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Just Eat dit qu’un humain vérifie chaque photo IA. Même les saucisses dans du cola.

Saucisses dans un verre de cola, scampis changés en sushis : Just Eat retire les images ratées de son IA et s'excuse.

Just Eat a suspendu un essai de photos de plats générées par intelligence artificielle, après des images comme celle d’un œuf au plat et de saucisses flottant dans un verre de cola, tirée de l’intitulé « Breakfast Soda », un petit pain servi au petit déjeuner, rapporte le magazine britannique The Grocer le 20 octobre 2026. La plateforme de livraison générait ces images pour des restaurants indépendants qui n’avaient pas de photos. Selon le site irlandais The Journal, Just Eat assure que chaque image générée par IA est vérifiée à la main par une personne.

The Independent a rapporté l’affaire dès le lundi 19 octobre 2026, après que des clients ont partagé ces images sur les réseaux sociaux. Dans une déclaration transmise à la presse, Just Eat s’excuse et retire les images inexactes. L’outil n’est pas abandonné, précise The Journal le 20 octobre.

Selon The Grocer, l’essai devait permettre aux petits indépendants d’illustrer leur carte vite et à moindre coût. En restauration, l’IA générative sert aussi à des tâches que le restaurateur relit lui-même, comme répondre aux avis clients ou chiffrer une hausse de prix fournisseur. Chez Just Eat, c’est la plateforme qui s’en sert pour la vitrine du restaurant.

Une carte prise au pied de la lettre

D’après The Grocer, l’outil semble parfois avoir lu les intitulés au premier degré. Un « Garlic Bread Plane » (sic) est devenu un avion fait de pain, posé sur une assiette. Une « Burger Sauce » a donné un burger miniature dans un petit pot de sauce, et un « Cheese Roll », des makis fourrés au fromage.

Un sauvignon blanc dont la description évoquait des notes de pastèque est apparu sous la forme de morceaux de pastèque flottant dans un verre de vin. Quant au « Breakfast Soda », un client cité par The Grocer y a vu « vraiment la pire chose que j’aie jamais vue ».

The Independent décrit le cas d’un café d’Irlande du Nord qui vend des soda breads, des sandwichs du petit déjeuner très populaires en Irlande : les images générées pour sa carte semblaient montrer des saucisses, du bacon et des œufs au plat flottant dans des pintes de boisson gazeuse. Dans bien des cas, note le titre britannique, l’IA a correctement représenté des petits déjeuners anglais complets ou des currys passe-partout.

En Irlande, les scampis deviennent des sushis

The Journal a relevé d’autres exemples sur des cartes de restaurants irlandais. L’outil a pris un « batter burger » pour des pains frits, résume le site : l’image montrait un burger de bœuf entre deux pains qui semblaient passés dans la pâte à frire. Des scampis, une friture panée très courante sur les cartes irlandaises, étaient illustrés par des sushis. Une fiche de cabillaud fumé, dont la description mentionnait « wheat flour » (farine de blé), montrait un filet recouvert de ce qui ressemblait à de la farine en vrac.

Pour un kebab dont la description détaillait les ingrédients du pain, l’image disposait ces ingrédients sur une assiette, sans aucun kebab. L’eau en bouteille et les sauces posaient aussi problème, selon le site irlandais. Dans l’application, ces images portaient la mention « AI generated », précisent The Journal et The Independent.

La réponse de Just Eat

« Nous voulons que les partenaires de notre plateforme montrent des photos qui reflètent fidèlement leurs plats, pour que nos clients commandent en confiance et soient contents quand leur repas arrive », a déclaré un porte-parole de Just Eat, cité par The Grocer et The Independent. « Nous travaillons avec des dizaines de milliers de petits restaurants sur leurs photos, notamment en finançant des photographes professionnels locaux. »

Le porte-parole poursuit : « Nous testions des images améliorées par IA et, comme toute nouvelle technologie, ce n’est pas toujours tout à fait juste du premier coup. Nous sommes désolés pour toute image inexacte publiée. Nous sommes en train de les retirer et avons mis le déploiement en pause, le temps de continuer à développer l’outil pour qu’il serve au mieux nos partenaires et nos clients. » Les citations, en anglais dans l’original, sont traduites par nos soins.

