un salarié à temps plein. Les deux programmes de Mithril contre des myopathies rares de l’enfant sont devenus les premiers programmes de médicaments qu’Anthropic mène en interne. Le fondateur de Mithril, Cody Tranbarger, s’appuyait sur Claude pour organiser les contrats, la logistique et les expériences confiées à 11 laboratoires extérieurs, selon Anthropic. En moins de 18 mois, la société a fait passer un traitement possible de l’idée à des résultats encourageants chez la souris.

Le 20 octobre, une semaine avant le billet d’Anthropic, OpenAI a annoncé le rachat d’Orchestra Bio, dont le logiciel confie à des agents d’IA le suivi des études. OpenAI possède désormais un logiciel de suivi des études, et Anthropic deux programmes de médicaments que le fondateur de Mithril coordonnait avec Claude et des laboratoires sous contrat.

Un fondateur, 11 laboratoires sous contrat

Mithril travaille sur deux dystrophies musculaires rares, la dystrophie musculaire congénitale liée à LAMA2 (LAMA2-CMD) et l’alpha-dystroglycanopathie. La première touche environ 4 000 à 5 000 personnes aux États-Unis et en Europe, d’après Anthropic. La plupart des malades ne marchent jamais seuls et aucun traitement n’est autorisé. Dans les deux maladies, la fibre musculaire perd son ancrage à la gaine de protéines qui l’entoure, et les anticorps bispécifiques de Mithril saisissent les deux à la fois pour les rattacher.

Cody Tranbarger s’entourait de consultants à temps partiel et de laboratoires tiers. La société a testé des « molécules outils », des versions préliminaires de ses anticorps, sur des souris modifiées pour porter une forme sévère de la maladie.

Au bout de six semaines, les souris traitées à la plus forte dose avaient environ le double de la force de préhension et de la force musculaire des souris non traitées. Entre deux et six semaines de vie, une souris traitée sur huit est morte, contre quatre sur huit sans traitement, et les 12 souris saines ont toutes survécu. « Les souris traitées sont restées plus faibles que les souris saines, le traitement n’était donc pas un remède », précise Anthropic, qui y voit malgré tout « une nette amélioration ».

Le travail confié à Claude

Lors d’un changement de responsable sur une série d’expériences, Claude a reconstitué l’état du dossier à partir des e-mails et de 14 mois de présentations, puis rédigé cinq e-mails de passation, relus et envoyés à deux laboratoires par Cody Tranbarger. Quand le criblage d’anticorps a produit des centaines de fichiers séparés, Claude les a fusionnés en une seule liste de candidats, puis a évalué en quelques heures, sur une seule consigne, l’aptitude de chacun à devenir un médicament.

Le rapport technique de Mithril, daté du 26 octobre, mesure une semaine de ce fonctionnement. En valeur médiane, Claude donnait une première réponse en 96 secondes et une réponse complète en 10 minutes ; les laboratoires sous-traitants mettaient 8,5 heures à répondre une première fois. Quand le fabricant des anticorps a livré un dossier de 341 pages, Claude a proposé l’étape suivante pour chacune des 113 constructions en moins de huit minutes. Sur la semaine, Claude a rédigé 17 e-mails et n’en a envoyé aucun lui-même ; l’équipe en a modifié puis envoyé 12.

Capture de l'en-tête du rapport technique de Mithril Medicine, daté du 26 octobre 2026 et marqué Not peer reviewed, intitulé Preclinical Characterization of a Bispecific Bridging Antibody for the Treatment of LAMA2-Related Congenital Muscular Dystrophy, signé Cody Tranbarger et Mithril Medicine
L’en-tête du rapport technique de Mithril, lié au billet d’Anthropic du 27 octobre. Capture : rapport technique de Mithril Medicine, Anthropic.

Concevoir un nouveau programme, de l’idée de départ à la stratégie expérimentale, a pris deux à trois jours. Cody Tranbarger estime qu’il lui aurait fallu un à deux mois sans Claude, ce qu’un graphique d’Anthropic traduit par « 10 à 30 fois plus rapide ». Anthropic appelle ce modèle « Pipeline-in-a-Person » : Claude tient les dossiers et coordonne les laboratoires, et « l’humain fixe la direction scientifique et prend les décisions ». En physique, Claude avait déjà revérifié en 10 heures un an de calculs de thèse et trouvé une erreur de signe.

Le rachat d’Orchestra Bio par OpenAI, annoncé le 20 octobre

OpenAI présente Orchestra Bio comme « une plateforme qui aide les équipes biopharmaceutiques à coordonner le processus complexe du développement de médicaments ». Son équipe et sa technologie rejoignent Rosalind, l’offre d’OpenAI pour les sciences du vivant. Dans l’exemple d’OpenAI, un lot de fabrication raté peut retarder le début d’un essai clinique, et les agents d’Orchestra aident les équipes à repérer les activités touchées et à comparer les options. Le développement d’un médicament prend « environ 10 à 15 ans en moyenne » aux États-Unis, de l’identification de la cible à l’autorisation, rappelle l’entreprise.

TechCrunch précise que la jeune pousse avait quatre ans, que le montant n’a pas été divulgué et qu’elle aurait levé environ 20 millions de dollars, selon des chiffres de 2025, auprès d’investisseurs dont Andreessen Horowitz, Atria et 8VC. Julie Bort y voit « un exemple classique » de la façon dont les plus grands laboratoires d’IA, à savoir OpenAI et Anthropic, développent toujours plus de logiciels pour les plus grandes industries, comme la pharma. Côté soins, une IA médicale est passée de 355 à 703 265 soignants américains actifs par mois en deux ans et demi.

