General Motors affirme qu’un outil d’apprentissage automatique donne désormais, en une soixantaine de secondes, des résultats proches de ceux d’une simulation aérodynamique qui peut tourner 60 heures, l’une des étapes les plus lentes de la conception d’une voiture. Sterling Anderson, directeur produit du groupe, a présenté ces chiffres le 21 octobre 2026 à New York, lors de GM Forward, où GM s’est fixé pour objectif de diviser par deux le cycle de développement traditionnel de quatre à cinq ans. Six jours plus tard, le 27 octobre, le constructeur américain a annoncé le transfert de sa cotation de la Bourse de New York (NYSE) au Nasdaq à compter du 17 novembre.
Le document déposé auprès de la SEC, le gendarme boursier américain, justifie ce transfert par une « stratégie tournée vers la technologie » et ne parle pas d’IA. Pour CNBC, le constructeur cherche à se présenter « davantage comme une entreprise technologique », une semaine après un événement consacré à ses projets d’IA et de conduite autonome.
Une itération par jour, puis une par minute
Sterling Anderson a détaillé l’exemple de l’aérodynamique, cité par Road & Track. Concepteurs et ingénieurs utilisent depuis longtemps la soufflerie et la mécanique des fluides numérique, ou CFD, qu’il décrit comme une manière virtuelle d’évaluer comment l’air circule autour du véhicule. Les deux prennent du temps, a-t-il expliqué : « Une soufflerie se réserve des semaines à l’avance. Un modèle de CFD peut tourner plus de soixante heures. On obtient en pratique une itération par jour. »
GM a développé un outil maison qui se passe de ces calculs lourds. Fondé sur des modèles d’apprentissage automatique entraînés sur les données du groupe, il obtient « des résultats remarquablement proches de la CFD, en une soixantaine de secondes », selon le dirigeant. « Imaginez ce que cela change pour la vitesse d’itération. »
Sterling Anderson attribue cette vitesse aux données du groupe. « Des décennies de données et d’expérience. Les petits acteurs savent construire des modèles, mais ils ne peuvent pas égaler les données de GM », a-t-il déclaré, selon le site The Drive. « À l’ère de l’IA, la donnée est une monnaie », a-t-il ajouté, d’après CNBC.
L’aérodynamique compte encore plus sur une voiture électrique, dont la traînée réduit l’autonomie. Selon CNBC, GM prévoit que ses prochains modèles électriques seront 25 % plus aérodynamiques et 15 % plus légers.
De quatre mois à quelques heures
Selon le directeur produit, la même méthode s’applique à d’autres étapes. L’analyse structurelle qui règle la rigidité de la face avant et la durabilité demandait quatre mois, rapporte Road & Track, contre quelques heures avec le nouveau procédé.
La batterie est l’exemple que GM a mis par écrit. Dans son propre communiqué, le groupe indique avoir testé virtuellement plus de 300 000 conceptions de batteries lithium-manganèse riche (LMR) avant le moindre prototype physique, puis être passé du premier concept de pack à l’approbation officielle du programme en un mois. Sterling Anderson a chiffré le temps de laboratoire : un travail qui aurait demandé plus de 60 000 heures de labo en a pris 256, grâce à la modélisation au niveau moléculaire et à l’apprentissage automatique.

Road & Track ajoute que le nouveau V8 de 6,6 litres du Chevrolet Silverado 2027 aurait été mis au point en trois fois moins de temps qu’un moteur classique, pour 80 % du coût habituel des prototypes. Jason Fischer, directeur de l’intégration virtuelle chez GM, a indiqué que le groupe peut désormais condenser une centaine de jours de données d’essai en une seule journée, selon le site australien CarExpert.
Lors des essais de vitesse maximale, la Corvette ZR1 a atteint 372 km/h, alors que le modèle virtuel de GM tablait sur environ 375 km/h. « Le jour même de l’essai, nous avons écrit à notre équipe d’ingénierie virtuelle et à notre équipe groupe motopropulseur, et nous avons refait la calibration », raconte Jason Fischer, cité par Road & Track. Le lendemain, la voiture a atteint 375 km/h.
Une voiture en deux ans, à l’état d’objectif
Selon GM, ces outils permettent au design, à l’ingénierie et à la production de travailler en parallèle, au lieu de se passer le dossier de main en main. « Ce processus séquentiel, avec ses allers-retours, prenait en moyenne quatre à cinq ans dans l’industrie », a déclaré Sterling Anderson, cité par CarExpert. Jason Fischer va plus loin : « Ce système d’exploitation nous permettra de développer des véhicules en deux ans. »
CNBC note que GM n’a pas précisé de calendrier pour y parvenir, et Road & Track relève que le constructeur n’a pas explicitement rattaché le nouveau procédé à un futur modèle précis. Selon The Drive, un porte-parole a indiqué que ce cycle accéléré devrait démarrer en 2028, soit, d’après l’estimation du site, de premières voitures sur la route vers 2030.
Le calendrier est comparable pour l’autonomie : GM prévoit, selon son communiqué, la conduite autonome sur autoroute pour le Cadillac Escalade IQ en 2028. Waymo, filiale d’Alphabet, revendique déjà pour ses robotaxis 95 % d’accidents graves en moins que les conducteurs humains, d’après ses propres données.
