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La reconnaissance faciale a permis plus de 3 000 arrestations à Londres. Le Royaume-Uni prépare une loi

Londres fixe ses caméras de reconnaissance faciale aux lampadaires, l'Australie-Occidentale publie son bilan, et le Royaume-Uni prépare une loi.

Selon la police métropolitaine de Londres, la « Met », des caméras qui repèrent les visages dans la foule ont mené à plus de 3 000 arrestations en deux ans. Pour un passant, cela signifie qu’un logiciel d’IA compare son visage en temps réel à une liste de personnes recherchées. Le 4 novembre 2026, le gouvernement britannique a annoncé que cette technologie, la reconnaissance faciale en temps réel, aurait sa propre loi. Un nouvel organe indépendant contrôlera aussi l’usage que fait la police des technologies, actuelles et futures.

Quelques jours plus tôt, la police d’Australie-Occidentale, un État australien, a publié le bilan final d’un essai de cinq mois mené à Perth et dans d’autres régions de l’État : 1 380 882 visages scannés et 122 arrestations.

Une loi, un organe de contrôle et davantage de camionnettes

Selon le plan présenté par le Home Office, le ministère britannique de l’Intérieur, la loi imposera un usage proportionné et guidé par le renseignement. La police ne pourra s’en servir que là où les agents pensent que des personnes recherchées peuvent se trouver. Le Home Office ne cite aucun projet de loi et ne donne aucune date.

Dans les cas extrêmes, l’organe indépendant pourra demander à un juge d’interdire la technologie à une police qui ne respecte pas les règles. Le gouvernement rédigera aussi un code de conduite à valeur légale pour la police. Un code distinct visera les entreprises, comme les commerces, qui utilisent la reconnaissance faciale contre la délinquance. L’IA gagne les entreprises britanniques : en 2026, un tiers de celles qui comptent cinq salariés ou plus l’utilisaient, selon une enquête du gouvernement.

Toute technologie policière devra être testée de façon indépendante pour détecter les biais, c’est-à-dire des erreurs plus fréquentes selon l’âge, le sexe ou l’origine ethnique. Le Home Office indique avoir déjà fait tester un nouvel algorithme de reconnaissance faciale rétrospective, qui cherche un visage dans des images déjà enregistrées. Les polices pourront l’utiliser dès l’an prochain, selon le ministère.

Selon le Home Office, ces mesures font suite à un investissement de 11 millions de livres (environ 13 millions d’euros au cours du 6 novembre 2026). Cette somme doit tripler le nombre de camionnettes équipées en Angleterre et au pays de Galles. Dans le communiqué, la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, qualifie la reconnaissance faciale de « plus grande avancée pour attraper les criminels depuis la comparaison ADN ».

Le gouvernement avait lancé une consultation publique en décembre dernier, selon BBC London. La ministre chargée de la police, Sarah Jones, a décrit à la BBC un « patchwork » de textes épars. Elle a aussi fixé une limite : « Si j’avais une amende de stationnement impayée, je ne m’attendrais pas à ce que cette technologie serve à ça. »

Dans la justice aussi, l’IA fait débat : l’ancien président des juridictions civiles d’Angleterre et du pays de Galles, parti à la retraite fin octobre, estime qu’une IA pourrait trancher certains petits litiges, avec l’accord des parties ou si une loi le permet.

Londres installe ses caméras sur des lampadaires

Aujourd’hui, la Met envoie le plus souvent une camionnette équipée de caméras dans un quartier choisi, explique la BBC. Quand le logiciel signale un visage, les agents vérifient eux-mêmes la correspondance avant de décider s’ils abordent la personne. La Met assure effacer immédiatement les visages qui ne correspondent à personne sur la liste.

D’octobre 2025 à mars 2026, la Met a aussi testé des caméras fixes, installées sur des lampadaires à Croydon, un quartier du sud de Londres, et en a publié le bilan en mai. Les caméras ne sont allumées que pendant une opération, avec des agents dans la rue. Chaque liste de personnes recherchées est constituée au plus 24 heures à l’avance, puis supprimée, précise la Met.

En 24 opérations, les agents ont procédé à 173 arrestations, soit une toutes les 35 minutes. Plus de 470 000 personnes sont passées devant les caméras, pour une seule fausse alerte, qui s’est soldée par un bref contrôle d’un passant. Selon la Met, la délinquance a baissé de 10,5 % dans le secteur par rapport aux mêmes mois de l’année précédente, et les infractions liées aux violences faites aux femmes et aux filles de 21 %.

En décembre, la Met prévoit d’installer des caméras fixes dans le West End et à Soho, deux des quartiers les plus fréquentés du centre de Londres. Son numéro deux, Matt Jukes, a déclaré à la BBC qu’Oxford Street, la grande rue commerçante de la capitale, était « évidemment » à l’étude. Des agents testent aussi des appareils portatifs.

« Nous avons fait plus de 3 000 arrestations grâce à cette technologie », a dit Matt Jukes, en citant des délinquants sexuels fichés qui ne respectent pas leurs obligations. Le rapport annuel de la Met de septembre 2024 à septembre 2025 comptait 962 arrestations liées à la reconnaissance faciale, d’après The Register, un site britannique d’actualité technologique.

