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Google admet que son Mode IA rapporte moins et freine aussi la croissance de sa recherche

Croissance ramenée de 17 % à 12 % dans la recherche Google : Alphabet en attribue une part à son Mode IA, qui rapporte moins.

Alphabet, la maison mère de Google, a publié le mercredi 28 octobre 2026 ses résultats du troisième trimestre, clos le 30 septembre : la croissance de la recherche Google a encore ralenti. Les revenus de « Google Search & other », la publicité affichée sur le moteur de recherche et sur les autres services de Google, ont augmenté de 12 % sur un an, contre 17 % au deuxième trimestre et 19 % au premier. Ils atteignent 63,35 milliards de dollars, soit environ 56,9 milliards d’euros au cours de référence de la BCE du 28 octobre (1 euro pour 1,1133 dollar).

Devant les analystes, le directeur commercial du groupe, Philipp Schindler, a donné plusieurs raisons à ce ralentissement, le change en tête. Il a aussi cité le Mode IA, la recherche conversationnelle de Google : « La forte croissance des requêtes dans le Mode IA a eu un effet, en raison de la monétisation plus faible que nous y constations » (traduit de l’anglais, comme les citations suivantes). Le lendemain, l’action Alphabet a perdu près de 13 % à Wall Street, sa plus forte baisse en une séance depuis l’introduction en Bourse de 2004, selon CNBC.

Les clics payants ralentissent

Le rapport trimestriel 10-Q déposé le 28 octobre auprès de la SEC, l’autorité boursière américaine, détaille deux indicateurs que suivent les annonceurs. Le nombre de clics payants sur la recherche et sur les autres services de Google, comme Gmail, Maps et Google Play, a augmenté de 8 % sur un an, après 13 % aux premier et deuxième trimestres. Le coût par clic moyen, soit les revenus tirés des clics divisés par leur nombre, a pris 4 %, après 5 % au premier trimestre et 3 % au deuxième.

D’après le calcul du site spécialisé PPC Land, publié le 29 octobre, environ deux tiers de la croissance du trimestre viennent du volume de clics et un tiers de leur prix. Le site en conclut que le ralentissement porte sur le volume. D’un trimestre à l’autre, les revenus de la recherche n’ont presque pas bougé : 63,35 milliards de dollars, contre 63,27 milliards au deuxième trimestre.

Ce coût par clic est une moyenne mondiale. Le 10-Q précise qu’il dépend notamment de la répartition entre pays et entre appareils, ainsi que des taux de change. Alphabet ne publie ces indicateurs ni par pays ni pour l’Europe : ses chiffres géographiques, pour les États-Unis et la zone EMEA, ne portent que sur le chiffre d’affaires total.

Une semaine plus tôt, le 21 octobre, Meta avait annoncé un prix moyen par publicité en hausse de 14 % en un an sur Facebook et Instagram, et des recettes publicitaires en progression de 26 %.

Le change, les petits colis et la Coupe du monde

Doug Anmuth, analyste chez JPMorgan, a demandé d’expliquer un décalage : les requêtes progressent au rythme le plus rapide depuis cinq ans, mais la croissance de la recherche ralentit. Philipp Schindler a d’abord cité les taux de change, « le principal facteur » du ralentissement par rapport au deuxième trimestre. Il a ensuite évoqué la distribution, où « certains de nos annonceurs de la zone Asie-Pacifique ont été touchés par la suppression par l’UE de son exemption de minimis ». Dans les médias et le divertissement, a-t-il poursuivi, les dépenses sont revenues à la normale après un deuxième trimestre porté par la Coupe du monde de football, qui a concentré plus de matchs, et donc plus de budgets publicitaires, en juin qu’en juillet.

L’exemption en question dispensait de droits de douane les colis de moins de 150 euros importés dans l’Union européenne. Le règlement (UE) 2026/382 du Conseil, adopté le 11 février 2026, l’a supprimée. Comme l’explique le cabinet Andersen en Belgique, un droit forfaitaire transitoire de 3 euros par article s’applique dans certains cas du 1er juillet 2026 au 1er juillet 2028, notamment aux envois déclarés via le guichet unique IOSS ou acheminés par la poste. Alphabet n’a ni chiffré l’effet sur ses revenus ni nommé d’annonceur.

Philipp Schindler n’a cité le Mode IA qu’en dernier, avant d’ajouter : « Pour être clair, nous sommes très satisfaits de notre trajectoire sur ce point. » Les tests publicitaires, a-t-il précisé, ont donné des « résultats prometteurs ».

La directrice financière, Anat Ashkenazi, a avancé une autre explication, un effet de base. Depuis ce trimestre, la recherche est comparée à la fin de 2025, quand sa croissance avait accéléré. Selon elle, cet effet représente environ trois points de croissance au troisième trimestre et en représentera encore « quelques points » au quatrième.