Le contrôle manuel que revendique l’entreprise, image par image, a pourtant laissé passer le poisson couvert de farine, relève The Journal. Les restaurants peuvent quitter l’essai et charger leurs propres photos à tout moment, précise le site.

Une règle pour les restaurants, une autre pour la plateforme

The Journal rappelle que Just Eat interdit aux restaurants d’utiliser leurs propres images générées par IA. La page d’aide de Just Eat pour les restaurateurs en Irlande, mise à jour le 19 février 2026, l’écrit noir sur blanc parmi ses conseils pour faire approuver les photos : « Utilisez de vraies photos qui vous appartiennent, n’utilisez pas d’images générées par IA. » Pour les plats, elle demande de « montrer le produit exactement tel qu’il est servi ou vendu ».

Capture de la page d'aide de Just Eat Irlande pour les restaurateurs : la liste de conseils pour faire approuver les photos, dont « Use real photos owned by you, don't use AI-generated images » et « Show the product exactly as it's served or sold ».
Les conseils de Just Eat aux restaurateurs pour faire approuver leurs photos. Capture : Just Eat Ireland, page « Photos on your menu », mise à jour le 19 février 2026.

Interrogée par The Journal sur cette différence de traitement, l’entreprise a répondu vouloir des images exactes et réalistes, et garder un contrôle étroit sur l’usage de cette technologie.

La page d’aide chiffre aussi l’enjeu commercial. Selon Just Eat, un article illustré est ajouté au panier quatre fois plus souvent, et un plat reçoit en moyenne 16 % de commandes en plus une fois doté d’une photo. La méthode derrière ces chiffres n’est pas publiée.

Les points restés sans réponse

Just Eat parle d’images « améliorées par IA ». Les exemples publiés montrent pourtant des images générées à partir du texte de la carte, sans photo du plat au départ. D’après The Journal, l’outil s’appuyait aussi sur des photos de produits similaires pour générer le dressage, les arrière-plans ou les croûtes de pizza, et l’essai durait depuis quelques mois, y compris pour de nouveaux plats.

Plusieurs éléments restent inconnus : le nombre de restaurants et d’images concernés, le modèle d’IA utilisé, l’information donnée aux restaurants avant la mise en ligne des images et la date d’une éventuelle reprise. Aucun des articles ne situe l’essai ailleurs qu’au Royaume-Uni et en Irlande. Just Eat a cessé ses activités en France le 9 décembre 2024 ; en Belgique, le groupe Just Eat Takeaway.com est présent sous la marque Takeaway.com.

Notre analyse

L’essai change l’auteur de la photo de plat. Les règles de Just Eat confient cette image au restaurant, qui doit fournir une vraie photo lui appartenant. Avec cet outil, la plateforme fabrique elle-même la vitrine à partir de quelques mots de la carte, et le client y voit un plat que personne n’a photographié.

L’étiquette « AI generated » informe le client sur l’origine de l’image. Elle ne dit rien de sa fidélité au plat livré, celle-là même que Just Eat exige des restaurants. La documentation de Google, elle, vise les informations d’auteur trompeuses et qualifie de « forme de tromperie » les faux profils de créateurs illustrés par des portraits générés par IA. Just Eat a signalé ses images ; les images ratées montraient simplement autre chose que le plat.

Le soupçon d’IA touche aussi la critique gastronomique : le 16 octobre, D Magazine a accusé le guide Michelin d’avoir fait rédiger ses nouvelles fiches de Dallas par une IA, ce que Michelin dément. Pour TechRadar, le 20 octobre, le risque le plus sérieux pourrait venir des images crédibles : une portion de la mauvaise taille ou une garniture manquante passent plus facilement inaperçues que des saucisses dans du cola. Michael Bortinger, directeur marketing et partenariats de Tastewise, y résume la limite : « Un modèle d’image n’a aucune notion d’un plat précis. Il produit la moyenne de tout ce qui porte l’étiquette “burger”, et de meilleurs outils ne font que rendre cette moyenne plus convaincante. »

Just Eat dit continuer à développer l’outil, sans calendrier annoncé. Reste à savoir quel contrôle humain encadrera la prochaine version, et si les restaurants devront donner leur accord avant que la plateforme illustre leur carte.

Sources

Image d’en-tête : schéma MACCUS, données : The Grocer et The Journal, 20 octobre 2026

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