Au carnaval de Notting Hill 2026, plus de 270 000 visages ont été scannés pour une seule fausse alerte, selon les données de la Met citées par la BBC. Hors de Londres, au moins quatre polices régionales anglaises ont utilisé la technologie pour la première fois au cours des six mois précédant la mi-juin 2026, selon l’ONG Statewatch.

Cinq mois d’essai en Australie-Occidentale

L’essai d’Australie-Occidentale a duré du 22 juin au 31 octobre 2026. Les caméras étaient montées sur des véhicules aux couleurs de la police, ou placées à côté. Elles ont servi lors de 100 déploiements sur 43 sites, selon la police de l’État, ont scanné 1 380 882 visages et déclenché 292 alertes.

Les agents ont procédé à 122 arrestations et sont allés voir 146 délinquants sexuels fichés signalés par le système. Ils ont aussi retrouvé 10 personnes dont ils voulaient s’assurer qu’elles allaient bien. Neuf des 292 alertes étaient fausses. Le chef de la police de l’État, Col Blanch, assure que les agents ont parlé à chaque personne signalée à tort.

« Personne n’a été arrêté. Personne n’a porté plainte », a-t-il déclaré à la presse, rapporte The Guardian. « Ce n’est pas zéro. Nous aimerions que ce soit zéro. »

Selon la police, les visages des personnes absentes de la liste étaient floutés en temps réel et non enregistrés. Elle mène maintenant une évaluation interne : performances du système, efficacité, effets sur la population et gouvernance. Le logiciel est le NeoFace M40 du groupe japonais NEC, selon Biometric Update, un site spécialisé dans la biométrie.

Les angles morts des chiffres policiers

La première question porte sur le calcul des erreurs. Les polices divisent les fausses alertes par le nombre total de visages scannés : 0,00065 % en Australie-Occidentale et 0,0003 % dans le rapport londonien de 2024-2025. Divisé par le nombre d’alertes, le taux monte à environ 3 % en Australie-Occidentale (9 sur 292) et à environ 0,5 % à Londres (10 sur 2 077, selon le calcul de The Register). Comme pour les chiffres d’accidents des robotaxis de Waymo, ces données viennent de ceux qui exploitent la technologie.

La deuxième question concerne les biais. Sur les 10 fausses alertes du rapport 2024-2025 de la Met, sept visaient des hommes noirs et une autre, une femme noire. Le rapport juge cette proportion statistiquement non significative et cite, parmi les causes possibles, le déploiement des caméras dans des zones de forte délinquance. La Met affirme que le National Physical Laboratory, le laboratoire public britannique de la mesure, a jugé son usage du système précis et équitable.

Une arrestation n’est pas une condamnation. « Nous ne connaîtrons le vrai taux d’erreur que lorsque les 122 personnes arrêtées seront passées devant un tribunal », a déclaré Bill Rowlings, de l’association Civil Liberties Australia. Il accuse la police d’Australie-Occidentale d’enjoliver très largement le tableau avec son taux d’erreur de 0,00065 %. À Croydon, la baisse de la délinquance vient d’une comparaison avant-après publiée par la Met, qui ne permet pas à elle seule de mesurer l’effet des caméras.

La troisième question tient à l’ampleur du dispositif. Les 1,38 million de visages scannés pendant l’essai équivalent à environ 45 % de la population de l’Australie-Occidentale, selon le calcul de Biometric Update. Certaines personnes ont toutefois très probablement été scannées plusieurs fois. « C’est un outil aveugle, qui scanne le visage de chaque personne qui passe devant la caméra », a dit à la BBC Jasleen Chaggar, de l’association britannique de défense de la vie privée Big Brother Watch.

Dans le commerce, la chaîne de supermarchés Sainsbury’s a suspendu la technologie dans un magasin londonien en août, après qu’un client a été pris à tort pour un voleur. L’enseigne parle d’une erreur humaine.

Notre analyse

À Londres, la reconnaissance faciale en temps réel fait partie du travail ordinaire de la police, qui ajoute des caméras fixes à ses camionnettes, et le Home Office finance de nouveaux véhicules. Selon les chiffres publiés, les fausses alertes sont rares, mais les données sur les biais ne portent que sur dix cas à Londres en un an. Les questions les plus vives portent à présent sur l’étendue du dispositif : quelles rues seront équipées, qui figurera sur les listes et qui pourra éteindre le système.

Le Royaume-Uni développe l’outil et l’encadre à la fois. Le principal contrôle nouveau est le pouvoir de l’organe indépendant de saisir un juge contre une police. En avril, après une victoire de la Met devant la Haute Cour contre des militants de la vie privée, son chef, Sir Mark Rowley, avait estimé que le gouvernement devrait chercher à « permettre plutôt que de surréglementer » ces technologies. Son numéro deux, Matt Jukes, juge aujourd’hui que, pour l’instant, la police pourra travailler avec le cadre annoncé.

Au Royaume-Uni, l’extension des caméras dépendra du texte de la loi, des limites qu’il fixera aux listes et aux lieux, et des chiffres sur les biais du prochain rapport annuel de la Met. En Australie-Occidentale, l’évaluation interne de la police dira si l’essai de cinq mois devient un outil permanent.

Sources

Image d’en-tête : graphique MACCUS, d’après les chiffres publiés par la police métropolitaine de Londres (mai 2026, et son rapport annuel 2025 cité par The Register) et la police d’Australie-Occidentale (novembre 2026)

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