Le 21 octobre, OpenAI, PerturbAI et l’institut Scripps Research ont annoncé que des milliers d’agents GPT-Rosalind avaient interprété en 32 minutes des données existantes sur des millions de cellules de cerveau de souris, un travail estimé à plusieurs mois, voire un an, pour une équipe humaine. Il en est sorti des hypothèses à tester en laboratoire, comme un lien possible entre le cholestérol et DCTN1, un gène du syndrome de Perry. Une semaine plus tard, le 28 octobre, le PDG de la start-up Exin Therapeutics a raconté qu’un agent IA avait choisi une thérapie génique parmi 19 et l’avait injectée dans le cerveau d’une souris, sous le contrôle d’un vétérinaire.

Les chiffres des partenaires d’Anthropic

Sur les six partenaires présentés par Anthropic, Enveda livre les chiffres les plus précis : un outil fondé sur Claude a relu quatre dossiers de lot d’une campagne de fabrication de phase 2, soit 1 061 pages. Sur plusieurs passages, l’outil a relevé les 11 problèmes trouvés par les relecteurs humains, et un passage chronométré en a signalé sept de plus que personne n’avait vus, des points « de détail » selon le rapport d’Enveda. La relecture à la main a pris 25,9 heures ; le passage de l’outil puis la vérification de ses commentaires par les relecteurs, 2,8 heures au total.

Enveda a aussi fait rédiger par Claude le module 2 d’une demande IND, la partie de synthèse du dossier à déposer auprès de la FDA avant tout essai chez l’humain. Le premier jet a pris quatre heures, contre environ trois mois à la main selon Enveda, sans compter dans les deux cas trois semaines de relecture. Chez Divergence Labs, Claude a produit environ 35 000 propositions d’anticorps contre l’allergie alimentaire en un mois à peu près, avec des résultats de laboratoire en quelques semaines, contre jusqu’à neuf mois sur les projets précédents.

Les réserves des rapports eux-mêmes

Tout cela reste préclinique : « ce sont des résultats précoces chez la souris, pas des essais chez l’humain », écrit Anthropic. Dans le rapport de Mithril, la comparaison de force repose sur sept souris traitées et quatre non traitées à six semaines. Les souris traitées atteignent 1,95 fois la force maximale des souris non traitées, mais chaque portée ayant reçu un seul traitement, les auteurs ont refait le calcul sur les moyennes par portée et obtenu p = 0,057, juste au-dessus du seuil habituel de 0,05. Le poids des souris malades est resté à environ la moitié de celui des souris saines, quel que soit le traitement, et la seconde molécule outil n’a montré aucun bénéfice détectable.

Le rapport porte la mention « Not peer reviewed » (non relu par des pairs). Anthropic possède le programme et emploie l’auteur, et Claude a rédigé le manuscrit. La partie consacrée au travail avec Claude « a été compilée par Claude à partir de ses propres fils et notes, et comporte donc un risque de biais », écrivent les auteurs. Sur six erreurs de Claude examinées, au moins trois ont atteint un laboratoire dans des e-mails que l’équipe avait modifiés et envoyés.

Les résultats des partenaires sont publiés par des sociétés qui travaillent avec Anthropic. Anthropic fournit à Enveda et à Divergence des crédits Claude et un soutien d’ingénierie, et a payé BigHat Biosciences, un autre partenaire, pour les travaux de laboratoire de son étude de cas.

Mithril vise à désigner officiellement des candidats médicaments en 2027 et à lancer des essais chez l’humain dans la LAMA2-CMD « dès la fin 2028 ». Son calendrier précise que les dates postérieures à 2026 sont « des objectifs, pas des engagements ».

Notre analyse

Les contre-exemples à une conjecture de 1967 sur la fusion trouvés par l’IA en septembre et en octobre sont sortis du seul calcul. Dans le développement de médicaments, les gains de temps que les deux entreprises d’IA achètent portent sur les opérations : dossiers, passations, relecture des lots, premiers jets réglementaires. Anthropic en pose elle-même la limite : Claude « ne peut pas faire pousser les cellules ni vieillir les souris plus vite ». Pendant la semaine mesurée chez Mithril, les réponses des laboratoires et les décisions de l’équipe ont fixé la cadence.

Anthropic met en avant les maladies rares. Quand une pathologie ne touche que quelques milliers de personnes, une équipe de recherche classique peut coûter trop cher pour se justifier, fait valoir l’entreprise. Son pari est qu’un seul chercheur épaulé par Claude peut mener plusieurs programmes de front. Pour Rosalind, OpenAI cite ses travaux avec deux grands groupes pharmaceutiques, Novo Nordisk et Moderna.

Mithril a construit plus de 100 nouveaux anticorps bispécifiques et prévoit d’en retenir quelques-uns parmi les meilleurs d’ici la fin 2026. Cody Tranbarger prépare plusieurs nouveaux programmes contre des maladies pédiatriques rares sans traitement autorisé, et Anthropic annonce qu’elle expliquera « dans les mois qui viennent » comment elle compte proposer cette façon de travailler à d’autres équipes de recherche pharmaceutique.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, données d’Anthropic (27 octobre 2026) et du rapport technique CDP d’Enveda (27 octobre 2026)

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