Des requêtes plus longues, qui rapportent moins

Sundar Pichai, le directeur général, a décrit un usage qui change : les requêtes du Mode IA sont en moyenne trois fois plus longues que celles de la recherche classique, et une sur cinq, dans le monde, passe par la voix, une image ou un document. Il a fixé l’ordre des priorités : « Comme lors de notre passage au mobile il y a plus de dix ans, nous nous concentrons sur la meilleure expérience de recherche, puis sur la monétisation. »

Philipp Schindler a présenté une bonne partie de ces requêtes comme des recherches en amont de l’achat, et la majorité comme « incrémentales », c’est-à-dire s’ajoutant aux recherches existantes. Selon lui, les études de Google montrent que les internautes acceptent la publicité dans ces formats. Il a avancé un seul indicateur : dans le Mode IA, les fiches produits sponsorisées obtiennent déjà un taux de clics « similaire » à celui des fiches non sponsorisées.

Google s’appuie sur ces éléments pour étendre ses annonces dans les Aperçus IA et le Mode IA. Le jour des résultats, le groupe a ouvert la publicité dans le Mode IA à dix pays de plus, aucun dans l’Union européenne, et l’a lancée aux États-Unis dans les questions de suivi. Il prévoit d’ouvrir d’autres marchés au quatrième trimestre, dont le Royaume-Uni, le Brésil et le Mexique, selon le billet publié le même jour par Google.

En France, où le Mode IA et les Aperçus IA sont ouverts depuis le 22 juillet 2026, la page d’aide de Google Ads ne prévoit pas encore d’annonces à l’intérieur de leurs réponses. Un guide consacré au Mode IA et aux Aperçus IA détaille leur fonctionnement.

Moins d’impressions sur les sites partenaires

Le réseau Google, qui regroupe les annonces placées sur les sites et applications partenaires via AdSense, AdMob et Google Ad Manager, a rapporté 7,46 milliards de dollars, en hausse de 1 %. Le nombre d’impressions y a reculé de 14 % sur un an, tandis que le coût par impression a augmenté de 14 %. La baisse des impressions s’accentue depuis le début de l’année : 9 % au premier trimestre, 12 % au deuxième.

Graphique MACCUS : évolution sur un an des impressions et du coût par impression du réseau Google, du premier au troisième trimestre 2026
Graphique MACCUS. Données : Alphabet, rapports trimestriels 10-Q du premier au troisième trimestre 2026, SEC.

Selon le 10-Q, la légère hausse du trimestre vient des applications (AdMob), alors que les revenus d’AdSense, la régie des éditeurs de sites, ont baissé. Côté annonceurs, Google Ads leur permet depuis le 15 octobre de plafonner leurs dépenses sur le Display et les partenaires du Réseau de Recherche.

La sanction de la Bourse

La chute de l’action, le jeudi 29 octobre, a effacé environ 500 milliards de dollars de valeur boursière, selon CNBC. D’après la chaîne, les investisseurs ont aussi regardé la trésorerie : le flux de trésorerie disponible du trimestre est négatif de 9,07 milliards de dollars, quand les analystes attendaient un flux négatif de 2,7 milliards. Le groupe maintient sa prévision de 195 à 205 milliards de dollars d’investissements pour 2026.

Scott Devitt, analyste chez Rosenblatt Securities, a relativisé sur la même chaîne : « Je ne pense pas que ce soit un changement de fond. »

Les zones d’ombre

Alphabet ne publie ni les revenus du Mode IA, ni sa part dans les requêtes, ni le nombre d’annonces qui y sont affichées. Philipp Schindler a classé les causes du ralentissement sans les chiffrer, le change d’abord, le Mode IA ensuite. Seul l’effet de base a reçu un ordre de grandeur, environ trois points, donné par la directrice financière.

La comparaison des taux de clics ne vaut que pour les fiches produits du Mode IA, et non pour les annonces textuelles. Google ne l’accompagne d’aucun chiffre et, d’après son billet, elle repose sur des données américaines du 20 août au 3 septembre 2026.

Les indicateurs du 10-Q agrègent la recherche, Gmail, Maps et Google Play, et ne disent pas comment évolue le prix d’un clic pour un annonceur français ou belge. Pour le quatrième trimestre, Anat Ashkenazi prévoit sur le chiffre d’affaires consolidé un effet de change défavorable un peu plus marqué qu’au troisième.

Notre analyse

Google relie désormais publiquement une partie du ralentissement de sa recherche au Mode IA, et sa réponse est d’y placer davantage d’annonces. À l’échelle mondiale, le 10-Q montre un volume de clics qui progresse moins vite qu’au premier semestre et un prix moyen en hausse de 4 %. Ce ralentissement des clics peut venir de l’effet de base, des annonceurs asiatiques touchés par la réforme douanière, de la fin de l’effet Coupe du monde ou du Mode IA, et Alphabet ne fait pas la part de chacun. Le change pèse sur les revenus et le coût par clic exprimés en dollars, sans effet sur le nombre de clics, et le groupe ne publie pas ces indicateurs pour l’Europe.

Le cas européen se distingue. En France, le Mode IA répond en français depuis le 22 juillet, sans annonce dans ses réponses à ce jour, selon la page d’aide de Google Ads. Aucun pays de l’Union européenne ne figure parmi les marchés annoncés, et Google n’a donné aucune date pour la France.

Restent à suivre l’arrivée de ces annonces au Royaume-Uni, premier marché européen de la liste, une éventuelle date pour la France et la ligne des clics payants du prochain rapport trimestriel, qui dira si le ralentissement de l’été était passager.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, données Alphabet (rapports 10-Q 2026, SEC)

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