Sterling Anderson a expliqué à CNBC que ce développement plus rapide aiderait aussi GM à affronter les constructeurs chinois hors des États-Unis. Selon le cabinet AlixPartners, cité par CNBC, les constructeurs chinois commercialisent leurs modèles deux fois plus vite que les constructeurs traditionnels, avec 40 à 50 % d’investissement en moins et un avantage de coût de 30 %. En Chine même, les ventes au détail de voitures 100 % essence ont reculé de 49 % en septembre sur un an. Dans l’Union européenne, les ventes de voitures électriques ont bondi de 73 % le même mois.
Le Nasdaq à partir du 17 novembre
Selon le formulaire 8-K déposé le 27 octobre, GM prévoit que son action reste cotée au NYSE jusqu’à la clôture du 16 novembre, puis passe au Nasdaq Global Select Market le 17 novembre, sous le même symbole « GM ». « La stratégie de GM, centrée sur le client et tournée vers la technologie, crée de la valeur pour nos actionnaires, ce qui fait du Nasdaq un lieu naturel pour notre cotation à mesure que nous grandissons », a déclaré Paul Jacobson, directeur financier. Le transfert rend GM éligible à l’indice Nasdaq-100 ; son entrée dans l’indice reste une décision distincte.
GM était entré au NYSE en 1911 et y était revenu en 2010, après sa faillite menée avec le soutien de l’État fédéral, rappelle CNBC. Walmart, DoorDash et Palantir ont fait le même choix ces dernières années, et Hilton a annoncé son propre transfert la semaine précédente. Le 27 octobre, l’action GM a clôturé en hausse de 5 %.

Des chiffres sans vérification extérieure
L’outil de 60 secondes donne une approximation de la simulation complète. Sterling Anderson parle lui-même de résultats « remarquablement proches », et ni le communiqué de GM ni la presse ne donnent de taux de précision, d’article scientifique ou de comparaison vérifiable de l’extérieur. Les chiffres de vitesse viennent de propos tenus pendant l’événement et repris par la presse. Le communiqué de GM contient l’objectif de division par deux, les 300 000 conceptions de batteries et l’approbation en un mois, mais les 60 heures, les quatre mois et les 60 000 heures de labo n’y figurent pas.
L’essai physique garde le dernier mot, comme dans l’épisode de la Corvette, où la simulation a signalé l’écart et la piste a validé la correction. CarExpert précise avoir assisté à GM Forward à l’invitation de GM. The Drive relève que la PDG Mary Barra a esquivé la question de savoir si les économies profiteraient aux acheteurs, et rapporte l’avis de Paul Waatti, analyste chez AutoPacific, pour qui le diable se loge dans les détails et, historiquement chez GM, dans l’exécution.
Notre analyse
Une grande partie du temps d’un programme automobile est absorbée par ses boucles d’ingénierie : dessiner, simuler, construire, tester, recommencer. Dans les 60 heures que peut prendre une simulation aérodynamique complète, un outil qui répond en une minute pourrait rendre environ 3 600 réponses approchées, et un programme de batterie approuvé un mois après le premier concept de pack libère du temps pour le reste du calendrier. GM parie que l’avantage ira à celui qui possède les archives d’ingénierie les plus riches pour entraîner ses modèles, et Sterling Anderson met en avant à ce titre les plus de cent ans du groupe dans l’industrie.
Diviser le cycle par deux placerait GM à peu près au rythme qu’AlixPartners attribue déjà aux constructeurs chinois. Le passage au Nasdaq est le volet boursier du même discours : pour CNBC, GM veut être perçu comme une entreprise technologique.
Le premier test sera un modèle de série que GM présenterait comme développé en deux ans, selon un cycle qui devrait démarrer en 2028 d’après son porte-parole. Le deuxième, la publication éventuelle de données de précision sur l’outil aérodynamique rapide. Le troisième, la tenue de l’action au Nasdaq après le 17 novembre et son éventuelle entrée dans le Nasdaq-100.
Sources
- GM Forward: Engineering the intelligence-defined vehicle for everyone, Salle de presse de General Motors, 21 octobre 2026
- GM Announces transfer of stock exchange listing to Nasdaq, General Motors, annexe 99.1 au formulaire 8-K, SEC EDGAR, 27 octobre 2026
- Here’s How General Motors Plans to Speed Up Vehicle Development Cycles Using AI, Emmet White, Road & Track, 21 octobre 2026
- GM Just Laid Out Its Entire Future. It Runs on AI, Eyes-Off Driving, and One Central Computer, Joel Feder, The Drive, 21 octobre 2026
- GM says AI is halving the time it takes to develop a new car, Paul Maric, CarExpert, 22 octobre 2026
- GM aims to develop vehicles in as little as two years with AI, software push, Michael Wayland, CNBC, 21 octobre 2026
- GM will switch to Nasdaq from the NYSE on Nov. 17, Michael Wayland, CNBC, 27 octobre 2026
Image d’en-tête : graphique MACCUS d’après les chiffres de GM Forward (communiqué de GM ; Sterling Anderson cité par Road & Track et CarExpert, 21 octobre 2026) et l’annexe au formulaire 8-K de GM du 27 octobre 2026



